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Sophie Di Ricci, 2011
« Gibert Platier avait vu juste. Godzilla aussi. Ils étaient des amateurs. Ils n’y connaissaient rien. Deux Al Capone clochardisés, en virée dans l’underground lumpenprolétaire. Politiquement, ils étaient des bouffons.
- J’ai juste sniffé. Une toute petite trace. C’est pas grave.
- Si c’est grave. Tu fais chier !
- Sam, je voulais tester sa dope. Pour voir s’il était aussi influent qu’il le prétend et…
- Ça me tue que tu fasses comme nos putain de vieux ! Ils t’ont pas servi d’exemple, merde ? »
Sophie Di Ricci, Jaguars.
Sophie Di Ricci écrit du roman noir sans s’en rendre compte, mais son écriture directe, rythmée apporte un nouveau souffle dans le genre, un souffle fait de violence, de moiteur, de désespoir et de tendresse dans une littérature qui devient de plus en plus aseptisée.
Face à la mode de ces romans policiers à l’ancienne avec un flic, un crime horrible, une enquête et tout qui rentre dans l’ordre à la fin, les livres de Sophie Di Ricci font tâches, comme dans tout bon roman noir, elle écrit de l’autre côté de la matraque, avec une spontanéité que l’on retrouve dans cet entretien qui s’est déroulé aux journées Sang d’Encre de Vienne en novembre 2011.
Son dernier livre paru, Jaguars publié par les éditions Moisson Rouge, raconte l’histoire de deux frères déphasés, anciens membres d’un groupe punk et de leur rencontre avec un petit mafieux peut-être encore plus déjanté qu’eux.
BM : Comment êtes-vous arrivée au roman noir ?
Sophie Di Ricci : J’ai toujours écrit des trucs assez violents avec des meurtres et des beaux mecs, mais je ne savais pas que c’était du roman noir en fait. J’ai fini mon premier manuscrit, Moi comme les chiens, quand j’avais 23 ans, c’était en 2006 et on m’a dit que c’était du polar qu’il fallait l’envoyer à des éditeurs de polars donc je l’ai fait mais moi je n’étais pas quelqu’un du tout qui avait une culture polar ou qui en lit.
BM : Moi comme les chiens, ça parlait de quoi ?
SDR: Moi comme les chiens, c’est une histoire de vengeance et une histoire d’amour entre deux hommes, c’est l’histoire d’une vengeance… je ne suis pas très douée pour présenter mes livres, je suis vraiment nulle pour ça, les quatrièmes de couv’ sont très bien faites… Rires
BM : Pour parler du second, Jaguars, pour moi c’est du roman noir parce que c’est écrit du côté des perdants, ou du côté des losers, écrire du roman noir c’est d’être de côté-là, de ce monde là…
SDR : Le monde que je décris c’est le monde de leur classe sociale, c’est peut-être une classe sociale de perdants, je ne sais pas. Quand je décris les jeunes qui sont à Rive-de-Gier, ce sont des jeunes qui rouillent en fait et qui se font chier… moi je n’ai pas vécu à Rive-de-Gier mais à Montbrison, j’ai pas mal traîné sur Saint-Étienne et ensuite à Villeurbanne et c’est comme ça qu’on traînait, on rouillait, on n’avait pas de boulot, on se faisait chier quoi. Donc c’est un peu la jeunesse que j’ai connue et que j’ai vécue. Continuer la lecture
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Marqué avec Editions Moisson Rouge, punk, Sophie Di Ricci
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Catherine Diran, 2008
L’entretien se déroule à Vienne pendant les journées Sang D’encre sur une banquette vert-bouteille, en bordure de la foule qui vient voir les auteurs.
BM : Comment êtes-vous arrivée au roman noir ?
Catherine Diran : J’ai écrit du roman noir parce que la littérature contemporaine française classique me faisait chier. J’adore la littérature mais je trouve qu’en ce moment la littérature est hyper autocentrée. La forme du polar me semble moins refermée, dit plus de choses, donc j’ai eu envie de prendre cette forme là. Même pour parler des gens, je trouve que le roman noir ne cède pas à la tentation de l’espèce de pseudo intimité où l’on raconte ses problèmes de règles, sa facture d’EDF, ça me parait à la fois plus imaginatif, plus ample, plus foisonnant.
BM : Vous venez d’un groupe de pop, Lilicub, le passage de l’un à l’autre s’est-il fait simplement ?
CD : En fait, j’écrivais avant, j’ai écrit mon premier roman en même temps que j’écrivais mon premier album. Et mon premier album a marché, donc je n’ai pas cherché d’éditeur spécialement pour mon premier roman, j’ai fait de la musique pendant longtemps, pendant 10 ans. Et au bout d’un moment, je me suis dit que c’était peut-être deux de mes rêves et que j’avais envie de faire le deuxième, donc j’ai repris l’écriture, j’ai envoyé mon manuscrit et j’ai eu la chance d’être publiée. Maintenant je peux faire les deux. Continuer la lecture
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Marqué avec Catherine Diran, Léo Malet, Pop
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Bernard Dufourg, 2006
J’ai rencontré Bernard Dufourg aux journées Sang D’Encre de Vienne avant la sortie de son nouveau livre Manipulation chez le même éditeur.
BM : Comment êtes-vous arrivé au roman noir ?
Bernard Dufourg : En fait je lis beaucoup, je ne lis pas que du polar mais j’en lis beaucoup surtout quand je voyage, c’est facile à lire dans le train, dans l’avion. Je me suis mis à écrire parce que je suis intermittent du spectacle et tout à coup j’ai eu une grosse période de trou, et je me suis dit plutôt que de rien faire, je vais me mettre à écrire, donc j’ai trouvé une histoire intéressante et je suis parti de là. Continuer la lecture
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Marqué avec Bernard Dufourg, Le Contrebandier
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Maurice Attia, 2006
J’ai rencontré Maurice Attia pendant la Cambuse du noir de Valence qui se déroule juste avant le printemps tous les ans.
BM : Comment êtes-vous arrivé au roman noir ?
Maurice Attia : Parce que le premier livre que j’ai lu dans ma vie, c’était un polar, ça s’appelait Le rouge est mis de Le Breton je crois, j’ai commencé à lire tard, je lisais des fanzines quand j’étais petit et puis un jour il y avait une caisse de livre dans ma chambre, le deuxième c’était Bouvard et Pécuchet de Flaubert et après le théâtre de Sartre… Et mon boulot c’est de faire des enquêtes de toute façon sur les gens (NDLR : Maurice Attia est psychiatre, psychanalyste), donc c’est un genre qui m’attirait, puis il y a eu des auteurs comme Goodis, Thompson qui m’ont beaucoup, beaucoup passionné, et mes références dans la littérature noire, c’étaient ces deux bonshommes là, il y a eu d’autres bien évidemment… Continuer la lecture
Hannelore Cayre, 2005
La rencontre avec Hannelore Cayre se déroule en deux temps, à deux moments de son entrée dans le monde du roman noir, à chaque fois pendant les journées « Sang d’encre » de Vienne. La première rencontre a lieu suite à la sortie de son premier livre Commis d’office.
BM : Comment êtes-vous arrivée au roman noir ?
Hannelore Cayre : J’ai envoyé un manuscrit par la poste et on m’a collé l’étiquette « roman noir » une fois qu’on l’a lu. J’ai fait un roman qui a été appelé à posteriori un roman noir, c’est l’éditrice à qui je l’ai envoyé qui a dit que ça serait un bon roman noir et elle a collé le mot « noir » dessus, mais ça aurait pu être un roman de société. Le roman policier noir c’est quand il y a quand même une intrigue narrative se plaçant dans le milieu de l’enquête. Et là ce n’est pas exactement ça puisque c’est l’histoire d’un avocat qui raconte comment il est arrivé en prison… Continuer la lecture
Abdel-Hafed Benotman, 2004
Je m’entretiens avec Abdel Hafed Benotman à la Cambuse du noir de Valence
BM : Comment êtes-vous arrivé au roman noir ?
Abdel Hafed Benotman : Par hasard. A l’origine, j’écris du théâtre, et comme j’ai un parcours carcéral, parce que j’ai fait un petit peu de prison, mon ex-femme a donné des nouvelles à des éditeurs et un éditeur l’a édité et l’a revendu à une grosse maison d’édition qui s’appelle Rivage… et donc j’ai découvert que j’étais chez Rivage quand je suis sorti de prison, avant je n’étais pas au courant donc c’était vraiment par hasard. Et depuis l’aventure avec Rivage se passe bien. Ils ont édité le roman suivant et le prochain sortira en septembre. Continuer la lecture
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Marqué avec Abdel Hafed Benotman, Cesare Battisti, Romain Gary
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Gérald Bronner, 2001
Je rencontre Gérald Bronner aux journées Sang d’Encre de Vienne et décide de l’interviewer, même si je n’ai pas encore lu son livre à ce moment là…
BM : Qui sont tes maîtres dans le roman noir ?
Gérald Bronner : Dans les classiques, je dirais Jim Thompson que j’aime beaucoup et il y a autre auteur que j’aime beaucoup en ce moment qui s’appelle Chuck Palahniuck, l’auteur de Fight Club et d’un roman qui s’appelle le Survivant. C’est pas du policier, c’est du noir dans le sens que j’aime bien, justement… Continuer la lecture
Publié dans a-e, Entretiens, Gérald-Bronner
Marqué avec Gérald Bronner, Jim Thompson
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