Archives de catégorie : Critiques
Cartons, Pascal Garnier, Editions Zulma, 2012
« C’est vrai que c’était joli le printemps quoiqu’un peu collant. Tout ce qu’on touchait dégoulinait de liquide amniotique, ruisselait de bave luisante que les premiers rayons du soleil vernissaient. Chacun sortait de sa coquille, ébouriffé, étonné, vorace, grisé de cette insolente jeunesse qui rendait prêt à en découdre avec la mort. »
Lire le livre posthume d’un auteur disparu récemment, un auteur qu’on a interviewé, qu’on a croisé dans de nombreux festivals qu’il traversait avec une discrète élégance et un humour pince sans rire, laisse une première impression étrange. Cette impression est renforcée du fait que ce livre est traversé par le deuil, par le temps qui passe, par l’idée de la mort. Ce n’est pas vraiment une surprise tant ces thèmes ont imprégné toute l’œuvre de Pascal Garnier dont les romans noirs ont toujours interrogé, sans jamais trouver de réponses, notre rapport à la vie, notre rapport à l’autre, dans des œuvres sombres comme l’A26 ou Les Insulaires, d’autres plus légères comme La Solution esquimau ou Les Hauts du Bas.
Dans Cartons, le personnage principal déménage, atterrit dans un petit village et tente de s’habituer à sa nouvelle maison, à ce village et ses habitants. C’est juste l’histoire d’un déménagement, mais aussi par là-même, l’histoire d’un deuil, de la solitude, de la mort au travail, et aussi d’une renaissance. D’une écriture fluide, très précise, il décrit des situations les plus banales qui deviennent d’un coup une aventure. « Brice s’était bien rendu comme prévu chez Bricotruc mais, une fois garé sur le parking et après avoir observé l’incessant va-et-vient d’êtres mi-hommes mi-ours transbahutant de lourdes charges, poutres de bois, rails de métal, sacs de ciment, bidons, il fut pris d’une sorte de terreur qui le paralysa pendant un bon quart d’heure. Ça lui rappelait le service militaire ou les abords d’un stade, enfin, partout où les hommes sont entre eux. Mais il se refusa à faire demi-tour et imitant maladroitement la lourde démarche de l’homme qui sait ce qu’il a à faire, il pénétra tête baissée dans le magasin ».
Ainsi tous ses livres sont les portraits d’hommes et de femmes inadaptés pour qui le simple fait d’être au monde est une bizarrerie, pour qui rien n’est une évidence, mais nous ne sommes jamais dans le pathos, il cache sa mélancolie derrière un humour sec, un sens de la phrase puissant.
« En cette froide matinée de novembre il en voulut énormément à Emma de l’avoir abandonné, seul et désemparé, aux mains des déménageurs qui dans une heure, tel un vol de sauterelles, allaient mettre à sac l’appartement. Stratégiquement et moralement sa position était intenable, aussi décida-t-il d’aller prendre un café en attendant la fin du monde. »
Tout l’art de Pascal Garnier est de garder la distance nécessaire, d’être sur le fil, on sent que ça pourrait basculer à tout moment dans la noirceur absolue, mais le sens de l’absurde et la tendresse de l’auteur empêchent que ça devienne pesant, ce n’est pas un auteur qui veut provoquer, déranger mais juste partager des sensations, on sent cette volonté de rester debout face à la mort, face à l’angoisse, de juste faire un pas de côté pour ainsi regarder le monde d’un angle neuf. Ce livre malgré sa tristesse n’est pas désespéré, tout est absurde, rien n’a véritablement de sens mais c’est peut-être ça qui permet de vivre.
Toutefois une phrase continue de résonner une fois le livre fermé et elle résonnera hélas ! longtemps. « La lettre de l’éditeur atterrit sur une pile d’enveloppes qu’il avait eu la flemme de décacheter. Il s’étira sur son lit de camp en se disant que c’était un beau jour pour mourir. »
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Les visages écrasés, Marin Ledun, Seuil, 2011
Marin Ledun nous immerge brutalement dans son roman, en quelques pages le cadre est posé, une médecin du travail reçoit un patient dépressif, l’écoute puis le tue. En suivant cette femme au bout du rouleau, l’auteur va mettre à nu la violence du management moderne qui est devenu médiatique suite aux suicides à France Telecom,
On assiste à la description d’un système de déshumanisation méthodique, l’auteur montre que la violence va du haut de la hiérarchie vers le bas mais transforme aussi tous les rapports sociaux, il montre comment l’humain devient alors un rat de laboratoire prêt à déchiqueter son congénère, on sent que Marin Ledun connait son sujet mais ce n’est pas un essai technique, Les visages écrasés est aussi le portrait d’une femme qui voudrait que les choses changent mais qui bascule dans la folie face à la situation paradoxale de devoir sauver des gens pour qu’ils retournent dans le lieu qui les détruit et ne perçoit qu’une solution extrême pour s’en sortir, une solution pour casser la machinerie qui broie ces individus.
L’écriture de Marin Ledun est au plus près d’elle, nerveuse, froide, saccadée en écho à son angoisse qui se développe, des phrases courtes, des répétitions qui font ressentir son enferment mentale, il sait transmettre la tension de l’héroïne et nous faire partager son impression qu’il n’y a pas d’échappatoire.
« Deuxième principe de réalité : Hervé Sartis m’attend devant la porte du cabinet. Cartable à la main, imperméable sur le dos. Ses paupières sont rouges et toute forme de vitalité a disparu de ses traits. L’ombre de lui-même.
Je pense : Les syndicats l’ont laissé tomber, lui aussi.
Comme moi, comme Fournier, comme Vasseur.
Les clefs trouvent le chemin de la serrure, presques toutes seules. Je m’écarte pour le laisser passer. Il file s’asseoir sur une chaise, sans un mot. Je referme derrière moi. Sans prendre le temps d’aller me sécher, je m’installe en face de lui et le contemple avec tristesse. »
On se dit que ça aurait pu être plus resserré mais le ressassement de la pensée de l’héroïne, l’accumulation de cas cliniques, pathologiques répondent au mal être de tous ces travailleurs qui jour après jour continuent d’aller au travail comme s’ils allaient à l’abattoir, elle veut leur redonner une histoire, une vie, une identité et on sent que c’est aussi le projet de Marin Ledun.
Un roman fort et dérangeant sur la guerre économique et la dévastation qu’elle produit au niveau le plus intime.
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Je tue les enfants français dans les jardins, Marie Neuser, 2011, Editions L’Ecailler
Un livre qui inaugure la résurrection bienvenue des éditions L’Ecailler, un livre sur la plongée d’une jeune prof d’italien dans l’enfer d’une classe d’élèves pauvres, sur la violence qu’elle subit de leur part, sur la peur puis la haine qu’elle développe.
L’écriture de Marie Neuser est forte, tendue, rapide avec des phrases qui claquent, un rythme prenant. Elle laisse exprimer la haine de son héroïne sans la retenir, comparant ses élèves à des animaux, à de la merde qui la salit en permanence, ça a l’avantage d’être directe, tripale, remuant elle n’aseptise pas la violence qu’elle ressent ainsi le style est fort mais le propos pose problème. L’idée que ce serait proche d’un récit (en quatrième de couverture est écrit que « tout laisse à penser que certaines scènes dépeintes ne sont pas loin d’être du vécu… ») pourrait désamorcer la critique, comment pourrait-on remettre en cause un vécu ? Sauf que ça reste un roman qui propage un discours qui est loin d’être anodin.
L’héroïne se retrouve dans un monde violent, sexiste, OK, il ne s’agit pas de nier que ça existe mais est gênante la référence au travail d’instit de son père et son parfum de c’était mieux avant (ha le bon temps de l’école communale, de l’uniforme, et à l’époque du pensionnat, ça filait droit, les profs étaient respectés, l’instruction aussi, etc. )
Est gênante aussi cette façon de mettre en exergue une élève modèle, Samira, pour se dédouaner et ainsi enfoncer tous les autres, masses débilitantes et violentes (qui rappelle le Y en a des biens de Didier Super), ça devient vraiment problématique lorsque l’héroïne (l’auteure si c’est du vécu ?) dit refuser toute analyse politique et sociologique.
Ça pourrait être des faits bruts jetés ainsi et le lecteur en fait ce qu’il veut, pourquoi pas ? sauf que Marie Neuser écrit « J’ai donc cessé de croire à tout ça, tout ce baratin sociologique à tendance marxiste qui tend à transformer les bourreaux en victimes. Et de plus en plus, alors que mon visage se marque des griffures de la haine, je n’accepte plus aucune explication, plus aucune excuse. Je crache sur le pardon. Je méprise au plus haut point l’angélisme de bon ton qui voudrait nous faire croire que derrière toutes cette merde, sous les pelures de la connerie et de l’orgueil, dort un bon fond de la bonne petite créature abusée par la Société. » C’est fatigant de lire que si on a une analyse marxiste (mais j’imagine qu’une analyse libertaire ou toute approche sociétale serait critiquée de la même façon) on serait angélique, ignorant que dans certains lieux, à certains moments la violence existe, ce serait angélique de croire que les inégalités sociales, la violence économique produit de la violence entre les individus, surtout dans les milieux les plus pauvres ?
Sans analyse marxiste, sans analyse des rapports de dominations sociaux, culturels et symboliques (bien représentés par cette professeure d’italien fille d’instit mariée à un si gentil libraire, tous deux ne semblent pas connaître Bourdieu), sans analyse de la façon dont est traité le système éducatif dans un système capitaliste on ne peut qu’en arriver à une vision biologique réactionnaire, d’une meute d’animaux, de fauves sans humanité, n’ayant aucune excuse et qu’on peut abattre pour ne plus être dérangés.
Dans un contexte réactionnaire et répressif où se répète à l’envie (et ce en contradiction avec toutes les analyses sociologiques sérieuses) que les jeunes seraient de plus en plus des assassins en puissance qu’il faut enfermer de plus en plus jeune, de plus en plus longtemps, ce livre participe à l’idée que la violence, la petite « délinquance » seraient déconnectées de tout contexte sociale, reprenant la vision d’un Alain Bauer, d’un Finkielkraut, bref de toute la pensée dominante actuelle de droite se diffusant de plus en plus dans une certaine classe moyenne désemparée, représentée par le personnage de ce livre (et de son auteure ?).
Autant relire Racailles de Vladimir Kovlov vu du côté des petites frappes (ces bourreaux que les gauchistes voient comme des victimes), avec un regard sans angélisme, sans complaisance et sans jugement, on en sort remué aussi mais sans cette idée que seule la répression est la seule solution.
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Marqué avec Editions L'Ecailler, Marie Neuser, Vladimir Kovlov
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Préparer l’enfer, Thierry Di Rollo, Série Noire, Gallimard, 2011
Avec Préparer l’enfer, Thierry Di Rollo tente de nous alerter sur les risques du basculement de notre société vers le tout sécuritaire, accompagné de l’apprivoisement et de la soumission de sa population. Il le fait avec ce roman de politique fiction, où l’on peut reconnaître un président surnommé « Le petit », nous sommes en terrain connu avec un petit décalage. Si nous sommes en accord avec ce qu’il dénonce grâce à la mise en perspective d’évènements réels, des émeutes en banlieue à la prolifération des caméras de surveillance, et cela à l’aide d’une argumentation élaborée, ce livre manque sa cible
Il reprend la trame des romans paranoïaques avec personnages agissants dans l’ombre, créant l’insécurité qu’ils prétendent combattre, si ce thème du pompier pyromane semble déjà vu, si on peut y retrouver la stratégie qui a mené au nazisme, il a aussi l’inconvénient de pousser à la léthargie, à l’idée qu’on ne peut rien faire face à ces forces obscures. De plus c’est une vision du capitalisme limité de croire que quelques personnes tirent les ficelles aussi facilement. D’oublier que c’est un système porté par de multiples forces sociales, par des mouvements qui ne sont pas toujours prévisibles, ne permet pas de se révolter.
Mais ceci ne serait pas gênant si sa vision nihiliste donnait forme à une intrigue puissante.
Sur un plan strictement littéraire, il transforme son roman en discours. La construction en dialogue entre le tueur et le flic rend l’ensemble statique, nous ne sommes pas immergés dans le roman mais à distance, la forme romanesque devenant le paravent d’un livre tract, où les scènes ne deviennent que les illustrations de ce discours. On a alors l’impression d’assister à une conférence où il faudrait prendre des notes et avaler ce que nous livre un professeur. C’est dommage, quand l’auteur fait confiance à la littérature, comme dans ces scènes du passé où surgit un amour déçu, un drame au bord d’un autoroute, il devient intéressant et son écriture trouve la bonne distance pour nous emmener, mais ces scènes sont rares et disparaissent petit à petit pour laisser la place à un auteur qui nous fait la leçon.
Thierry Di Rollo a une écriture sèche et efficace qui peut créer une œuvre intéressante, lorsqu’il ne cherchera plus seulement à nous convaincre, nous serons prêts à faire un bout de chemin avec lui.
Publié dans Accueil, c-d, Critiques, Thierry Di Rollo
Marqué avec Politique fiction, Série Noire, Thierry Di Rollo
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Dernier tour de manège de Jean-Paul Nozière, Editions rivages/noir, 2011
Un couple qui font rembourser des créances, un gendarme en rupture avec son service, un notaire amoureux fou qui tue et torture des chevaux, tous ses personnages au passé compliqué vont se croiser.
Au départ le ton est dur, très sombre puis il devient plus ironique, et cette alternance donnera son ambiance au livre. Une histoire tragique, des lieux en déshérence, des personnages perdus, le tout raconté de façon plutôt humoristique, on retrouve ainsi une forme développée dans des livres de Pierre Siniac, certains Donald Westlake ou certains Jan-Paul Demure (Aix Abrupto ou Milac par exemple). L’auteur tient cette ligne, grâce à des portraits riches et touchants. L’écriture est en accord avec les personnages, collant à la folie de l’un ou à la sensualité d’une autre.
L’ensemble aurait pu être plus resserré, Jean-Paul Nozière ose parfois des ellipses soudaines qui donnent du rythme mais ne peut s’empêcher de revenir expliquer tout ce qu’on a manqué en léger flash-back, annulant par là l’effet voulu.
C’est dommage, il devrait avoir plus confiance en lui et à son audace et aussi plus confiance au lecteur, apte à relier les points. On sent la peur de nous perdre.
Répétons-le : être par moments perdu permet aussi de s’investir dans un roman, d’être stimulé, de se sentir plus actif, là on suit l’intrigue, peut-être tirée par les cheveux mais cela ne gène pas, avec plaisir mais dans un certain confort alors qu’on sent qu’une histoire plus dense, avec des trouées aurait rendu ce livre plus percutant.
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Marqué avec Donald Westlake, Editions Rivages, Jean-Paul Demure, Jean-Paul Nozière, Pierre Siniac
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Voodoo land, Nick Stone, traduit de l’anglais par Samuel Todd, Série Noire, Editions Gallimard, 2011
L’avantage avec le thriller à l’américaine, là écrit par un anglais mais peu importe, que même si le livre est faiblard, il y a un savoir-faire, un métier qui fait que le livre reste plaisant à lire. Parfois ce savoir-faire se retourne contre le livre, c’est le cas pour Voodoo Land.
D’abord choisir une époque précise et un lieu, début des années 80 dans la communauté haïtienne de Miami, ce qui permet de faire croiser le vaudou, la période politique précédent l’arrivée de Reagan au pouvoir, bref de quoi éveiller un intérêt, prendre deux flics dissemblables, un noir démocrate, un blanc républicain amoureux des femmes noires, de la musique jazz, de quoi créer tension, frottement, rapprochement, commencer par un meurtre dans un endroit original (là un parc à singe, pourquoi ? Euh pourquoi pas…), etc. comme dans un bon manuel qui s’appellerait « les clés pour écrire un thriller en éveillant l’intérêt du lecteur et pour ensuite ne pas le perdre en route ».
Il faut aussi aujourd’hui que le livre fasse plus de 500 pages pour que le lecteur sente qu’on à affaire à du sérieux, le problème est que là ça ne semble pas nécessaire, tout est expliqué, surligné on a le droit à la biographie de chaque personne rencontrée, un flashback sur tel lieu, tel quartier à une époque précédente, c’est censé donner de l’épaisseur au roman mais on sent le travail, les fiches de personnage écrites en amont et recrachées. Parfois un peu de mystère ne perd pas le lecteur, au contraire, de pouvoir imaginer permet aussi de s’approprier un roman, des lieux, des personnages. Là surtout ça ralentit l’ensemble, nous sommes dans l’enquête, plutôt emportés et hop une digression qui casse le rythme, ce qui fait qu’à la page 200, on n’a toujours pas l’impression que l’histoire a commencé. Dans le manuel du bon thriller il y a aussi les surnoms originaux (là un s’appelle bonbon parce qu’il mange des bonbons, un autre a pour surnom Puissance 6, etc.) et autres effets qui truffent le roman et le rendent artificielles, il en est de même pour les descriptions médicolégales où l’auteur doit montrer qu’il connait le sujet, qu’il a bien potasser sa documentation mais cela n’apporte pas grand chose à part de l’épate pour les incultes que nous sommes.
C’est dommage parce que quand l’auteur fait confiance à son intrigue, ça tient la route, la deuxième partie du roman quand il se concentre sur l’enquête et les multiples affrontements qui en découlent, on est prêt à être emmené, on est prêt à suivre Max et Joe dans les rues de Miami, on est prêt à frémir face aux dangers potentiels. Quand il fait confiance à son écriture, on est prêt à oublier tous les facilités, parce que Nick Stone sait décrire une scène de combat, une relation amoureuse naissante ou les interactions entre les personnages, il sait créer une ambiance, le style est solide, les dialogues sonnent justes.
Ainsi c’est l’étrangeté de ce roman, tout ce qui censé le nourrir, le rendre plus original le dessert, lui donne un aspect fabriqué et formaté et dès que Nick Stone semble oublier les leçons qu’il a prise, on trouve de l’émotion, de la sincérité, espérons qu’il suive cette voie et qu’il cesse d’écouter ceux qui lui expliquent comment faire un bon thriller.
Publié dans Accueil, Critiques, Nick Stone, s-t
Marqué avec Nick Stone, Série Noire, Vaudou
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Le bal des frelons, Pascal Dessaint, Editions Rivages/Thriller, 2011
Un apiculteur qui retrouve son beau-fils, un maire faible et corrompu, un ancien maton dont le mariage se transforme en guerre, un fou qui idolâtre sa femme morte, un gendarme qui essaie de comprendre ce qui se trame, etc. le dernier livre de Pascal Dessaint met en scène un petit village avec un grand nombre de personnages pour la plupart agités par la cupidité ou la folie. On les suit dans de courts chapitres en devinant les collisions fatales qui vont arriver entre eux.
Certains trajets sont plus intéressants que d’autres, par exemple l’histoire de Maxime qui a quitté sa famille est narrée avec beaucoup de douceurs, pour le reste, c’est un peu la galerie des monstres, on surplombe parfois les personnages, on a du mal à savoir où se situe l’auteur et où il nous place. Même si le social existe dans ce roman, ce regard sur une humanité stupide, lâche et juste intéressée par le sexe et l’argent se voudrait drôle mais est parfois désagréable par sa vision du monde, il y a quelque chose de l’ordre de l’instinct meurtrier dans la violence qui se déchaine, de la naturalité de l’homme qui serait un loup pour l’homme, surtout avec les nombreux parallèles avec les divers animaux qui peuplent les lieux, des abeilles aux ours. Est-ce que le regard de Pascal Dessaint est nihiliste, dépressif ou juste sardonique, difficile de trancher parce qu’il ne semble pas faire un choix clair, n’osant aller totalement dans la méchanceté ou la farce, sans montrer non plus d’empathie, les personnages ressemblent un peu trop à des marionnettes pour qu’on éprouve de l’émotion pour eux.
On assiste plutôt à une mécanique cruelle qui se met en branle, mais les nombreuses coïncidences donnent un aspect artificiel aux évènements, on sait à l’avance que ça va aller vers le drame, l’horreur, le guignol et on a l’impression que l’auteur force les choses plutôt que de nous emmener. La multiplication des points de vue sur le même acte, si elle est habilement traitée, n’empêche pas un sentiment de surplace de se dégager. L’écriture vive et efficace rend la lecture plaisante mais ne suffit pas pour qu’on se sente vraiment concerné.
Publié dans Accueil, c-d, Critiques, Pascal Dessaint
Marqué avec Campagne, Editions Rivages, Pascal Dessaint
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Morte la bête, Lotte et Soren Hammer, traduit du danois par Andreas Saint-Bonnet, Actes Sud/Actes noirs, 2011
Au départ, on craint le pire, ça se passe en Scandinavie, un crime horrible, une fille qui fait des reproches à son père policier (ce sera heureusement vite mis de côté), un style passe-partout, un groupe de flics dont chacun a un caractère précis qui bougera peu, on pense se trouver face à un clone de Camilla Läckberg, faiseuse de best-seller sans intérêt de la même édition Actes Sud/Actes Noirs, mais le livre est mieux que ça.
On ne trouve pas chez Lotte et Soren Hammer, ce qui est insupportable chez Läckberg, ces longs passages mièvres et moralistes sur la famille du héros qu’on croirait sortis de magazines dits féminins et ces enquêtes qui jouent sur un mystère construit artificiellement, là le style n’est guère mieux, il est illustratif, ni nul ni prenant, par contre les auteurs nous immergent dans une intrigue forte et tenue dont le déroulement est bien menée.
L’idée du livre de prendre à bras le corps le sujet de la pédophilie est intéressante, c’est un thème récurrent dans les thrillers à sensation mais là, ils dépassent leur sujet : des meurtres sont commis dont les victimes sont des pédophiles, les meurtriers jouent la carte médiatique et politique pour faire que la société devienne plus répressive. Nous suivons des policiers qui doivent enquêter sur ces meurtres et aussi se coltiner une opinion publique de plus en plus hostile qui prend partie pour les assassins et qui va mettre des bâtons dans les roues des enquêteurs, cela crée une tension et un intérêt croissant, on a l’impression d’être avec les flics qui nagent à contre-courant face à cette population qui prend goût au lynchage. Ainsi le fait que la pédophilie soit un sujet rabattu devient un des enjeux du livre et même si l’intrigue s’effiloche sur la fin, il montre assez efficacement comment un fascisme rampant peut naître sur le dos de ses monstres des temps modernes que sont les pédophiles, comment on peut détourner les gens d’autres enjeux en les prenant pour boucs émissaires.
Les auteurs ne font pas dans le spectaculaire ou les rebondissements incessants, ils nous donnent les clés assez vite, ne cherchent pas à jouer contre le lecteur, l’intérêt n’est pas dans le « qui a tué ? » mais plutôt dans le comment les flics vont se dépatouiller des différentes embuches qu’on leur met, nous ne sommes pas laissés à l’écart ou manipulés par les auteurs. La surprise, le retournement de situation est souvent une facilité du roman noir pour créer une attention superficielle, Lotte et Soren Hammer n’ont pas besoin de ces ficelles pour nous amener à les accompagner.
Dommage que le style soit aussi plat et scolaire, si l’écriture avait été aussi resserrée et précise que l’histoire, on aurait été face à un grand livre.
Publié dans Accueil, Critiques, h-i-j, Lotte et Soren Hammer
Marqué avec Actes Noirs/Actes Sud, Camilla Läckberg, Lotte et Soren Hammer
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Les coeurs déchiquetés, Hervé Le Corre, Rivages/Thriller, 2009
Hervé Le Corre est un auteur généreux. Dans la forme, l’écriture il donne beaucoup, cherche différentes ambiances, est précis dans son choix d’un vocabulaire riche et comme il donne beaucoup parfois il donne un peu trop, quelques métaphores appuyées, quelques descriptions dont la longueur casse parfois le rythme, mais c’est le prix à payer pour avoir aussi des phrases émouvantes, des descriptions qui envoûtent.
Cette générosité se retrouve dans les personnages, l’auteur s’intéresse vraiment à eux, il les incarne avec finesse, ainsi le deuil d’un enfant ayant perdu sa mère est très bien rendu alors que c’était particulièrement casse gueule, il évite le mièvre que la situation pouvait amener. On est touché parce que son regard est juste, il est à la bonne distance. Il ne cherche pas le tape à l’œil, il prend le temps de faire vivre une situation, un moment, peu importe les quelques afféteries deci delà, l’ensemble a un souffle, a une tenue, une puissance qui font du bien à l’heure où le roman noir semble parfois se complaire dans un nihilisme et un cynisme finalement beaucoup plus en accord avec la violence ultra-libérale actuelle.
L’histoire en elle-même n’est pas des plus originales, un flic au fond du trou dont le fils a disparu depuis de nombreuses années d’un côté, un enfant qui a perdu sa mère de l’autre, et la fin est décevante lorsque le mystère se désépaissit, l’auteur est dans un certain classicisme, écriture au passé à la troisième personne, phrases longues, chapitre à deux personnages qui se succèdent. Hervé Le Corre ne cherche pas à tout prix la modernité. Non c’est du thriller à l’ancienne, honnête et puissant qui maîtrise sa forme, qui sait où il va et qui nous y emmène sans difficulté, laissant une fois le livre refermé des émotions multiples et persistantes.
Publié dans Accueil, Critiques, Herve Le Corre, k-l
Marqué avec Editions Rivages, Hervé Le Corre
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