Place des Trépassés, Djemàa el-Fna de Gérardo Lambertoni

Maroc. Place des Trépassés, un vieux roulé dans des couvertures est cramé par des jeunes qui s’ennuient. Au Maroc, un jeune marocain pauvre passionné de football commence son ascension qui le mènera jusqu’à Montpellier mais le Maroc le rattrape…
Une intrigue à première vue minimale mais une richesse au niveau thématique, on y parle de football, de valeurs, de fidélité à ses origines sociales, d’immigration, on rencontre des hommes fascinants, comme Bensallah, sorte de trafiquant qui prend Younes, le héros sous son aile, on se retrouve sur des lieux comme cette place centrale dans le livre, où tout se noue, où les hommes et les histoires se croisent, se font échos. Mais Lambertoni ne fait pas dans le folklorique, le pittoresque, il aime ses personnages, cette place et les gens qui s’y trouvent.
L’écriture est très belle, mélangée, avec différents niveaux langages, du soutenu au parlé ponctués de mots marocains, un métissage qui se fait souplement, qui ne se voit pas. De même que les changements de rythme, des phrases qui parfois se développent en s’enroulant, qui souvent se font courtes, sèches, rapides. Un style au diapason des thèmes abordés, qui accélère comme une attaque d’un avant-centre, qui bouillonne de différentes cultures. Un roman qui a l’apparence de la simplicité mais qui est construit avec beaucoup de subtilité, avec des résonance internes entre différentes parties, des séquences qui sont les miroirs déformés d’autres, avec de multiples strates, un roman court, efficace, comme une longue nouvelle sur le sacrifice d’un marocain au destin prometteur par respect pour la mémoire de ses ancêtres.
Place des Trépassés, Djemàa el-Fna de Gérardo Lambertoni, Atout Edition, 2001

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