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J’ai confiance en toi, Francesco Abate, Massimo Carlotto, traduit de l’italien par Laurent Lombart, Editions Métailié
Le titre de ce livre est emprunté à une chanson italienne et doit être pris dans un sens ironique puisqu’il s’agit de raconter un monde où l’on ne peut faire confiance à personne. On suit le parcours d’un petit dealer qui se retrouve à trafiquer de la bouffe avariée à force de trahison, mensonge, soit la description d’un ambitieux qui travaille avec méthode, précision et dont la vie va merder pour des raisons subalternes et annexes.
On est pris dans la logique de ce héros qui est un salaud mais pas pire que les autres. C’est écrit avec humour mais sans mépris, on s’attache presque à cette crapule qui veut juste réussir dans la vie. On pense parfois aux Affranchis de Scorcese, soit l’histoire d’un homme qui ne veut pas être un plouc, les auteurs ont la même énergie que le cinéaste, ça va vite, le rythme est prenant, l’écriture d’une grande fluidité change de niveau de langage habilement, les auteurs ont le sens de la formule, de la phrase qui percute au bon moment, l’ensemble a du souffle. Si le ton est moins désespéré que dans de précédents livres de Massimo Carlotto, le fond est proche, c’est à dire comment s’en sortir dans un monde capitaliste dont la logique de compétition mène les hommes à s’écraser les uns, les autres, qu’on soit dans l’illégalité ou non.
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Paris blues, Maurice Attia, Babel Noir, 2009
C’est la fin d’une trilogie qui partait d’Alger, passait par Aix Marseille pour finir avec ce livre à Paris, soit l’itinéraire d’un flic d’origine espagnol et traversant la guerre d’Algérie pour vivre les évènements des années 60 en France.
Maurice Attia a pour ambition de mêler les faits historiques et une intrigue policière, et il le fait souplement, ainsi dans ce livre on retrouve les remous qui ont suivit mai 68 avec les maoïstes de la gauche prolétarienne, on retrouve la guerre et Algérie et l’OAS, on évoque Franco, l’Argentine, etc. et aussi le cinéma, la littérature de l’époque, les changements architecturaux de Paris, à part quelques passages plaqués, tous ces éléments s’intègrent à l’ensemble.
La construction à plusieurs voix est original, elle ne suit pas un schéma stricte, de nouveaux narrateurs apparaissent sans qu’on s’y attende, et Maurice Attia sait intégrer ces voix avec fluidité.
L’intrigue est secondaire, l’auteur semble s’en foutre autant que le héros mais ça ne porte pas préjudice au rythme, il ne ménage pas vraiment le suspense, laisse les mystères être résolus par d’autres personnages secondaires. Cette désinvolture, cette nonchalance ajoute du charme à ce livre.
Le problème est le personnage principale qui s’auto-lamente et qui s’aime bien en même temps, c’est parfois lassant et complaisant, de plus le fait qu’il soit toujours dans le commentaire sur ses actes et se conséquences créent une distance dommageable, on voudrait parfois être dans l’action plutôt que dans le commentaire de l’action.
Le livre est décevant par rapport aux maos qu’on ne voit que sous un angle folklorique, comme s’il n’y avait pas de soubassements politiques, sociales à leur lutte, quelque soit l’opinion qu’on peut avoir sur ce mouvement et ses militants. Là-dessus, Attia ne dépasse pas ce que l’on entend usuellement sur la fac de Vincennes dans les années 60, des petits bourgeois qui se piquent de révolution et de libération sexuelle, l’auteur n’y apporte ni nuance, ni complexité.
Est gênant aussi le rapport homme/femme, entre les hommes qui sont soit flic, soit proxénète, et les femmes qui sont pute, fantasme, mère ou folle, toutes les femmes ne pensant qu’à se taper le héros, il y a quelque chose d’assez réac dans tout ça. Ce sombre héros qui souffre de faire souffrir ses amoureuses, qui déprime mais reste quand même viril, ça correspond à une époque, celle du livre, ça fait parfois daté. Cela n’empêche pas d’en faire dans l’ensemble un livre solide et attachant. L’écriture est classique et juste avec une part de trivialité surprenante mais cela tient la route.
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L’Evangile du billet vert, Larry Beinhart, Série Noire, Gallimard, 2010
Les thrillers états-uniens ont une capacité à affronter les questions qui agitent l’actualité qui est plutôt réjouissantes, là ça part bien, un roman qui se coltine la question religieuse de façon frontale, et aussi le climat sécuritaire post-11 septembre, la stigmatisation d’un musulman dans ce contexte, etc.
Prendre pour héros un privé évangéliste semble une idée intéressante et permet de voir ce monde réactionnaire et fanatique de l’intérieur. Mais le problème est que l’auteur essaie de justifier son histoire tout en l’écrivant, c’est à dire, il veut nous faire croire à la conversion au doute de son héros, à son abandon d’une foi absolu, mais ce n’est pas incarné, on n’y croit jamais parce que l’auteur n’y croit pas non plus, et comme toute une partie du livre est sur ses tergiversations, « mais comment est-ce possible que tout ne soit pas comme mon pasteur me le présente, me serais-je trompé ? Mais ma femme est-elle de mon côté ou du côté de la foi ? De quel côté suis-je ? » Il aurait fallu un peu plus de folie de la part de Larry Beinhart, plus d’abandon de ses propres convictions, quand Ellroy fait vivre un personnage fasciste ou un tueur psychopathe on est avec lui, alors que là on reste en dehors, l’auteur surplombe son personnage en voulant trop le rendre crédible, du coup, on reste à distance.
L’intrigue est foireuse, il ne se passe étrangement pas grand-chose pour un thriller de ce genre, les différentes péripéties sonnent faux, tout tombe à plat, ça pourrait passer si on n’était emmené par le héros mais ce n’est pas le cas. L’écriture est agréable et sans faute de goût, mais cela ne suffit pas à donner de la puissance à ce roman étrangement raté.
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Alger la Noire, Maurice Attia, Babel Noir, 2006
Maurice Attia a écrit un livre dense sur une période sombre et peu connue de la guerre d’Algérie, celle-ci touche à sa fin, et on plonge dans la folie d’une fin de guerre. Un flic veut résoudre une enquête dont tout le monde se fout dans cette période trouble, c’est la trame principale mais l’auteur s’intéresse à de nombreux personnages dont les voix se mêlent avec fluidité et constituent le portrait sensible d’un lieu et d’une époque.
De très beaux personnages comme la mère de Paco qui sombre petit à petit dans la démence. On sent beaucoup de tendresses pour eux. La vie passe dans ce roman où la mort est omniprésente, mais par son regard et son écriture, Attia nous permet de nous attacher à ces êtres pris dans la tourmente, qui face à la violence vont devoir prendre position et évoluer.
Juste, parfois il veut trop en dire, dans ses descriptions comme dans ces notes en bas de page à propos de tous les films cités, les lieux ou les positions sexuelles, ça a un côté professoral qui ne me semble pas nécessaire.
Une construction solide et efficace qui nous plonge alternativement dans les différentes histoires qui au final n’en forme qu’une, celle de la fin d’une guerre, et la folie qui en découle.
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Les poteaux de tortures, Abdel Hafed Benotman, Rivages/Noir, 2006
Nous avons dit tout le bien qu’on pensait de cet auteur et on va continuer avec ce recueil de nouvelles. Nous lisons un certains nombres de romans noirs, parfois très bons, souvent intéressants mais un peu tièdes. Ce n’est pas le cas ici.
La noirceur vous prend directement, physiquement. On pourrait parler de poèmes noirs plutôt que de nouvelles noires. Une sorte de mauvais sang contemporain.
Ces nouvelles/ poèmes noirs tournent souvent autour de l’enfermement, au sens direct de la prison, mais aussi l’enferment dans une tête, l’enfermement dans la société en général. Et comment la rage se fracasse sur ses murs, tente de les exploser. Benotman n’est pas du genre à prendre des gants pour cela, ça mord, ça chie, ça cogne. On se dévore l’un, l’autre. Ça parle de cannibalisme, d’automutilation, de suicide, de fantasmes sexuels, etc. Le corps comme dernier territoire lorsque le monde, la société te restreint, te réduit, t’étouffe en permanence.
On verra après ce qui résiste, ce qui a le mérite de résister. En sort étrangement une tendresse en creux, une tendresse qui n’a aucune place, mais dont l’absence se déverse, emplit tout le vide qui reste quand tout a été ravagé. Ainsi dans une lettre magnifique adressée à sa mère par un homme qui décide de se suicider.
L’écriture est très viscérale. Une écriture qui joue avec les mots, qui utilise les aphorismes, qui introduit des couplets de chansons dans le texte, une écriture qui travaille sur les sensations, qui part des tripes, de la gorge, de la bite, qui essaient de détruire à toute force les murs. Benotman ne cherche pas la clarté, le joli, la belle structure propre, non, tout doit trembler, même les fondations.
Ça déborde, et même les défauts (quelques métaphores trop filées par exemple) font partie de ce débordement, donnent un ton, un trop plein, une densité, un style propre à cet écrivain important qu’est Abdel Hafed Benotman.
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Eboueur sur échafaud, Abdel Hafed Benotman, Rivages. Ecrits noirs, 2003
Soit l’histoire du jeune Faraht et de la famille Bounoura, Faraht qui a prit un certain nombre de coups, et qui en donne beaucoup, c’est le cri d’un enfant puis d’un adolescent face à la violence paternelle et maternelle, la violence des flics, la violence de la misère, du racisme, Faraht qui rend tous les coups qu’il reçoit, qui se forme, se durcit, essaie malgré tout de survivre de petits larcins en petits larcins, sur un chemin de plus en plus étroit qui l’amènera à la prison.
On remarque d’abord l’affection de l’auteur pour ses personnages en manque de tendresse, pour Faraht d’abord mais aussi pour les autres personnages, comme les frères et sœurs de Faraht, toute la famille est très bien décrite, mais les autres personnages le sont tout autant, comme ce M. Lemoine qui prend un temps Faraht sous son aile. Une tendresse qui n’empêche pas la lucidité, Faraht est un personnage tourmenté qui peut être cruel, ce n’est pas un « gentil héros ».
On sent dans l’écriture de Abdel Hafed Benotman, une urgence, une nécessité de dire, d’écrire, qui se traduit par un flux verbal enragé. Cette impression est renforcée par la chronologie déstructurée du livre qui empêche le lecteur de chercher une histoire édifiante avec un début, un milieu, une fin, et qui évite le côté leçon misérabiliste ou le naturalisme. L’important c’est la langue qui décrit une sensation à un instant, un moment précis. Les chapitres, toujours ornés d’aphorisme poétique, sont des blocs autonomes composés d’envolées qui finissent parfois par une formule sèche comme un uppercut. Par exemple cette description d’un étudiant qui sort avec la sœur de Faraht : « Gérard prit le pucelage de la « petite arabe » et la fuite, laissant Kim prendre vingt kilos. Le gendre idéal était d’extrême gauche mais pas au point de décevoir ses parents. »
L’écriture de Abdel Hafed Benotman est riche, joueuse tout en restant précise dans le choix des mots. De plus son écriture est variée, parfois casse gueule, souvent réussie, il est très fort pour décrire une situation, une personne.
Son écriture est une écriture de l’action, du combat. Etre au plus vif, ne pas tricher, être cru. Le héros se bat, et l’auteur se bat avec lui, prend les coups, et on les prend avec lui, c’est pour cela que ses livres remuent, écœurent autant qu’ils émeuvent, font rire, et surtout nous enrichissent, parce que nous faisons le trajet avec lui.
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Les Forcenés, Abdel Hafed Benotman, Rivages/Noir, 2000, paru d’abord aux éditions Clô
Des nouvelles, très noires, très angoissantes, où la tendresse affleure souvent mais ne peut jamais arriver, laissant la violence seule se déchaîner.On trouve dès ces nouvelles l’amour de Abdel Hafed Benotman pour les mots, elles sont proches de la poésie, certaines très réalistes et quotidiennes, d’autres surprennent par une sorte de violence hallucinée.
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