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	<title>du noir dans les veines</title>
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	<description>regard subjectif sur le roman noir</description>
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		<title>Cartons, Pascal Garnier, Editions Zulma, 2012</title>
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		<pubDate>Sat, 21 Apr 2012 13:56:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Baptiste Madamour</dc:creator>
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		<description><![CDATA[« C&#8217;est vrai que c&#8217;était joli le printemps quoiqu&#8217;un peu collant. Tout ce qu&#8217;on touchait dégoulinait de liquide amniotique, ruisselait de bave luisante que les premiers rayons du soleil vernissaient. Chacun sortait de sa coquille, ébouriffé, étonné, vorace, grisé de cette &#8230; <a class="more-link" href="http://dunoirdanslesveines.fr/2012/04/cartons-pascal-garnier-editions-zulma-2012/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://dunoirdanslesveines.fr/wp-content/uploads/2012/04/cartons.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1220" title="cartons" src="http://dunoirdanslesveines.fr/wp-content/uploads/2012/04/cartons.jpg" alt="" width="172" height="262" /></a><em>« C&#8217;est vrai que c&#8217;était joli le printemps quoiqu&#8217;un peu collant. Tout ce qu&#8217;on touchait dégoulinait de liquide amniotique, ruisselait de bave luisante que les premiers rayons du soleil vernissaient. Chacun sortait de sa coquille, ébouriffé, étonné, vorace, grisé de cette insolente jeunesse qui rendait prêt à en découdre avec la mort. »</em><br />
Lire le livre posthume d&#8217;un auteur disparu récemment, un auteur qu&#8217;on a interviewé, qu&#8217;on a croisé dans de nombreux festivals qu&#8217;il traversait avec une discrète élégance et un humour pince sans rire, laisse une première impression étrange. Cette impression est renforcée du fait que ce livre est traversé par le deuil, par le temps qui passe, par l&#8217;idée de la mort. Ce n&#8217;est pas vraiment une surprise tant ces thèmes ont imprégné toute l&#8217;œuvre de Pascal Garnier dont les romans noirs ont toujours interrogé, sans jamais trouver de réponses, notre rapport à la vie, notre rapport à l&#8217;autre, dans des œuvres sombres comme l&#8217;<em>A26</em> ou <em>Les Insulaires</em>, d&#8217;autres plus légères comme <em>La Solution esquimau</em> ou <em>Les Hauts du Bas</em>.<br />
Dans <em>Cartons</em>, le personnage principal déménage, atterrit dans un petit village et tente de s&#8217;habituer à sa nouvelle maison, à ce village et ses habitants. C&#8217;est juste l&#8217;histoire d&#8217;un déménagement, mais aussi par là-même, l&#8217;histoire d&#8217;un deuil, de la solitude, de la mort au travail, et aussi d&#8217;une renaissance. D&#8217;une écriture fluide, très précise, il décrit des situations les plus banales qui deviennent d&#8217;un coup une aventure. <em>« Brice s&#8217;était bien rendu comme prévu chez Bricotruc mais, une fois garé sur le parking et après avoir observé l&#8217;incessant va-et-vient d&#8217;êtres mi-hommes mi-ours transbahutant de lourdes charges, poutres de bois, rails de métal, sacs de ciment, bidons, il fut pris d&#8217;une sorte de terreur qui le paralysa pendant un bon quart d&#8217;heure. Ça lui rappelait le service militaire ou les abords d&#8217;un stade, enfin, partout où les hommes sont entre eux. Mais il se refusa à faire demi-tour et imitant maladroitement la lourde démarche de l&#8217;homme qui sait ce qu&#8217;il a à faire, il pénétra tête baissée dans le magasin »</em>.<br />
Ainsi tous ses livres sont les portraits d&#8217;hommes et de femmes inadaptés pour qui le simple fait d&#8217;être au monde est une bizarrerie, pour qui rien n&#8217;est une évidence, mais nous ne sommes jamais dans le pathos, il cache sa mélancolie derrière un humour sec, un sens de la phrase puissant.<br />
<em>« En cette froide matinée de novembre il en voulut énormément à Emma de l&#8217;avoir abandonné, seul et désemparé, aux mains des déménageurs qui dans une heure, tel un vol de sauterelles, allaient mettre à sac l&#8217;appartement. Stratégiquement et moralement sa position était intenable, aussi décida-t-il d&#8217;aller prendre un café en attendant la fin du monde. »</em><br />
Tout l&#8217;art de Pascal Garnier est de garder la distance nécessaire, d&#8217;être sur le fil, on sent que ça pourrait basculer à tout moment dans la noirceur absolue, mais le sens de l&#8217;absurde et la tendresse de l&#8217;auteur empêchent que ça devienne pesant, ce n&#8217;est pas un auteur qui veut provoquer, déranger mais juste partager des sensations, on sent cette volonté de rester debout face à la mort, face à l&#8217;angoisse, de juste faire un pas de côté pour ainsi regarder le monde d&#8217;un angle neuf. Ce livre malgré sa tristesse n&#8217;est pas désespéré, tout est absurde, rien n&#8217;a véritablement de sens mais c&#8217;est peut-être ça qui permet de vivre.<br />
Toutefois une phrase continue de résonner une fois le livre fermé et elle résonnera hélas ! longtemps.<em> « La lettre de l&#8217;éditeur atterrit sur une pile d&#8217;enveloppes qu&#8217;il avait eu la flemme de décacheter. Il s&#8217;étira sur son lit de camp en se disant que c&#8217;était un beau jour pour mourir. »</em></p>
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		<title>Elsa Marpeau, 2012</title>
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		<pubDate>Tue, 10 Apr 2012 15:33:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Baptiste Madamour</dc:creator>
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		<description><![CDATA[« Pour la première fois, elle se sent complètement exposée au désordre et à l&#8217;obscurité. La ville a perdu son apparence lisse et glacée. Personne ne la protégera plus contre les bêtes sauvages. Autour d&#8217;elle, les volets sont fermés, les portes closes. &#8230; <a class="more-link" href="http://dunoirdanslesveines.fr/2012/04/elsa-marpeau-2012/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">« P<a href="http://dunoirdanslesveines.fr/wp-content/uploads/2012/04/blackblocs.gif"><img class="size-full wp-image-1207 alignright" title="blackblocs" src="http://dunoirdanslesveines.fr/wp-content/uploads/2012/04/blackblocs.gif" alt="" width="180" height="262" /></a>our la première fois, elle se sent complètement exposée au désordre et à l&#8217;obscurité. La ville a perdu son apparence lisse et glacée. Personne ne la protégera plus contre les bêtes sauvages. Autour d&#8217;elle, les volets sont fermés, les portes closes. Les murs eux-mêmes ne lui ont jamais paru si hauts. Derrière se terrent les gens normaux, barricadés dans leur confort et leur sécurité. Avant, Swann était là-bas, derrière les murs, les portes et les volets. La mort de Samuel l&#8217;a jetée ici, dans le terrain vague. On a ouvert la porte et cassé la fenêtre de leur monde protégé. On leur a montré que ces barrières étaient en papier, ces fermetures illusoires. Même le coprs, même la peau : des protections trompeuses. Elles se trouaient en un rien et retournaient au néant dans un clapotis. »<br />
<em>Black Blocs</em> de Elsa Marpeau, Série Noire, Editions Gallimard.</p>
<p style="text-align: justify;">Je rencontre Elsa Marpeau au festival des Quais du polar de Lyon, on est samedi il est 18h00, la foule qui s&#8217;était déplacée, commence à déserter la salle. Le bon moment pour faire cette entretien. Elsa Marpeau a publié deux livres à la Série Noire, le premier <em>Les Yeux des morts</em> se passe dans le milieu de l&#8217;hôpital, un technicien sur les scènes de crimes s&#8217;approche de la folie, dans le deuxième <em>Black Blocs</em>, une jeune femme voulant venger son compagnon assassiné se retrouve immergée dans le milieu des autonomes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Baptiste Madamour : Comment êtes-vous arrivée au roman noir ?</strong><br />
Elsa Marpeau : J&#8217;avais écris un roman de SF que j&#8217;ai envoyé à la Série Noire, je me suis trompée, mais ça a intéressé Aurélien Masson (directeur de publication de la Série Noire). Il m&#8217;a dit qu&#8217;il ne pouvait pas publier ça mais qu&#8217;il me laissait une place dans la prochaine fournée d&#8217;auteurs français de la Série Noire. C&#8217;était un cadeau inespéré.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Pour <em>Les yeux des morts</em> ou <em>Black Blocs</em>, vous partez de quoi ? D&#8217;un milieu, un lieu, une ambiance ?</strong><br />
EM : Ça peut être un déclencheur qui est parfois tout petit, par exemple pour <em>Black Blocs </em>est inspiré de l&#8217;affaire Coupat, c&#8217;était l&#8217;idée que le gouvernement se mettait tout d&#8217;un coup à traquer un livre et l&#8217;auteur d&#8217;un livre et que cette matière politique était quelque chose d&#8217;éminemment littéraire. Pour <em>Les yeux des morts</em> c&#8217;est une rencontre avec une médecin urgentiste de Lariboisière qui racontait des choses tellement exceptionnelles que ça a été le déclencheur&#8230;<span id="more-1205"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : On sent à chaque fois qu&#8217;il y a pas mal de documentation, par rapport à Coupat, à L&#8217;insurrection qui vient ou par rapport à l&#8217;hôpital&#8230;</strong><br />
EM : Oui c&#8217;est de la documentation livresque, mais c&#8217;est en général aussi rencontrer des gens sur le terrain comme cette médecin urgentiste que j&#8217;ai vu pour <em>Les yeux du mort</em>, c&#8217;est une femme que j&#8217;ai suivie, elle m&#8217;a laissée la suivre dans le service des urgences, et pour <em>Black Blocs</em>, j&#8217;ai rencontré un « casseur » on va dire, qui m&#8217;a expliquée toutes les techniques de sabotage urbain&#8230; A chaque fois il faut s&#8217;immerger un peu dans le milieu, etc. même si le livre a une dimension très littéraire, il faut qu&#8217;il y ait un socle réaliste pour que ce ne soit pas totalement en apesanteur. Ce sont des rencontres et une immersion dans un milieu réel&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Dans vos deux livres la mort a vraiment une importance, ce qui n&#8217;est pas toujours le cas dans le roman noir, dans<em> Black Blocs</em>, ça fait pratiquement tout le livre&#8230;</strong><br />
EM : Oui ce sont des livres qui sont d&#8217;abord sur le deuil. Le point de départ c&#8217;est la mort de quelqu&#8217;un, et comment la narratrice va faire son deuil comme dans <em>Black Blocs</em>, l&#8217;immersion dans un milieu et la dimension politique sont marginales&#8230; dans Les yeux des morts, le personnage du tueur est un tueur parce qu&#8217;il est hanté par la mort, le narrateur flic est aussi obsédé par la mort, cette obsession commune va permettre à ses deux personnages de se rapprocher et puis de créer une sorte de rencontre vraiment humaine entre eux. C&#8217;est à dire que le livre ne s&#8217;arrête pas quand le tueur est découvert mais les deux personnages vont rentrer l&#8217;un dans l&#8217;autre si on peut dire, et quitter leur rôle, finalement le flic va basculer dans la monstruosité alors que le tueur va retrouver son humanité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Dans les deux livres, une autre chose me paraît importante c&#8217;est la sexualité, ce qui va amener les personnages les uns vers les autres, c&#8217;est souvent aussi le sexe&#8230;</strong><br />
EM : Alors plus que le sexe, il y a une thématique qui est forte, c&#8217;est celle du corps, c&#8217;est quelque chose qu&#8217;on retrouve dans énormément de roman noir. Je pense que les gens qui s&#8217;intéressent au roman noir, ce sont des gens qui s&#8217;intéressent au corps et aux différents états du corps, le corps supplicié, le corps de la sexualité. C&#8217;est fort dans <em>Les Yeux des morts</em>, parce que c&#8217;est un milieu de médecin. La première chose qu&#8217;on trouve dans ce milieu c&#8217;est le rapport à la sexualité qui est complétement fou. Cette médecin urgentiste que j&#8217;ai rencontrée m&#8217;a racontée que dans l&#8217;hôpital il y avait cette salle avec des peintures pornographiques. C&#8217;était à Lariboisière et effectivement cette salle est complétement folle, on y voit des personnages qui s&#8217;encastrent les uns dans les autres de façon totalement pornographique. Il y a un rapport évidemment à la souffrance et à la sexualité qui sont liées et qui sont un peu obsessionnelles chez beaucoup d&#8217;auteurs du noir.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Dans votre écriture on sent une volonté d&#8217;éviter le psychologisme, surtout dans <em>Black Blocs</em>, de raconter le deuil parce que le personnage fait, par les actes, et non par sa pensée.</strong><br />
EM : Absolument, éviter le psychologique, parce que comme vous l&#8217;avez souligné il y a un côté de deuil, de souffrance très fort. Si dans la thématique du deuil on rajoute de la psychologie, on verse dans le pathos, ce n&#8217;était pas du tout mon but, mon but est de raconter quelque chose mais pas de juger. Quand on est dans le pathos, on impose un jugement, mon but est littéraire. Mon but est de rester neutre dans une description et que le lecteur puisse se faire une idée lui-même et rester libre et non emprisonné dans un pathos qu&#8217;on lui impose et qui est très facile à imposer.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Cette neutralité, on le ressent aussi par rapport à la politique, dans <em>Black Blocs</em>, le fait de prendre un personnage candide qui fait qu&#8217;on ne sait pas trop de quel côté vous penchez, à la fin, on le devine un peu&#8230;</strong><br />
EM : Oui exactement, cette image de Candide, je n&#8217;y avais pas pensé mais je trouve qu&#8217;elle est très juste. Il y a une dimension un peu ironique de ce personnage de petite bourgeoise qui se trouve immergée dans ce milieu des autonomes et de la SDAT, la section antiterroriste, oui c&#8217;est vrai, c&#8217;est un personnage de Candide. Mon but n&#8217;est pas de faire un roman politique, et comme vous l&#8217;avez dit c&#8217;est un roman sur le deuil, ce n&#8217;est pas d&#8217;imposer mes idées politique, ce qui n&#8217;aurait aucun sens&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Avec l&#8217;idée qu&#8217;elle peut basculer de l&#8217;un à l&#8217;autre&#8230;</strong><br />
EM : Il y a l&#8217;idée qu&#8217;elle est complétement perdue entre deux paranoïas, la paranoïa des autonomes et la paranoïa du gouvernement et qu&#8217;entre les deux, elle déconstruit petit à petit son identité parce que rien n&#8217;est jamais sûr dans la vision qu&#8217;elle a. Elle se retrouve entre deux paranoïas qui se nourrissent l&#8217;une de l&#8217;autre et qu&#8217;elle-même essaie de se situer entre ces deux paranoïas&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Par rapport à l&#8217;écriture on sent une idée de flottement, dans les deux romans, cette sensation de flottement est assez forte&#8230;</strong><br />
EM : Oui,<em> Black Blocs</em>, et l&#8217;autre aussi, est un roman sur la folie. C&#8217;est un personnage qui est plongé dans un deuil et qui déconstruit petit à petit son identité en empruntant une histoire d&#8217;amour post-mortem, une femme qui va essayer de comprendre qui était son compagnon qui vient de se faire assassiné. Cette femme déconstruit petit à petit son identité, elle se perd dans les identités de son compagnon, elle devient à la fois elle et lui. Donc oui, c&#8217;est l&#8217;histoire d&#8217;une folie donc le livre est au niveau du personnage. Vraiment. Il n&#8217;est pas au-dessus, il ne surplombe pas le personnage, il ne juge pas, il ne juge pas la folie, etc. il se trouve vraiment au niveau zéro, dans la folie avec la narratrice.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Et pourquoi c&#8217;était à la troisième personne, comme vous la suivez tout le temps, il y avait une volonté&#8230;</strong><br />
EM : … oui c&#8217;est toujours la même chose, c&#8217;est la distance, si on commence à dire « je » dans quelque chose qui de l&#8217;ordre de la folie, on oblige le lecteur à faire un chemin qui est un peu violent pour lui, que moi je trouve trop violent. A la fin, on ne sait plus trop quoi penser, pour quel personnage être, pour un sujet qui parle de la folie, il est important de trouver une distance.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Même s&#8217;il y a une enquête, il y a un mort, une structure très classique à la base du roman noir, ce n&#8217;est pas ça qui semble important pour vous&#8230;</strong><br />
EM : Bien sûr, c&#8217;est du roman noir avant d&#8217;être du roman policier, il y a la structure mais l&#8217;intérêt de la structure c&#8217;est de la déconstruire. D&#8217;ailleurs <em>Black Blocs</em> c&#8217;est plus l&#8217;histoire d&#8217;une vengeance qu&#8217;une enquête, c&#8217;est une enquête pour trouver le coupable non pas pour le juger mais pour se venger, trouver le coupable pour le tuer. C&#8217;est l&#8217;immersion dans la folie d&#8217;une femme et pas du tout un truc du point de vue d&#8217;un flic qui m&#8217;intéresse assez peu&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Vous avez des projets ?</strong><br />
EM : Le prochain livre sortira en janvier 2013, il est déjà écrit, j&#8217;habite à Singapour et c&#8217;est un livre sur l&#8217;expatriation. Le livre s&#8217;appelle l&#8217;Expatrié, c&#8217;est en écho à l&#8217;Étranger de Camus, on est là vraiment dans du pur roman n<strong><a href="http://dunoirdanslesveines.fr/wp-content/uploads/2012/04/lesyeuxdumort.gif"><img class="alignleft size-full wp-image-1209" title="lesyeuxdumort" src="http://dunoirdanslesveines.fr/wp-content/uploads/2012/04/lesyeuxdumort.gif" alt="" width="141" height="208" /></a></strong>oir avec une narratrice qui va aussi se confronter à la perte de quelque chose, donc une thématique commune mais avec une sorte de narration complétement coupée cette fois-ci, où le lecteur est obligé de se faire complétement happer dans la subjectivité de cette femme et dans des temporalités différentes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Comment vous sentez-vous dans le milieu du roman noir français ?</strong><br />
EM : Je suis une toute nouvelle, c&#8217;est juste mon deuxième livre, l&#8217;autre livre est sortie l&#8217;année dernière, ça fait un an. Je n&#8217;étais pas en France quand mon premier livre est sortie, pour le deuxième non plus, donc c&#8217;est très très neuf, mais j&#8217;ai l&#8217;impression d&#8217;avoir été bien accueillie dans la Série Noire, par l&#8217;éditeur, par les auteurs et c&#8217;est cliché mais c&#8217;est vrai mais c&#8217;est comme s&#8217;il y avait une sorte de famille de la Série Noire.</p>
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		<title>Jérôme Leroy 2012</title>
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		<pubDate>Mon, 02 Apr 2012 16:21:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Baptiste Madamour</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em><a href="http://dunoirdanslesveines.fr/wp-content/uploads/2012/04/lebloc.jpg"><img class="size-full wp-image-904 alignright" title="lebloc" src="http://dunoirdanslesveines.fr/wp-content/uploads/2012/04/lebloc.jpg" alt="" width="155" height="232" /></a>« J&#8217;ai débarqué depuis la gare de l&#8217;Est par un train incroyablement lent qui m&#8217;a fait voir un pays morne fait pour les invasions et les massacres. J&#8217;ai été accueilli à l&#8217;arrivée par un mignon militant du Bloc-jeunesse, désireux de bien faire, qui m&#8217;a montré où se regroupaient les SDF. Je l&#8217;ai reconnu, Valargues, entre les punks à chiens et les clodos, mais je ne suis pas certain que cela ait été réciproque : on devient une ruine dans la rue. J&#8217;ai congédié le militant qui a eu l&#8217;air désolé de ne pouvoir mieux faire et j&#8217;ai eu un regard de regret sur son petit cul moulé dans un pantalon de toile beige.</em><br />
<em>Je suis allé traîner chez les skins locaux, je sais toujours comment les trouver et je sais toujours leur parler : j&#8217;ai été des leurs. Et, d&#8217;une certaine manière, je le serai pour l&#8217;éternité. J&#8217;ai arrosé tout le monde avec de la bière et des amphétamines dans une cave du côté de Woippy. Il y avait les habituels posters de groupes RIF et autres conneries SS sur les murs crasseux. »</em><br />
Jérôme Leroy, <em>Le Bloc</em>, Série Noire, Éditions Gallimard</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Quais du polar</em> est un gros festival sur le roman noir qui se déroule à Lyon, des auteurs importants du noir venant de pays très divers y sont présents, beaucoup d&#8217;animations, un public nombreux qui oblige parfois à bloquer l&#8217;entrée de la salle pour que ça puisse circuler à l&#8217;intérieur. On peut dire que c&#8217;est un succès.<br />
Des souvenirs remontent d&#8217;autres festivals, un nuage de fumée de cigarettes, des auteurs aux traits tirés d&#8217;avoir trop bu la veille, des discussions entre auteurs et lecteurs anarchistes, trotskystes, etc, en tout cas penchant bien à gauche. Cette année aux <em>Quais du polar</em> on peut croiser Jean-Louis Debré qui dédicace ses livres, il a même l&#8217;honneur de remettre un prix.<br />
Dans le monde d&#8217;avant pour reprendre un terme de Jérôme Leroy, on croisait des auteurs qui avaient parfois un parcours carcéral ou/et un parcours militant actif, la plupart considéraient la gent policière comme les chiens de garde du capital, aujourd&#8217;hui on croise un ancien ministre de l&#8217;intérieur, celui qui avait mis en place des lois pour réprimer des sans-papiers, celui qui avait envoyé des CRS les déloger de Saint Bernard. Ça ne semble pas émouvoir plus que ça dans cette Chambre du commerce à disposition du festival pour les séances de dédicace&#8230;<br />
Signe des temps.<br />
On rencontre quand même des auteurs pour qui le noir reste une question politique, ainsi Jérôme Leroy qui a déjà écrit de nombreux livres, de la poésie, des nouvelles, un Poulpe. Son dernier livre <em>Le Bloc</em> présente en narration alternée, deux personnages d&#8217;un mouvement politique d&#8217;extrême droite, et raconte leur histoire, leur combat alors que leur parti est proche d&#8217;arriver au pouvoir. Un roman intelligent qui montre que le meilleur moyen de lutter contre le fascisme est d&#8217;être lucide sur l&#8217;ennemi et surtout de ne pas cesser le combat politique. Mais ce n&#8217;est pas que par la pertinence de ses portraits que Jérôme Leroy touche mais aussi et surtout par une écriture puissante qui emporte le lecteur.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Baptiste Madamour : D&#8217;où est venu votre désir d&#8217;écriture ?</strong><br />
Jérôme Leroy : J&#8217;ai fait de la poésie, d&#8217;autres choses mais en ce qui concerne le roman noir, c&#8217;est tout simplement mon expérience de prof en ZEP pendant vingt ans. J&#8217;ai vraiment pris en pleine poire la violence sociale qu&#8217;il y a aujourd&#8217;hui, la façon dont les communautés se replient sur elles-mêmes. Dès 1987 j&#8217;ai écris un roman qui s&#8217;appelle <em>Monnaie bleue</em> et qui racontait bien avant 2005 des émeutes généralisées en banlieue. Dans la tradition du néo-polar, j&#8217;avais envie de rendre compte de ce qui ne va pas.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Donc une envie politique au départ ?</strong><br />
JL : Oui au sens premier du terme, je m&#8217;intéresse à ce qui se passe dans la cité, je ne pratique pas une littérature nombriliste. L&#8217;auto-fiction, ce n&#8217;est pas mon truc, le discours sur moi-même, ce n&#8217;est pas ce qui m&#8217;intéresse le plus, ce qui m&#8217;intéresse le plus c&#8217;est de parler de ce qui se passe aujourd&#8217;hui, ici et maintenant&#8230;<span id="more-900"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Vous faites de la littérature de genre mais j&#8217;ai l&#8217;impression que c&#8217;est toujours en lisière de la SF, du fantastique.</strong><br />
JL : Pas le dernier, pas <em>Le Bloc</em>&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Il y a quand même un peu d&#8217;anticipation&#8230;</strong><br />
JL : Oui on peut dire qu&#8217;il y a de la politique fiction, mais ça pourrait se passer aujourd&#8217;hui, il n&#8217;y a pas de gadget technologique, il n&#8217;y a pas d&#8217;intervention de la technologie, dans ce sens là, je ne peux pas dire que c&#8217;est de la SF. Mais je ne suis pas sûr au départ d&#8217;avoir eu le désir de faire du polar, j&#8217;ai raconté l&#8217;histoire que j&#8217;avais envie de raconter sur les émeutes urbaines pour <em>Monnaie bleu</em>e et à l&#8217;époque c&#8217;est l&#8217;éditeur qui m&#8217;a dit que c&#8217;était du roman noir&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Je pensais au fantastique aussi par rapport à votre Poulpe, <em>A vos Marx, prêts, partez !</em></strong><br />
JL : Pour moi la philosophie du Poulpe au départ c&#8217;était retrouver la littérature populaire. Dans la littérature populaire, il n&#8217;y a pas que le polar, il y a la SF, il y a le fantastique, puis moi j&#8217;aime bien les films de série B, voire Z, le cinéma bis, j&#8217;ai conçu mon Poulpe comme un exercice de liberté et un hommage aux genres, avec un voyage dans le temps, c&#8217;est le seul Poulpe à ma connaissance qui fait ça&#8230; il y a celui de Chainas qui se passe dans le futur et où il est vieux. Le Poulpe, on lui a fait subir plein de choses, surtout dans les derniers, ça m&#8217;a amusé d&#8217;en faire un personnage de roman d&#8217;anticipation, dans un style presque année 50, le principe est qu&#8217;il va dans le passé avec un commando dirigé de loin par un complot capitaliste de vieillards&#8230; et le Poulpe essaie d&#8217;éviter qu&#8217;on tue Marx.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Est-ce dans la même idée que le Poulpe est drogué&#8230;</strong><br />
JL : Pour les <em>Poulpes</em> récents et c&#8217;est pour ça qu&#8217;à mon avis qu&#8217;ils sont bons alors qu&#8217;à un moment ça me semblait s&#8217;essouffler, les auteurs récents ont décidé de lui faire subir à peu près tout. On doit respecter la bible et sa série de contrainte mais à partir de là, il a à peu près tout subit&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Est-ce que vous considérez<em> Le Bloc</em> comme du roman noir ?</strong><br />
JL : C&#8217;est du roman noir parce que c&#8217;est une tragédie, presque au sens classique du terme, avec une unité de temps, une unité de lieu, une unité d&#8217;action. Il y a une parenté profonde entre la tragédie classique, grecque, la tragédie française du XVIIème siècle, et le roman noir. Ça peut sembler bizarre ce que je dis mais le fait que les personnages soient enfermés dans une structure dont ils ne pourront pas sortir, pour moi c&#8217;est ça le roman noir, avec cette dimension tragique, cette fatalité&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Comment avez-vous abordé l&#8217;idée de vous mettre dans la tête de personnages fascistes ? </strong><br />
JL : Je pense que c&#8217;est le seul moyen de parler de ce sujet là de manière intéressante, j&#8217;ai lu trop de romans sur l&#8217;extrême droite qui avait un côté donneur de leçon de moral, où était bien souligné où sont les bons, où sont les mauvais. C&#8217;est ça qui m&#8217;a intéressé.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Est-ce qu&#8217;il y avait l&#8217;idée de montrer que l&#8217;extrême droite ne vient pas de nulle part, qu&#8217;il y a une histoire ?</strong><br />
JL : Effectivement, en plus il y a une dimension extrêmement intéressante du roman noir qu&#8217;on retrouve chez des gens comme Manchette, par exemple, c&#8217;est de revisiter des évènements récents. En l&#8217;occurrence dans <em>Le Bloc</em>, de revisiter les 30 ans qui nous ont amenés d&#8217;une société où il y avait du vouloir vivre à une société repliée sur elle-même où tout le monde déteste tout le monde, où les communautés sont prêtes à se foutre sur la gueule, et qu&#8217;on les pousse à ça&#8230; L&#8217;extrême droite n&#8217;est pas à l&#8217;origine de ça, l&#8217;extrême droite en est le symptôme. Ce qui m&#8217;intéresse, c&#8217;est de voir le symptôme, je ne suis pas assez intelligent pour comprendre la cause, je me doute bien que c&#8217;est dû à une interminable crise économique, à une interminable crise du capitalisme, et l&#8217;extrême droite récupère comme ça tous les gens qui se trompent de colère&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Est-ce qu&#8217;il y avait l&#8217;idée de montrer que ces personnages ne sont pas débiles ?</strong><br />
JL : Il y avait un gros gros problème sur certains romans qui parlaient d&#8217;extrême droite, les auteurs avaient tellement peurs d&#8217;être vus comme complaisants qu&#8217;ils les montraient comme des débiles ou comme des robots qui venaient de la planète Hitler alors que c&#8217;est beaucoup plus compliqué&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : On imagine que vous partagez certains traits avec le personnage d&#8217;Antoine, quand il parle du monde d&#8217;avant, du monde d&#8217;après, par exemple&#8230;</strong><br />
JL : Ce qui m&#8217;intéressait d&#8217;étudier est de voir comment ça peut menacer apparemment des intellectuels qu&#8217;on pouvait penser immunisés, mais il y a un truc que je sais, c&#8217;est que la culture n&#8217;a jamais protégé de la connerie&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : &#8230;on peut penser que vous partagez certaines choses, le fait qu&#8217;il aime les livres, qu&#8217;il aime <em>Masculin féminin</em> de Godard&#8230;</strong><br />
JL : C&#8217;est une alter fiction, ce n&#8217;est pas une auto-fiction, c&#8217;est une alter fiction, c&#8217;est imaginer par exemple quelqu&#8217;un qui aurait pu être moi placé dans cette situation là. C&#8217;est un risque narratif qui me semble nécessaire de prendre quand on veut comprendre un phénomène. Le personnage d&#8217;Antoine Meynard devient d&#8217;extrême droite à l&#8217;époque comme d&#8217;autres étaient punks, pour faire chier, mais ça ne le rend pas plus sympathique pour autant, et ça ne l&#8217;excuse pas, parce qu&#8217;il n&#8217;est pas obligé de faire des conneries de ce genre&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : En contrepoint, l&#8217;autre personnage est un fasciste plus classique même s&#8217;il a aussi sa part&#8230;</strong><br />
JL : Stanko, c&#8217;est l&#8217;autre face de l&#8217;extrême droite qui est le « petit blanc », mais sans mépris c&#8217;est une expression&#8230; le type qui a vu tout un monde s&#8217;effondrer avec l&#8217;usine de son père, avec tous les licenciements massifs à Denain à la fin des années 70. Sa dérive est assez emblématique du mouvement skin par exemple, des mouvements de certains supporters de foot. C&#8217;est l&#8217;autre visage de l&#8217;extrême droite, ce qui m&#8217;intéressait c&#8217;était de montrer que c&#8217;est un phénomène complexe, il y a cet intellectuel un peu dévoyé, moitié provocateur, moitié puant, il n&#8217;est même par franchement convaincu, c&#8217;est un mou, c&#8217;est un personnage très lâche, très veule. Stanko est d&#8217;ailleurs comme par hasard celui qui morfle le plus, c&#8217;est celui qui y croit, qui trouve une famille de substitution, et ça il y en a plein&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Il y a une référence aux SA de l&#8217;époque&#8230;</strong><br />
JL : Oui, on peut imaginer que le parti qui va arriver au pouvoir, élimine pas mal de monde, et notamment tous les gens qui ont été les exécuteurs des basses œuvres, c&#8217;est à dire une opération de blanchiment idéologique. C&#8217;est incroyablement romanesque de voir comment malgré les liens éventuellement d&#8217;amitié, ces gens qui sont sur le point d&#8217;arriver au pouvoir, si on leur dit d&#8217;éliminer leur part obscure, tous les salauds qui gravitent autour d&#8217;eux, ils n&#8217;hésiteront pas à le faire trente secondes&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Par rapport à la complexité, on a l&#8217;impression qu&#8217;à un moment c&#8217;est un parti pro Irak, à un moment ils vont défendre les arabes, ils vont passer du libéral au social&#8230;</strong><br />
JL : A un moment ce parti connait une scission, il y a des scissions comme ça si on regarde l&#8217;histoire du l&#8217;extrême droite, entre ceux qui restent des aventuriers de la politique, qui considère la politique comme une aventure et des gens beaucoup plus inquiétants, encore plus inquiétants parce que les autres ne sont pas si dangereux que ça même s&#8217;il faut s&#8217;en méfier, ceux qui sont dangereux c&#8217;est ceux qui au contraire paradoxalement ont un air très respectable, très technocratique et qui tiennent un vrai discours ethnique et raciste&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Le modèle Jörg Haider ou hollandais&#8230;</strong><br />
JL : Voilà, c&#8217;est très juste. Je veux bien qu&#8217;on admette que c&#8217;est de la politique fiction, mais j&#8217;ai déjà objecté plusieurs fois que le scenario que j&#8217;écris dans <em>Le Bloc</em>, d&#8217;une certaine manière à savoir une négociation entre un gouvernement et l&#8217;extrême droite pour faire un gouvernement d&#8217;union nationale face à une crise, ça s&#8217;est déjà produit en Europe, ici et maintenant, l&#8217;Italie de Berlusconi, c&#8217;était ça, l&#8217;Autriche que vous avez cité, c&#8217;était ça, pareil au Danemark, c&#8217;est arrivé en Suisse en partie&#8230; Ce roman noir parle d&#8217;une droitisation générale de la société.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Est-ce qu&#8217;il y a eu besoin de beaucoup de documentation pour écrire ce livre ?</strong><br />
JL : Beaucoup oui. C&#8217;est à dire que je veux beaucoup de documentation pour que ce soit le plus crédible possible. Allez c&#8217;est 60% de documentation, 40% d&#8217;intuition. C&#8217;est quand même du roman.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : J&#8217;ai l&#8217;impression que ça aurait pu être un roman de mafia, quelque chose de l&#8217;ordre du clan, parce que ce qui les définit c&#8217;est quand même l&#8217;idée du chef. </strong><br />
JL : Oui mais alors ça c&#8217;est pas particulièrement propre à l&#8217;extrême droite, c&#8217;est propre à des partis extrémistes, une façon pas mafieuse mais presque sectaire de fonctionner, on est de la famille ou on ne l&#8217;est pas, il y a le chef, etc.<strong></strong> Ce qui fait la force du Bloc patriotique, c&#8217;est qu&#8217;il surfe sur toutes les peurs, les contradictions, les angoisses de la société française qui maintenant touchent tout le monde, pas seulement l&#8217;électorat traditionnel raciste qui a toujours existé mais des gens qu&#8217;on n&#8217;aurait jamais soupçonnés qui sont touchés, <em>Le Bloc</em> raconte comment il y a un fascisme next door&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Des laïcards par exemple&#8230;</strong><br />
JL : Voilà exactement&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Est-ce qu&#8217;il y a aussi l&#8217;idée de montrer le dérèglement d&#8217;une société, il y a cette idée du monde d&#8217;avant, le monde d&#8217;après que j&#8217;ai lu dans certaines de vos nouvelles, dans le Poulpe&#8230; </strong><br />
JL : Oui tout à fait, j&#8217;ai vraiment le sentiment qu&#8217;on a changé de nature, de type de société quelque part au milieu des années 70, indépendamment d&#8217;un clivage droite/gauche, c&#8217;est dû au choc pétrolier, j&#8217;en sais rien, quelque chose a basculé, on est dans un monde d&#8217;après&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Avec l&#8217;idée que le capitalisme c&#8217;est aussi le rapport amoureux, les bars&#8230;</strong><br />
JL : C&#8217;est l&#8217;idée que le capitalisme, c&#8217;est une véritable société totalitaire. Le capitalisme est totalitaire dans la mesure où en plus d&#8217;être un mode de production, il nous indique comment boire, baiser, avoir un rapport à l&#8217;autre, on n&#8217;aime plus de la manière, on ne vit plus de la même manière.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Par rapport à l&#8217;écriture, on sent une certaine simplicité, quelque chose qui n&#8217;est pas voyant, qui joue sur le rythme&#8230;</strong><br />
JL : J&#8217;ai de plus en plus besoin d&#8217;écrire comme ça, c&#8217;est un choix très net, j&#8217;ai besoin d&#8217;écrire sur la forme du monologue intérieur, être vraiment branché directement sur l&#8217;esprit, le cerveau du personnage et retraduire ce qu&#8217;il est en train de penser au moment où il le pense. Je veux m&#8217;approcher de ça,<strong></strong> d&#8217;une voix orale en tout cas&#8230; bien sûr ça mérite un travail d&#8217;écriture quand même mais c&#8217;est comme s&#8217;il y avait un magnétophone branché sur le cerveau&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Pourquoi cette volonté d&#8217;avoir un côté à la première personne et un côté à la deuxième personne ? </strong><br />
JL : L&#8217;écriture à la deuxième personne est une première personne déguisée, c&#8217;est à dire que je ne voulais pas deux « je » pour bien distinguer. Il y a quelque chose d&#8217;amusant dans le « tu », Butor l&#8217;avait fait avec le « vous » etc., à la fois le personnage s&#8217;adresse à lui-même, mais c&#8217;est aussi le narrateur ou l&#8217;auteur qui s&#8217;adresse au lecteur et puis finalement au bout de dix pages, si vous ne faites pas gaffe, vous vous demandez si ce n&#8217;est pas vous le « tu ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Par rapport à l&#8217;écriture, au rythme, j&#8217;ai vu que vous aviez écrit un livre sur Fajardie, et je retrouvais un peu ça&#8230;</strong><br />
JL : Ha ça c&#8217;est un vrai compliment, parce que Fajardie, c&#8217;était d&#8217;abord un très très grand ami et sa mort était plus que la mort d&#8217;un écrivain que j&#8217;aimais, c&#8217;était la mort d&#8217;un véritable ami, je passe rarement une journée sans penser à lui mais humainement, ça s&#8217;est autre chose&#8230; C&#8217;est un très beau compliment si j&#8217;arrive à avoir cet espèce d&#8217;esthétique de rapidité de la narration, d&#8217;efficacité, de recherche brutale&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Comment vous sentez-vous dans le monde du roman noir ? Vous disiez que vous avez été proche du néopolar, ce roman noir d&#8217;intervention politique&#8230;</strong><br />
JL : Je suis assez content, parce qu&#8217;à la Série Noire d&#8217;Aurélien Masson (le directeur de publication), il y a des gens comme Elsa Marpeau, et d&#8217;une certaine manière DOA, voire Chainas qui prennent le roman noir comme quelque chose de sérieux qui a quelque chose à dire sur le monde&#8230;</p>
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		<title>Les visages écrasés, Marin Ledun, Seuil, 2011</title>
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		<pubDate>Mon, 19 Dec 2011 18:04:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Baptiste Madamour</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Marin Ledun nous immerge brutalement dans son roman, en quelques pages le cadre est posé, une médecin du travail reçoit un patient dépressif, l&#8217;écoute puis le tue. En suivant cette femme au bout du rouleau, l&#8217;auteur va mettre à nu &#8230; <a class="more-link" href="http://dunoirdanslesveines.fr/2011/12/les-visages-ecrases-marin-ledun-seuil-2011/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://dunoirdanslesveines.fr/wp-content/uploads/2011/12/visagesecrases.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-896" title="visagesecrases" src="http://dunoirdanslesveines.fr/wp-content/uploads/2011/12/visagesecrases.jpg" alt="" width="168" height="251" /></a>Marin Ledun nous immerge brutalement dans son roman, en quelques pages le cadre est posé, une médecin du travail reçoit un patient dépressif, l&#8217;écoute puis le tue. En suivant cette femme au bout du rouleau, l&#8217;auteur va mettre à nu la violence du management moderne qui est devenu médiatique suite aux suicides à France Telecom,<br />
On assiste à la description d&#8217;un système de déshumanisation méthodique, l&#8217;auteur montre que la violence va du haut de la hiérarchie vers le bas mais transforme aussi tous les rapports sociaux, il montre comment l&#8217;humain devient alors un rat de laboratoire prêt à déchiqueter son congénère, on sent que Marin Ledun connait son sujet mais ce n&#8217;est pas un essai technique, <em>Les visages écrasés</em> est aussi le portrait d&#8217;une femme qui voudrait que les choses changent mais qui bascule dans la folie face à la situation paradoxale de devoir sauver des gens pour qu&#8217;ils retournent dans le lieu qui les détruit et ne perçoit qu&#8217;une solution extrême pour s&#8217;en sortir, une solution pour casser la machinerie qui broie ces individus.<br />
L&#8217;écriture de Marin Ledun est au plus près d&#8217;elle, nerveuse, froide, saccadée en écho à son angoisse qui se développe, des phrases courtes, des répétitions qui font ressentir son enferment mentale, il sait transmettre la tension de l&#8217;héroïne et nous faire partager son impression qu&#8217;il n&#8217;y a pas d&#8217;échappatoire.<br />
« Deuxième principe de réalité : Hervé Sartis m&#8217;attend devant la porte du cabinet. Cartable à la main, imperméable sur le dos. Ses paupières sont rouges et toute forme de vitalité a disparu de ses traits. L&#8217;ombre de lui-même.<br />
Je pense : Les syndicats l&#8217;ont laissé tomber, lui aussi.<br />
Comme moi, comme Fournier, comme Vasseur.<br />
Les clefs trouvent le chemin de la serrure, presques toutes seules. Je m&#8217;écarte pour le laisser passer. Il file s&#8217;asseoir sur une chaise, sans un mot. Je referme derrière moi. Sans prendre le temps d&#8217;aller me sécher, je m&#8217;installe en face de lui et le contemple avec tristesse. »<br />
On se dit que ça aurait pu être plus resserré mais le ressassement de la pensée de l&#8217;héroïne, l&#8217;accumulation de cas cliniques, pathologiques répondent au mal être de tous ces travailleurs qui jour après jour continuent d&#8217;aller au travail comme s&#8217;ils allaient à l&#8217;abattoir, elle veut leur redonner une histoire, une vie, une identité et on sent que c&#8217;est aussi le projet de Marin Ledun.<br />
Un roman fort et dérangeant sur la guerre économique et la dévastation qu&#8217;elle produit au niveau le plus intime.</p>
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		<title>Je tue les enfants français dans les jardins, Marie Neuser, 2011, Editions L&#8217;Ecailler</title>
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		<pubDate>Tue, 06 Dec 2011 17:07:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Baptiste Madamour</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Vladimir Kovlov]]></category>

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		<description><![CDATA[Un livre qui inaugure la résurrection bienvenue des éditions L&#8217;Ecailler, un livre sur la plongée d&#8217;une jeune prof d&#8217;italien dans l&#8217;enfer d&#8217;une classe d&#8217;élèves pauvres, sur la violence qu&#8217;elle subit de leur part, sur la peur puis la haine qu&#8217;elle &#8230; <a class="more-link" href="http://dunoirdanslesveines.fr/2011/12/je-tue-les-enfants-francais-dans-les-jardins-marie-neuser-2011-editions-lecailler/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://dunoirdanslesveines.fr/wp-content/uploads/2011/12/jetuelesenfants.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-892" title="jetuelesenfants" src="http://dunoirdanslesveines.fr/wp-content/uploads/2011/12/jetuelesenfants.jpg" alt="" width="159" height="240" /></a>Un livre qui inaugure la résurrection bienvenue des éditions L&#8217;Ecailler, un livre sur la plongée d&#8217;une jeune prof d&#8217;italien dans l&#8217;enfer d&#8217;une classe d&#8217;élèves pauvres, sur la violence qu&#8217;elle subit de leur part, sur la peur puis la haine qu&#8217;elle développe.<br />
L&#8217;écriture de Marie Neuser est forte, tendue, rapide avec des phrases qui claquent, un rythme prenant. Elle laisse exprimer la haine de son héroïne sans la retenir, comparant ses élèves à des animaux, à de la merde qui la salit en permanence, ça a l&#8217;avantage d&#8217;être directe, tripale, remuant elle n&#8217;aseptise pas la violence qu&#8217;elle ressent ainsi le style est fort mais le propos pose problème. L&#8217;idée que ce serait proche d&#8217;un récit (en quatrième de couverture est écrit que « tout laisse à penser que certaines scènes dépeintes ne sont pas loin d&#8217;être du vécu&#8230; ») pourrait désamorcer la critique, comment pourrait-on remettre en cause un vécu ? Sauf que ça reste un roman qui propage un discours qui est loin d&#8217;être anodin.<br />
L&#8217;héroïne se retrouve dans un monde violent, sexiste, OK, il ne s&#8217;agit pas de nier que ça existe mais est gênante la référence au travail d&#8217;instit de son père et son parfum de c&#8217;était mieux avant (ha le bon temps de l&#8217;école communale, de l&#8217;uniforme, et à l&#8217;époque du pensionnat, ça filait droit, les profs étaient respectés, l&#8217;instruction aussi, etc. )<br />
Est gênante aussi cette façon de mettre en exergue une élève modèle, Samira, pour se dédouaner et ainsi enfoncer tous les autres, masses débilitantes et violentes (qui rappelle le <em>Y en a des biens</em> de Didier Super), ça devient vraiment problématique lorsque l&#8217;héroïne (l&#8217;auteure si c&#8217;est du vécu ?) dit refuser toute analyse politique et sociologique.<br />
Ça pourrait être des faits bruts jetés ainsi et le lecteur en fait ce qu&#8217;il veut, pourquoi pas ? sauf que Marie Neuser écrit « J&#8217;ai donc cessé de croire à tout ça, tout ce baratin sociologique à tendance marxiste qui tend à transformer les bourreaux en victimes. Et de plus en plus, alors que mon visage se marque des griffures de la haine, je n&#8217;accepte plus aucune explication, plus aucune excuse. Je crache sur le pardon. Je méprise au plus haut point l&#8217;angélisme de bon ton qui voudrait nous faire croire que derrière toutes cette merde, sous les pelures de la connerie et de l&#8217;orgueil, dort un bon fond de la bonne petite créature abusée par la Société. » C&#8217;est fatigant de lire que si on a une analyse marxiste (mais j&#8217;imagine qu&#8217;une analyse libertaire ou toute approche sociétale serait critiquée de la même façon) on serait angélique, ignorant que dans certains lieux, à certains moments la violence existe, ce serait angélique de croire que les inégalités sociales, la violence économique produit de la violence entre les individus, surtout dans les milieux les plus pauvres ?<br />
Sans analyse marxiste, sans analyse des rapports de dominations sociaux, culturels et symboliques (bien représentés par cette professeure d&#8217;italien fille d&#8217;instit mariée à un si gentil libraire, tous deux ne semblent pas connaître Bourdieu), sans analyse de la façon dont est traité le système éducatif dans un système capitaliste on ne peut qu&#8217;en arriver à une vision biologique réactionnaire, d&#8217;une meute d&#8217;animaux, de fauves sans humanité, n&#8217;ayant aucune excuse et qu&#8217;on peut abattre pour ne plus être dérangés.<br />
Dans un contexte réactionnaire et répressif où se répète à l&#8217;envie (et ce en contradiction avec toutes les analyses sociologiques sérieuses) que les jeunes seraient de plus en plus des assassins en puissance qu&#8217;il faut enfermer de plus en plus jeune, de plus en plus longtemps, ce livre participe à l&#8217;idée que la violence, la petite « délinquance » seraient déconnectées de tout contexte sociale, reprenant la vision d&#8217;un Alain Bauer, d&#8217;un Finkielkraut, bref de toute la pensée dominante actuelle de droite se diffusant de plus en plus dans une certaine classe moyenne désemparée, représentée par le personnage de ce livre (et de son auteure ?).<br />
Autant relire <em>Racailles</em> de Vladimir Kovlov vu du côté des petites frappes (ces bourreaux que les gauchistes voient comme des victimes), avec un regard sans angélisme, sans complaisance et sans jugement, on en sort remué aussi mais sans cette idée que seule la répression est la seule solution.</p>
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		<title>Sophie Di Ricci, 2011</title>
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		<pubDate>Thu, 24 Nov 2011 16:02:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Baptiste Madamour</dc:creator>
				<category><![CDATA[a-e]]></category>
		<category><![CDATA[Accueil]]></category>
		<category><![CDATA[Entretiens]]></category>
		<category><![CDATA[Sophie Di Ricci]]></category>
		<category><![CDATA[Editions Moisson Rouge]]></category>
		<category><![CDATA[punk]]></category>

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		<description><![CDATA[« Gibert Platier avait vu juste. Godzilla aussi. Ils étaient des amateurs. Ils n&#8217;y connaissaient rien. Deux Al Capone clochardisés, en virée dans l&#8217;underground lumpenprolétaire. Politiquement, ils étaient des bouffons. - J&#8217;ai juste sniffé. Une toute petite trace. C&#8217;est pas grave. &#8230; <a class="more-link" href="http://dunoirdanslesveines.fr/2011/11/sophie-di-ricci-2011/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://dunoirdanslesveines.fr/wp-content/uploads/2011/11/jaguars.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-886" title="jaguars" src="http://dunoirdanslesveines.fr/wp-content/uploads/2011/11/jaguars.jpg" alt="" width="175" height="268" /></a>« Gibert Platier avait vu juste. Godzilla aussi. Ils étaient des amateurs. Ils n&#8217;y connaissaient rien. Deux Al Capone clochardisés, en virée dans l&#8217;underground lumpenprolétaire. Politiquement, ils étaient des bouffons.<br />
- J&#8217;ai juste sniffé. Une toute petite trace. C&#8217;est pas grave.<br />
- Si c&#8217;est grave. Tu fais chier !<br />
- Sam, je voulais tester sa dope. Pour voir s&#8217;il était aussi influent qu&#8217;il le prétend et&#8230;<br />
- Ça me tue que tu fasses comme nos putain de vieux ! Ils t&#8217;ont pas servi d&#8217;exemple, merde ? »<br />
Sophie Di Ricci, <em>Jaguars</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Sophie Di Ricci écrit du roman noir sans s&#8217;en rendre compte, mais son écriture directe, rythmée apporte un nouveau souffle dans le genre, un souffle fait de violence, de moiteur, de désespoir et de tendresse dans une littérature qui devient de plus en plus aseptisée.<br />
Face à la mode de ces romans policiers à l&#8217;ancienne avec un flic, un crime horrible, une enquête et tout qui rentre dans l&#8217;ordre à la fin, les livres de Sophie Di Ricci font tâches, comme dans tout bon roman noir, elle écrit de l&#8217;autre côté de la matraque, avec une spontanéité que l&#8217;on retrouve dans cet entretien qui s&#8217;est déroulé aux journées Sang d&#8217;Encre de Vienne en novembre 2011.<br />
Son dernier livre paru, <em>Jaguars</em> publié par les éditions Moisson Rouge, raconte l&#8217;histoire de deux frères déphasés, anciens membres d&#8217;un groupe punk et de leur rencontre avec un petit mafieux peut-être encore plus déjanté qu&#8217;eux.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Comment êtes-vous arrivée au roman noir ?</strong><br />
Sophie Di Ricci : J&#8217;ai toujours écrit des trucs assez violents avec des meurtres et des beaux mecs, mais je ne savais pas que c&#8217;était du roman noir en fait. J&#8217;ai fini mon premier manuscrit, <em>Moi comme les chiens</em>, quand j&#8217;avais 23 ans, c&#8217;était en 2006 et on m&#8217;a dit que c&#8217;était du polar qu&#8217;il fallait l&#8217;envoyer à des éditeurs de polars donc je l&#8217;ai fait mais moi je n&#8217;étais pas quelqu&#8217;un du tout qui avait une culture polar ou qui en lit.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : <em>Moi comme les chiens</em>, ça parlait de quoi ?</strong><br />
SDR: <em>Moi comme les chiens</em>, c&#8217;est une histoire de vengeance et une histoire d&#8217;amour entre deux hommes, c&#8217;est l&#8217;histoire d&#8217;une vengeance&#8230; je ne suis pas très douée pour présenter mes livres, je suis vraiment nulle pour ça, les quatrièmes de couv&#8217; sont très bien faites&#8230; <em>Rires</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Pour parler du second, Jaguars, pour moi c&#8217;est du roman noir parce que c&#8217;est écrit du côté des perdants, ou du côté des losers, écrire du roman noir c&#8217;est d&#8217;être de côté-là, de ce monde là&#8230;</strong><br />
SDR : Le monde que je décris c&#8217;est le monde de leur classe sociale, c&#8217;est peut-être une classe sociale de perdants, je ne sais pas. Quand je décris les jeunes qui sont à Rive-de-Gier, ce sont des jeunes qui rouillent en fait et qui se font chier&#8230; moi je n&#8217;ai pas vécu à Rive-de-Gier mais à Montbrison, j&#8217;ai pas mal traîné sur Saint-Étienne et ensuite à Villeurbanne et c&#8217;est comme ça qu&#8217;on traînait, on rouillait, on n&#8217;avait pas de boulot, on se faisait chier quoi. Donc c&#8217;est un peu la jeunesse que j&#8217;ai connue et que j&#8217;ai vécue.<span id="more-885"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Quand je dis que ce sont des perdants c&#8217;est parce qu&#8217;on sent que tout ce que tentent les personnages, c&#8217;est compliqué, qu&#8217;ils vont souvent vers l&#8217;échec même si ce n&#8217;est pas volontaire. </strong><br />
SDR : Ouais, ça finit pas trop mal quand même pour eux&#8230; On utilisait pas mal le terme galère à l&#8217;époque quand on avait 16, 17 ans. C&#8217;est l&#8217;impression que finalement, il n&#8217;y a jamais rien qui s&#8217;améliore, on ne trouve pas de boulot, c&#8217;est une spirale, et après comme on est pauvres, on s&#8217;en sort mal, on ne rebondit pas, et les choses vont de pire en pire et c&#8217;est quelque chose que j&#8217;avais envie de traduire. C&#8217;est pas quelque chose que j&#8217;ai tant vécue personnellement parce que j&#8217;ai pas mal bougé, je suis allée au Canada, mais des amis semblaient dans cette spirale où on ne s&#8217;en sort pas donc le but est plus pour traduire un sentiment de galère.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : C&#8217;est comme le personnage de Sam, on sent qu&#8217;il a des projets, des choses lointaines&#8230;</strong><br />
SDR : Je voulais parler de l&#8217;engagement, enfin de ce que lui considère comme de l&#8217;engagement politique, je me suis pas mal intéressée à ça, et je me suis rendu compte qu&#8217;un jeune qui commence à acquérir ce qu&#8217;on pourrait appeler une conscience de classe, à tord ou à raison, la question n&#8217;est pas de dire si c&#8217;est bien de s&#8217;engager à l&#8217;extrême-gauche ou dans les mouvements communistes, je crois que ce jeune il n&#8217;y comprendrait rien, il n&#8217;y a plus aucune structure qui est là pour faire de l&#8217;éducation populaire et politique. Avant il y avait le PCF qui était immense, très fort avec des structures de formation qui étaient très efficaces, il y avait les FRANCAS, etc. et maintenant il n&#8217;y a plus rien de tout ça. On peut se dire que quelqu&#8217;un de ce milieu là qui n&#8217;a pas d&#8217;éducation et qui voudrait se consacrer à un mouvement comme ça, à la limite il pourrait même pas le faire parce que je ne vois pas comment il pourrait le comprendre. Mes amis ne comprennent pas du tout les livres de Marx, voir même ils s&#8217;en foutent mais même s&#8217;ils en feuillètent, ils n&#8217;y comprennent rien, ce n&#8217;est pas possible qu&#8217;ils le comprennent, c&#8217;est un peu ce que j&#8217;avais envie de dire&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Ce qui est intéressant c&#8217;est que tous les personnages, que ce soit lui ou Godzilla, peuvent être naïfs à la fois touchant, puis violents, ça crée un rythme dans le livre, on ne sait jamais dans quel sens ça peut basculer, parfois on est surpris parce que c&#8217;est beaucoup plus sympa que ce qu&#8217;on pensait, parfois beaucoup plus violents&#8230; ça crée une structure, une tension&#8230;</strong><br />
SDR : C&#8217;est comme ça la vie, les gens sont comme ça&#8230; Les personnages sont comme ça parce que des fois, on peut décevoir à fond, et des fois il peut y avoir un geste vachement gentil de gens dont on n&#8217;attend pas ça.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : On pense au début que le personnage de Godzilla est juste une grosse brute mais il s&#8217;étoffe par rapport à ça au fur et à mesure. Vous parliez d&#8217;une histoire d&#8217;amour, et là c&#8217;est aussi une histoire d&#8217;amour avant tout ?</strong><br />
SDR : Euh ouais, plus que dans <em>Moi comme les chiens</em>. Je ne sais pas si histoire d&#8217;amour est approprié, certains disent que c&#8217;est une histoire d&#8217;amour donc je le réutilise, je ne sais pas si amour, c&#8217;est le bon terme. Je vois plus ça comme des gens qui sont très seuls et qui se rencontrent et finalement qui cherchaient à combler quelque chose, qui cherchaient à combler leur solitude, et en l&#8217;occurrence ce sont des gens qui couchent ensemble, je ne sais pas si j&#8217;utiliserais le terme amour pour qualifier la relation qu&#8217;ils ont. L&#8217;amour, c&#8217;est toujours l&#8217;alibi d&#8217;un crime, ça sert à cacher quelque chose qui est assez malsain enfin surtout dans la littérature, comme ces alliances de classe entre des personnages que tout oppose mais comme ils s&#8217;aiment, c&#8217;est possible, ce sont des gens qui sont très seuls et qui se rencontrent et qui font l&#8217;amour ensemble.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Et qui ont besoin d&#8217;être dépendant l&#8217;un de l&#8217;autre, de créer une dépendance&#8230; </strong><br />
SDR : Voilà&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Est-ce que vous vous êtes posée la question du côté trash ? Ça pourrait être trop ou pas assez, mais c&#8217;est entre les deux, ce qui m&#8217;a touché c&#8217;est que ce n&#8217;est jamais dans la provocation&#8230;</strong><br />
SDR: Je regrette ne pas me la poser plus cette question, parce que j&#8217;ai vraiment écris cette histoire sans me poser de question et je constate qu&#8217;il y a beaucoup de gens qui ne retiennent que ça, et ça me fait un peu chier parce que moi je n&#8217;écris pas des livres pour qu&#8217;après on se rappelle qu&#8217;un personnage a sodomisé un autre avec un gun, ou je ne sais pas ce qu&#8217;il y a dans l&#8217;autre, des scènes plus ou moins trashs alors que pour moi ce n&#8217;est pas ça le truc&#8230; alors j&#8217;aurais dû plus faire attention. Je regrette.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Ce que je trouve intéressant, c&#8217;est que ça devient un décor normal, la question ne se pose plus tellement, ils vivent dans ce monde là, c&#8217;est leur univers et c&#8217;est tout&#8230;</strong><br />
SDR : Normalement, ça devrait être ça, mais beaucoup de lecteurs&#8230; après ce sont des gens qui n&#8217;ont pas l&#8217;habitude de lire ce genre de livres&#8230; Quand on me pose la question sur ce que j&#8217;écris, je dis que j&#8217;écris des livres pour adultes, des livres pour adultes qui ne concernent que les adultes, il ne faut pas lire ça si on veut lire des livres grands publics que les enfants peuvent lire, bon comme je suis en polar, il y a des gens qui voient ça sur la table des polars, il y a la pile <em>Jaguars</em>&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : A côté de Camilla Läckberg&#8230;</strong><br />
SDR : … et ce n&#8217;est pas un polar comme ça, c&#8217;est un livre qui est réservé aux adultes&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Mais pour moi c&#8217;est ça le polar par rapport au roman policier qui est plus propre. </strong><br />
SDR : Tu vois, il y a des gens qui m&#8217;ont écrit, qui ont pris ce livre et qui me disent que ça avait l&#8217;air bien, qui ont lu le quatrième de couverture qui n&#8217;est pas très explicite, qui me demandent qu&#8217;est-ce que c&#8217;est que ce livre ? c&#8217;est de la pornographie ! c&#8217;est porno ! c&#8217;est ordurier ! comment on peut écrire ça ? Comment ça peut être publié, c&#8217;est une honte !&#8230; Moi je ne regrette un peu finalement de ne pas avoir réussi à faire quelque chose de plus universelle, ce qui est une qualité, de pouvoir écrire pour tout le monde. Du moment que tu fais quelque chose de sectaire, c&#8217;est dommage, j&#8217;aurais dû me poser plus la question.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : C&#8217;est marrant, parce que c&#8217;est un peu sex and drugs and rock&#8217;n'roll mais ce n&#8217;est pas plus trash que&#8230;</strong><br />
SDR : J&#8217;ai lu des trucs pires, quand on me dit que c&#8217;est dégueulasse, c&#8217;est porno, moi je dis vous avez lu Jean Genet&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Ce que je trouve c&#8217;est que ce n&#8217;est pas provoquant, en tout cas pas volontairement&#8230;</strong><br />
SDR : Mais Jean Genet ce n&#8217;est pas volontairement provoquant non plus mais je trouve ça quand même plus trash que ce que j&#8217;écris de loin en matière érotique&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Peut-être que les gens n&#8217;ont pas l&#8217;habitude de trucs érotiques entre deux mecs&#8230;</strong><br />
SDR : Ben oui et comme je suis une nana&#8230; je serais un mec, les gens se diraient que c&#8217;est un pédé qui écrit sur les pédés, là comme je suis une nana ils se disent mais pourquoi elle fait ça ? Pourquoi elle utilise des mots comme ça ? Il y a pas mal de mecs qui m&#8217;ont dit pourquoi utiliser des mots aussi moches quand on est une jeune femme, mignonne et tout, enfin voila.. après chacun a sa façon d&#8217;interpréter un livre, c&#8217;est une bouteille lancée à la mer&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Au niveau de la forme on sent un travail sur la simplicité, sur la rapidité&#8230; </strong><br />
SDR : Les trucs compliqués ça me fait chier, c&#8217;est chiant, moi je vais au plus simple possible, je travaille pour que ce soit le plus simple avec des mots simples&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : J&#8217;ai l&#8217;impression qu&#8217;il y avait une volonté de faire quelques passages un peu longs et descriptifs où vous plantez le décor, après c&#8217;est bon, il n&#8217;y a plus besoin de le faire, on est dedans&#8230;</strong><br />
SDR : Peut-être que ça vient de la BD, je faisais de la BD en amateur, et le principe c&#8217;est quand tu commences une histoire, tu commences par le décor puis tu fais ton truc. J&#8217;avais le guide du mangaka de Akira Toriyama et il disait de commencer son histoire par une case où on voit le décor, c&#8217;est super important, et du coup ça a du me marquer au point de le mettre dans mes romans&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Comme quand ils arrivent sur Paris, il y a une petite description, et après il n&#8217;y en a plus besoin&#8230;</strong><br />
SDR : C&#8217;est chiant aussi les descriptions&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : J&#8217;ai l&#8217;impression que les personnages sont plus décrits par les dialogues qu&#8217;ils ont que par une description d&#8217;eux, ce sont les dialogues qui leur donnent leur profondeur&#8230;</strong><br />
SDR : Oui, j&#8217;aime bien les dialogues en fait. J&#8217;aime bien, c&#8217;est un truc que je kiffe bien, que je sais bien faire alors&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Quand vous écrivez, l&#8217;important c&#8217;est l&#8217;idée de rythme, ou l&#8217;ambiance&#8230; ?</strong><br />
SDR : Déjà écrire une histoire, c&#8217;est pas mal, alors le rythme, l&#8217;ambiance&#8230; j&#8217;écris une histoire, au début je ne l&#8217;ai pas vraiment, et puis ça vient petit à petit, des fois, ça foire, ça n&#8217;aboutit pas, alors j&#8217;abandonne le roman, je fais un autre truc. Mais une fois qu&#8217;elle est là, j&#8217;écris mon bordel, je suis contente parce que c&#8217;est chiant d&#8217;écrire il ne faut pas croire. Les gens s&#8217;imaginent que c&#8217;est super bien d&#8217;écrire mais on gagne rien, on ne gagne pas d&#8217;argent, ça prend toute la journée. Franchement n&#8217;écrivez pas, c&#8217;est relou, je le pense.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Le fait de débuter chaque passage avec une phrase très anodine, très prosaïque&#8230; C&#8217;était une façon de mettre une certaine distance ?</strong><br />
SDR : J&#8217;avais commencé à faire ça avec <em>Moi comme les chiens</em>, et je ne sais pas, j&#8217;aime bien cette façon de faire. Comme ça quand je veux retrouver un chapitre, je sais où il est. Je sais que c&#8217;est <em>la clé à molette</em>, je ne sais pas pour <em>Jaguars</em>, il y a <em>au cinoche</em>, <em>Paris ville de merde</em>, ça vient peut-être des mangas quand j&#8217;en lisais avant, je ne sais pas ça vient peut-être de là&#8230; je ne sais pas, je m&#8217;en rappelle plus&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Ça crée une certaine distance sans qu&#8217;il y ait de jugements&#8230;</strong><br />
SDR; T&#8217;as kiffé, t&#8217;as vraiment lu le livre&#8230; putain&#8230; <em>Rires</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Ben je travaille&#8230;</strong><br />
SDR : C&#8217;est très bien mais tes questions sont bien compliquées&#8230; <em>Rires</em>. C&#8217;était quoi la question ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Ça crée une petite distance, une légère ironie mais sans jugement&#8230;</strong><br />
SDR : Moi je n&#8217;ai pas envie de juger mes trucs&#8230; le lecteur les juge tout seul. Ils sont assez grands, je n&#8217;ai pas envie de juger mes personnages, les gens sont assez grands et intelligents, c&#8217;est à eux de le faire, c&#8217;est aux lecteurs, ce n&#8217;est pas à moi.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : J&#8217;ai lu quelque part que c&#8217;était plus le cinéma que le roman qui vous influence. </strong><br />
SDR : C&#8217;était dans le sens où je ne lis pas de polar, ça me fait chier, les histoires avec des flics qui font des enquêtes&#8230; Du coup je vais plus connaître le polar par les films et encore, ce sont des films connus, <em>Taxi Driver</em>, ou le japonais Takeshi Miike que tout le monde connait&#8230; en plus je ne vais plus au cinéma donc je suis totalement en dehors du coup, mais je vais plus au cinéma dans le sens où je suis très contente que des gens lisent des polars mais moi ça ne m&#8217;intéresse pas plus que ça&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM: Et la musique, le côté groupe punk, c&#8217;est un univers qui vous intéresse ? </strong><br />
SDR : C&#8217;est en fait que je trouve que les gens qui ont ce genre là mignons, mais sinon ça me fait chier, le rock, j&#8217;en ai marre, j&#8217;en ai écouté toute mon enfance. C&#8217;est juste que je les trouve mignons, j&#8217;aime bien les mecs dans des jeans slim, les cheveux longs, bien minces, je les trouve bien, c&#8217;est tout donc je les mets dans mes romans, je trouve ça marrant. Ils me font bien kiffer.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Vous avez des projets de roman noir ?</strong><br />
SDR : Je suis en train de travailler sur un truc qui se passe pendant Thermidor à la révolution française, c&#8217;est une période qui m&#8217;intéresse, mais ça restera mon truc.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>BM : Des punks pendant la révolution française&#8230;</strong><br />
SDR : Voilà&#8230;</p>
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		<title>L&#8217;objection de conscience</title>
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		<pubDate>Sun, 13 Nov 2011 17:58:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Baptiste Madamour</dc:creator>
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		<category><![CDATA[L'objection de conscience]]></category>
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		<description><![CDATA[Elle me parle des lacs, de sa peur de ne pas avoir pied, d&#8217;être engloutie, elle me parle de cette espèce de poisson dont elle ne se rappelle pas le nom qui stagne au fond de l&#8217;eau, je lui dis &#8230; <a class="more-link" href="http://dunoirdanslesveines.fr/2011/11/lobjection-de-conscience/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3 style="text-align: justify;"><a href="http://dunoirdanslesveines.fr/wp-content/uploads/2011/11/nouvelle2texte.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-871" title="nouvelle2texte" src="http://dunoirdanslesveines.fr/wp-content/uploads/2011/11/nouvelle2texte.jpg" alt="" width="255" height="83" /></a>Elle me parle des lacs, de sa peur de ne pas avoir pied, d&#8217;être engloutie, elle me parle de cette espèce de poisson dont elle ne se rappelle pas le nom qui stagne au fond de l&#8217;eau, je lui dis que ce sont des animaux inoffensifs et utiles, que personne n&#8217;est mort à cause d&#8217;eux, elle n&#8217;en est pas sûre et dans le doute elle ne préfère pas s&#8217;aventurer trop loin quand elle se baigne.<br />
Le serveur pose deux demis, un au picon, un au citron sur le comptoir, la musique est forte, de l&#8217;electro-pop passe partout, nous devons presque crier pour nous entendre.<br />
Le bar se remplit.<br />
Et elle boit pendant que je parle du froid qui avance, que je lui raconte qu&#8217;entrer dans l&#8217;hiver me provoque de l&#8217;angoisse, qu&#8217;il me faut de la lumière pour me sentir mieux, que j&#8217;ai lu quelque part qu&#8217;il existait des thérapies à base de lampes à forte luminosité, que peut-être je devrais essayer. La mousse de la bière se dépose sur ses lèvres, elle l&#8217;essuie de son pouce qu&#8217;elle met ensuite dans sa bouche. Elle me dit qu&#8217;elle, elle aime bien l&#8217;hiver, la neige qui fout le bordel en ville, que le froid ne la dérange pas, qu&#8217;elle aime se glisser dans son lit glacé et le sentir se réchauffer petit à petit, qu&#8217;elle dort mieux l&#8217;hiver que l&#8217;été quand il fait trop chaud et qu&#8217;elle ne peut pas s&#8217;emmitoufler. Je l&#8217;imagine dans son lit, je ne sais pas où va me mener cette soirée, je ne préfère pas savoir.<br />
Trois hommes entrent dans le bar, s&#8217;assoient à une table au fond, ils parlent fort, rient fort, prennent de l&#8217;espace, regardent les alentours comme un territoire à conquérir.<br />
Elle jette un œil blasé vers eux puis reprend une gorgée de bière.<br />
Et je parle avec elle et je pense à tous les mecs lourds aux regards glissants qu&#8217;elle a dû rencontrer, qui ont dû la draguer avec insistance, le genre collant et je pense aussi aux mecs attentifs, ayant de la conversation, parlant de choses et d&#8217;autres mais n&#8217;ayant qu&#8217;un seul but, une seule envie, le corps à corps, les mains sur les seins, toucher, palper.<br />
Je ne suis pas sûr d&#8217;être différent, je ne sais pas dans quelle catégorie elle me met. Est-ce qu&#8217;on a vraiment envie de se connaître, est-ce qu&#8217;on peut un jour connaître l&#8217;autre ?<br />
Elle a dû en voir des mecs manœuvrer pour la séduire, elle a dû en entendre des remarques sur ses yeux bleus, des compliments faciles, des invitations à la con, des blagues nases, les mecs qui s&#8217;agrippent, veulent offrir un verre, font des clins d&#8217;œil, des sourires qui se veulent encourageants, une main qui se pose sur son bras ou sur son épaule. Tous ces gestes. Toute cette merde !<span id="more-870"></span><br />
Trois nanas, les lèvres rouges, mini-jupes, collants, vestes ouvertes sur tee-shirts moulants entrent, des dizaines de regards les déshabillent, les embrassent, les prennent sur la table, chattes écartées, culs offerts, cris d&#8217;animaux.<br />
Je vois la bave qui coule sur les mentons, je vois les pantalons qui se tendent, les bosses qui se forment, les imaginaires qui se développent.<br />
Et à une table tout près, un homme, une chemise sombre, une grosse bague qui cerne son doigt potelé, parle avec un autre homme, quelques poils qui dépassent d&#8217;un polo bleu clair, je n&#8217;entends pas ce qu&#8217;ils se disent, de temps en temps, ils rient, ils font de grands gestes, une femme est avec eux, très maquillée, jambes croisées, elle ne parle pas, elle ne rit pas, elle regarde son verre, parfois son portable, je pense aux guerres, des types en tenue, le visage maculé de boue, des cicatrices sur les bras, sur la joue, des cicatrices sur l&#8217;arcade, prêts à tuer, prêts à violer, à prendre, à pénétrer, je regarde le bar, les clients qui vont et viennent et je pense aux massacres perpétrés, les tranchées, un escadron qui rentre dans un village, qui vide les maisons, il faut faire place nette, il faut nettoyer.<br />
Et je me souviens, adolescent avec Jérôme en cours de math, de la manière dont on parlait de cette fille qu&#8217;on trouvait moche, qu&#8217;on imaginait avec dégoût baiser avec elle, qu&#8217;il disait beurk en grimaçant, une grimace qui me faisait rire et je pensais sans le dire que baiser avec elle ce serait mieux que rien, et je ne sais pas ce qui était le pire entre ses grimaces et mes pensées. Je me demande ce qu&#8217;elle est devenue et je me demande pourquoi je me demande ça.<br />
Et je me souviens des vestiaires des cours de sport, de ceux qui ressemblaient déjà à des hommes, les corps développés, l&#8217;odeur de sueur qui commençait à devenir une odeur masculine, les rires, et la façon dont je me mettais torse nu en leur tournant le dos et comment on me tapait dessus au collège parce que je ne faisais pas le poids, trop intello pour certains, trop pédale pour d&#8217;autres, c&#8217;est ce qu&#8217;on me disait et comment je tapais en retour sur d&#8217;autres, plus faibles, plus chétifs en les insultant, en me moquant d&#8217;eux.<br />
Elle me dit qu&#8217;elle sort fumer, je la suis, on s&#8217;écarte pour nous laisser passer, des bouts de conversations se chevauchent. Tu as vu ce foulard que je me suis acheté aujourd&#8217;hui. Et là ce con il me dit qu&#8217;il n&#8217;a rien compris à ce que je lui racontais alors que. Un truc qui passait à la télé mais ce n&#8217;était pas très. Des rires. Tu as de la chance d&#8217;aller à Barcelone, moi, j&#8217;aimerais y aller, ça fait un bail que je n&#8217;ai pas bouger, mais. Depuis le temps que j&#8217;essaie d&#8217;arrêter, ce serait bien si j&#8217;y arrivais mis un débardeur qui laissait apparaître chez le garagiste ça m&#8217;a n&#8217;importe quoi tu racontes vraiment n&#8217;importe quoi t&#8217;es trop con un putain de concert ça dansait tord l&#8217;estomac j&#8217;ai dû manger trop ha ha ha.<br />
Toutes ces bouches qui se déforment, ces voix qui se transforment en miaulements, en rugissements, ça postillonne, ça s&#8217;envoie des miasmes, ça boit, ça hurle.<br />
Il faudrait arriver à ne plus rien percevoir, à faire abstraction, à s&#8217;abstraire.<br />
Elle me devance sans faire attention aux gens amassés autour, je regarde sa nuque dégagée, son dos qui se devine sous son tee-shirt blanc, je regarde ses fesses, je l&#8217;imagine nue, elle se retourne et me dit de venir me coucher à côté d&#8217;elle, elle me tend la main pour m&#8217;emmener dans son lit immaculé, un halo entoure son corps.<br />
Dehors il fait froid, elle enfile sa veste, quelques fumeurs trépignent en regrettant les temps où l&#8217;on pouvait fumer à l&#8217;intérieur, un clochard passe avec un caddie, deux amoureux s&#8217;embrassent, une voiture de police fait sa ronde.<br />
Elle m&#8217;offre une cigarette, se tape dans les mains en disant que putain, ça caille et elle me parle de son travail, que c&#8217;était dur aujourd&#8217;hui, qu&#8217;elle est contente parce qu&#8217;après demain ce sera le week-end et qu&#8217;elle va pouvoir se reposer, je lui demande pourquoi c&#8217;était dur, elle me dit que bah, le travail, c&#8217;est toujours chiant. Puis nous ne disons rien, puis elle me regarde en souriant, je ne sais pas pourquoi.<br />
Je lui propose de retourner à l&#8217;intérieur, parce qu&#8217;il fait trop froid et que j&#8217;ai envie de pisser.<br />
Elle me dit qu&#8217;elle va commander une autre bière, elle me demande si j&#8217;en veux une.<br />
Je ferme la porte des toilettes, la musique est moins forte, ça me fait du bien.<br />
Je commence à pisser. Me parviennent des voix, un homme parle de sa nuit avec une blonde qu&#8217;il a rencontrée. Je me bouche les oreilles, je lâche mon sexe, ça gicle de partout. Sur le mur en face, des inscriptions écrites au feutre parlent de sexe en mots orduriers, une bite est dessinée. Je me concentre sur la cuvette, juste pisser, mon sexe mou, du sang qui en sort, des flots qui rougissent la cuvette, du sang qui déborde, forme des flaques sous mes pieds, éclabousse les murs, de quoi se perdre, de quoi se noyer.<br />
Tirer la chasse, vouloir être aspiré. Je pourrais me donner des coups de poing, je me lave les mains, regarde le miroir, mon visage recouvert de poils, mes yeux rouges, mes babines, mes crocs. Je me rince le visage qui reprend forme normale, je ne sais pas si ce que je vois est plus rassurant, un visage fin, des yeux marrons, c&#8217;est juste un masque, juste de la cire mais je sens que ça boue dessous, que mes joues lisses ne sont pas réelles, que la peau qui recouvre mes os est un artefact.<br />
Je suis un gentil garçon, je sais faire bonne figure. À l&#8217;intérieur c&#8217;est en vrac.<br />
Ça frappe à la porte, je pourrais ouvrir, attraper la personne pour l&#8217;enfermer dans les chiottes, lui exploser la gueule contre le mur, le mettre à poil puis la tête dans la cuvette, vas-y avale ! l&#8217;important est de participer.<br />
Je tremble. Je ne peux pas sortir comme ça. Ne pense pas ! Ne ressens pas ! Je me souviens, j&#8217;avais moins de dix ans, quelqu&#8217;un avait dit pendant la récréation que si on buvait son pipi, on se transformait en fille, je ne l&#8217;ai jamais fait, je savais bien que ce n&#8217;était pas vrai mais ça me troublait, on disait plein de choses sur les filles, on avait plein de théories, d&#8217;histoires à raconter, ça me semblait abstrait, je me regardais dans la grande glace du salon quand personne n&#8217;était là, je me mettais nu, je glissais mon sexe entre mes cuisses pour le cacher, je me disais que c&#8217;est ça une fille à poil, je me disais que je ressemblerais à ça si j&#8217;en étais une, je me demandais ce que ça ferait, je savais bien que c&#8217;était plus compliqué, qu&#8217;une fille, ce n&#8217;était pas seulement ça, qu&#8217;on m&#8217;avait dit qu&#8217;elles avaient un creux, un trou, une fente et d&#8217;autres choses mais je ne comprenais pas bien où et comment.<br />
Je sors, rien n&#8217;a changé. Des fauves sont postés dans tous les coins, à l&#8217;affût. Je les évite, de toute façon, ils ne s&#8217;intéressent pas à moi, ma poitrine doit être trop plate.<br />
Elle discute avec un homme brun, chemise à carreaux, chaîne en argent autour du cou, il s&#8217;en va, je reprends ma place, je lui demande qui c&#8217;était ce type, elle me répond que c&#8217;était rien, juste un connard qui tentait sa chance, que les mecs dans ce bar sont un peu chiants, que ça la gonfle. Je lui dis que c&#8217;est la guerre, les charniers, que tout s&#8217;insinue partout entre les interstices. Elle ne comprend pas, ne cherche pas à comprendre, boit une longue gorgée, elle me demande si ça va, dit que j&#8217;ai une tête bizarre, je réponds que ce doit être l&#8217;alcool, les liquides, la lumière, le bruit et tous ces gens qui n&#8217;arrêtent pas de parler.<br />
Elle me dit que j&#8217;ai raison, qu&#8217;on devrait aller ailleurs. Je ne sais pas ce qu&#8217;elle entend par ailleurs.<br />
Elle prend ma main, contact, brûlure, me dit qu&#8217;allez viens on se casse.<br />
Et je voudrais lui dire que je n&#8217;y arriverai pas, qu&#8217;il y a trop de sang sur mes mains, qu&#8217;il y a du sang qui sèche sur ma bite, qu&#8217;il y a trop d&#8217;hématomes imprimés sur mes phalanges. Un aller retour, une claque, un coup de poing. Lui dire que je suis trop sale pour la toucher, mes griffes sont trop acérées pour la caresser.<br />
Je lui dis que c&#8217;est peut-être mieux si je rentre chez moi, que ce serait mieux comme ça, qu&#8217;on arrête là, que je suis juste incapable d&#8217;aller plus loin.<br />
Et elle me demande ce qui me fait peur, elle me dit que je me pose trop de questions, qu&#8217;elle pensait que moi aussi j&#8217;avais envie de continuer ma soirée avec elle. Chez elle ou chez moi.<br />
Je voudrais lui expliquer pourquoi ce n&#8217;est pas possible, que c&#8217;est trop compliqué, je bafouille quelques mots sur la violence du monde, sur le fait d&#8217;être d&#8217;un certain côté de la barrière, elle n&#8217;a rien compris, me demande de répéter, le type à la chaîne en argent fume une cigarette, il nous regarde, il s&#8217;approche, la main dans la poche, il lui dit qu&#8217;elle a eu tord de se refuser à lui, il lui parle comme si je n&#8217;étais pas là, elle l&#8217;envoie chier, lui dit d&#8217;aller se faire foutre, il bombe le torse, gueule qu&#8217;on ne lui parle pas comme ça, qu&#8217;il ne permet pas qu&#8217;on lui parle comme ça, qu&#8217;il ne va pas se laisser insulter par une petite pute. Je suis tétanisé, je ne sais pas si je suis censé m&#8217;interposer pour essayer de calmer le jeu, si mon devoir est de lui foutre mon poing dans la gueule, mon devoir de quoi déjà ? Je sais juste que si ça se transforme en bagarre, je vais me faire rétamer.<br />
Ils sont tout près l&#8217;un de l&#8217;autre, il faut que je fasse quelque chose, ce serait bien que j&#8217;agisse, il lance sa main pour lui mettre une claque, elle recule, rapide, elle évite le coup d&#8217;un mouvement souple, il paraît surpris. Elle envoie son coude dans le menton du type, dans le même temps, son genou se soulève, il y a une sorte de silence, un truc épais, un cri, il est au sol, replié, en boule, ridicule, il a les mains serrées sur ses couilles, un de ses amis, un petit qui vient de perdre son sourire crétin se penche pour lui demander s&#8217;il va bien.<br />
Elle se retourne vers moi, me prend par le bras, on s&#8217;éloigne. Elle semble à peine nerveuse, elle me demande.<br />
- Excuse-moi ! Tu disais ?</h3>
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		<title>Préparer l&#8217;enfer, Thierry Di Rollo, Série Noire, Gallimard, 2011</title>
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		<pubDate>Thu, 13 Oct 2011 12:33:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Baptiste Madamour</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Thierry Di Rollo]]></category>
		<category><![CDATA[Politique fiction]]></category>
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		<description><![CDATA[Avec Préparer l&#8217;enfer, Thierry Di Rollo tente de nous alerter sur les risques du basculement de notre société vers le tout sécuritaire, accompagné de l&#8217;apprivoisement et de la soumission de sa population. Il le fait avec ce roman de politique &#8230; <a class="more-link" href="http://dunoirdanslesveines.fr/2011/10/preparer-lenfer-thierry-di-rollo-serie-noire-2011/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://dunoirdanslesveines.fr/wp-content/uploads/2011/10/preparerlenfer.jpeg"><img class="alignleft size-full wp-image-780" title="preparerlenfer" src="http://dunoirdanslesveines.fr/wp-content/uploads/2011/10/preparerlenfer.jpeg" alt="" width="160" height="232" /></a>Avec <em>Préparer l&#8217;enfer</em>, Thierry Di Rollo tente de nous alerter sur les risques du basculement de notre société vers le tout sécuritaire, accompagné de l&#8217;apprivoisement et de la soumission de sa population. Il le fait avec ce roman de politique fiction, où l&#8217;on peut reconnaître un président surnommé « Le petit », nous sommes en terrain connu avec un petit décalage. Si nous sommes en accord avec ce qu&#8217;il dénonce grâce à la mise en perspective d&#8217;évènements réels, des émeutes en banlieue à la prolifération des caméras de surveillance, et cela à l&#8217;aide d&#8217;une argumentation élaborée, ce livre manque sa cible<br />
Il reprend la trame des romans paranoïaques avec personnages agissants dans l&#8217;ombre, créant l&#8217;insécurité qu&#8217;ils prétendent combattre, si ce thème du pompier pyromane semble déjà vu, si on peut y retrouver la stratégie qui a mené au nazisme, il a aussi l&#8217;inconvénient de pousser à la léthargie, à l&#8217;idée qu&#8217;on ne peut rien faire face à ces forces obscures. De plus c&#8217;est une vision du capitalisme limité de croire que quelques personnes tirent les ficelles aussi facilement. D&#8217;oublier que c&#8217;est un système porté par de multiples forces sociales, par des mouvements qui ne sont pas toujours prévisibles, ne permet pas de se révolter.<br />
Mais ceci ne serait pas gênant si sa vision nihiliste donnait forme à une intrigue puissante.<br />
Sur un plan strictement littéraire, il transforme son roman en discours. La construction en dialogue entre le tueur et le flic rend l&#8217;ensemble statique, nous ne sommes pas immergés dans le roman mais à distance, la forme romanesque devenant le paravent d&#8217;un livre tract, où les scènes ne deviennent que les illustrations de ce discours. On a alors l&#8217;impression d&#8217;assister à une conférence où il faudrait prendre des notes et avaler ce que nous livre un professeur. C&#8217;est dommage, quand l&#8217;auteur fait confiance à la littérature, comme dans ces scènes du passé où surgit un amour déçu, un drame au bord d&#8217;un autoroute, il devient intéressant et son écriture trouve la bonne distance pour nous emmener, mais ces scènes  sont rares et disparaissent petit à petit pour laisser la place à un auteur qui nous fait la leçon.<br />
Thierry Di Rollo a une écriture sèche et efficace qui peut créer une œuvre intéressante, lorsqu&#8217;il ne cherchera plus seulement à nous convaincre, nous serons prêts à faire un bout de chemin avec lui.</p>
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		<title>Betty, Arnaldur Indridason, traduit de l&#8217;islandais par Patrick Guelpa, Editions Métailié, 2011</title>
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		<pubDate>Sun, 02 Oct 2011 19:46:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Baptiste Madamour</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Arnaldur Indridason]]></category>
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		<category><![CDATA[Editions Métailié]]></category>

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		<description><![CDATA[Le dispositif paraît simple, une narration sur deux niveaux, le premier est en flash-back l&#8217;histoire de la rencontre avec Betty, une femme séductrice qu&#8217;on imagine très vite fatale, le deuxième au présent est la description de la prison, des interrogatoires, &#8230; <a class="more-link" href="http://dunoirdanslesveines.fr/2011/10/betty-arnaldur-indridason-traduit-de-lislandais-par-patrick-guelpa-editions-metailie-2011/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://dunoirdanslesveines.fr/wp-content/uploads/2011/10/betty.gif"><img class="alignleft size-full wp-image-768" title="betty" src="http://dunoirdanslesveines.fr/wp-content/uploads/2011/10/betty.gif" alt="" width="166" height="257" /></a>Le dispositif paraît simple, une narration sur deux niveaux, le premier est en flash-back l&#8217;histoire de la rencontre avec Betty, une femme séductrice qu&#8217;on imagine très vite fatale, le deuxième au présent est la description de la prison, des interrogatoires, de comment on tente de faire craquer quelqu&#8217;un, le passage d&#8217;un niveau à l&#8217;autre est très fluide et transparent, on va d&#8217;une manipulation à l&#8217;autre, Arnaldur Indridason ne cherche pas à perdre le lecteur, au contraire, ce dernier est en avance face à la naïveté du personnage principale, il devine très vite que cette Betty ne semble pas très honnête et l&#8217;on prend un certain plaisir pervers à voir comment elle tisse sa toile et y enferme sa proie.<br />
Ainsi nous savons où cela nous mène, le personnage principale est en prison, donc l&#8217;intrigue est volontairement prévisible, et si un twist scinde le livre en son centre, il change sans le changer, c&#8217;est ce qui en fait sa force, l&#8217;angle de vision, on imagine d&#8217;ailleurs le travail qu&#8217;a dû fournir Patrick Guelpa pour la traduction. Pourtant on a toujours envie d&#8217;en savoir plus grâce au talent d&#8217;Arnaldur Indridason, même si la dernière partie sur l&#8217;enquête perd en force dévoilant ce qui a déjà été dévoilé dans l&#8217;esprit du lecteur et par là dévoile aussi quelques ficelles un peu grosses. Peu importe puisque l&#8217;histoire est plus celle d&#8217;une fascination qu&#8217;un roman à intrigue, c&#8217;est le récit d&#8217;une obsession, et on a l&#8217;impression de tourner en rond fidèle en cela à la pensée de quelqu&#8217;un qui refuse de comprendre ce qui lui arrive.<br />
L&#8217;écriture est très simple, elle aussi, dense, précise, pas de fioritures, de descriptions inutiles, Arnaldur Indridason tient son sujet, il est sûr de son style, il n&#8217;a pas besoin de rajouter du brillant, du superflu, de vouloir que toutes les phrases claques avec un vocabulaire clinquant comme, hélas, tant d&#8217;auteurs de romans noirs qui veulent en faire trop, qui cherche le tape-à-l&#8217;œil, veulent écraser le lecteur dans des livres de cinq cent pages dont deux cents de trop. Ce n&#8217;est pas le cas ici, on est impressionné aussi parce que l&#8217;auteur ne cherche pas à nous impressionner, c&#8217;est une écriture qui ressasse, qui fait comme des vagues qui prennent petit à petit de la puissance.<br />
« Je vais mieux quand je regarde ce qui s&#8217;était passé comme si c&#8217;était un rêve. Comme si c&#8217;était irréel. Comme quelque chose qui ne s&#8217;est jamais passé. C&#8217;est comme ça que je préfère voir les choses. Comme quelque chose que je vois devant moi et qui ne s&#8217;est jamais passé. Et je sais que bientôt je me réveillerai et qu&#8217;alors, je ne serai plus dans cette cellule crasseuse, mais chez moi dans ma chambre et que je regarderai sur la table de nuit la photo de papa qui me sourit comme toujours.<br />
Il faut seulement que je me réveille.<br />
Si seulement je pouvais me réveiller. »<br />
Ainsi on s&#8217;immerge doucement, par ce travail sur le rythme et la répétition, dans l&#8217;esprit torturée d&#8217;une personne qui se retrouve malgré elle, par attrait pour le sexe et l&#8217;argent facile, piégée de toute part et qui, sachant la vérité, persiste dans son aveuglement.</p>
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		<title>Dernier tour de manège de Jean-Paul Nozière, Editions rivages/noir, 2011</title>
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		<pubDate>Wed, 28 Sep 2011 14:34:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Baptiste Madamour</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Jean-Paul Nozière]]></category>
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		<category><![CDATA[Donald Westlake]]></category>
		<category><![CDATA[Editions Rivages]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Paul Demure]]></category>
		<category><![CDATA[Pierre Siniac]]></category>

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		<description><![CDATA[Un couple qui font rembourser des créances, un gendarme en rupture avec son service, un notaire amoureux fou qui tue et torture des chevaux, tous ses personnages au passé compliqué vont se croiser. Au départ le ton est dur, très &#8230; <a class="more-link" href="http://dunoirdanslesveines.fr/2011/09/dernier-tour-de-manege-de-jean-paul-noziere-editions-rivagesnoir-2011/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://dunoirdanslesveines.fr/wp-content/uploads/2011/09/derniertourdemanege.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-765" title="derniertourdemanege" src="http://dunoirdanslesveines.fr/wp-content/uploads/2011/09/derniertourdemanege.jpg" alt="" width="158" height="255" /></a>Un couple qui font rembourser des créances, un gendarme en rupture avec son service, un notaire amoureux fou qui tue et torture des chevaux, tous ses personnages au passé compliqué vont se croiser.<br />
Au départ le ton est dur, très sombre puis il devient plus ironique, et cette alternance donnera son ambiance au livre. Une histoire tragique, des lieux en déshérence, des personnages perdus, le tout raconté de façon plutôt humoristique, on retrouve ainsi une forme développée dans des livres de  Pierre Siniac, certains Donald Westlake ou certains Jan-Paul Demure (<em>Aix Abrupto</em> ou <em>Milac</em> par exemple). L&#8217;auteur tient cette ligne, grâce à des portraits riches et touchants. L&#8217;écriture est en accord avec les personnages, collant à la folie de l&#8217;un ou à la sensualité d&#8217;une autre.<br />
L&#8217;ensemble aurait pu être plus resserré, Jean-Paul Nozière ose parfois des ellipses soudaines qui donnent du rythme mais ne peut s&#8217;empêcher de revenir expliquer tout ce qu&#8217;on a manqué en léger flash-back, annulant par là l&#8217;effet voulu.<br />
C&#8217;est dommage, il devrait avoir plus confiance en lui et à son audace et aussi plus confiance au lecteur, apte à relier les points. On sent la peur de nous perdre.<br />
Répétons-le : être par moments perdu permet aussi de s&#8217;investir dans un roman, d&#8217;être stimulé, de se sentir plus actif, là on suit l&#8217;intrigue, peut-être tirée par les cheveux mais cela ne gène pas, avec plaisir mais dans un certain confort alors qu&#8217;on sent qu&#8217;une histoire plus dense, avec des trouées aurait rendu ce livre plus percutant.</p>
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