Annie Barrière, 2005

Cet entretien a eu lieu au festival « Pas Serial s’Abstenir » dans la belle ville de Besançon. Annie Barrière parle avec beaucoup de chaleur, d’une voix chantante (je sais, ça fait un peu cliché, Marseille, la voix chantante, tout ça mais faut bien dire ce qui est, et difficile de le retranscrire à l’écrit.)

Annie Barrière : Je suis venue au roman très tard d’abord dans ma vie, j’avais écrit des trucs différents, un peu de théâtre, un peu de nouvelle, j’avais un peu de mal avec la forme romanesque. Le noir m’a aidé à y rentrer, en partie parce que je me suis mise à lire beaucoup de romans noirs à cette époque là de ma vie, je me suis dit pourquoi pas moi, ça a débloqué en moi une espèce de blocage que j’avais par rapport aux romans, raconter une histoire avec des personnages, je ne trouvais pas ça évident sur la durée de mener un récit assez long, j’étais assez bloquée là-dessus et la perspective d’écrire un roman noir assez classique dans la lignée des grands romans noirs américains, Chandler, Hammett et compagnie, ça m’a motivée. Et qui se passerait à Marseille, parce que c’était l’autre chose que j’avais envie de faire pour mon premier roman, reprendre cette structure qui me plaisait en tant que lectrice et qui m’amusait à mettre en œuvre, le grand roman noir américain avec détective, etc. et de le mettre dans ma ville natale de Marseille, c’est ça qui a déclenché non seulement mon envie mais la possibilité d’écrire un roman, chose que je n’avais pas réussi à faire jusqu’ici…

BM : justement les deux premiers romans (Une belle ville comme moi et Un cochonnet de trop), on sent les références, et même les citations de Hammett…
AB : Voilà, oui, oui, c’est une influence revendiquée, bon qui est assez banal dans le milieu vu qu’on est tous très influencés par ça mais moi c’est vrai que mon amour du polar est vraiment passé par ça, par Chandler essentiellement d’ailleurs, je suis une grande fan de l’écriture de Chandler, de son humour, de son style et dans Une belle ville comme moi il y a une influence très revendiquée de Chandler à travers le personnage du détective, bien sûr…

BM : de la femme fatale… ?
AB : …de la femme fatale, une espèce de clin d’œil, de second degré mais pas seulement un clin d’œil, j’assume cela au premier degré en essayant de voir ce que ça donnait en le plongeant dans Marseille alors je sais bien qu’Izzo a fait la même chose au même moment, il a été édité un peu avant moi, comme on me parle souvent d’Izzo mais en fait, c’est pas du tout Izzo en ce qui me concerne qui m’a influencé parce que c’est vraiment le roman noir américain et cette ville qui se trouve être ma ville et de faire fonctionner les deux ensembles à ma façon…

BM : Est-ce que d’avoir ces références, cette structure, a permis de libérer l’écriture, d’avoir des bases ?
AB : Tout à fait, oui, j’avais des contraintes, des bases, presque des stéréotypes, et paradoxalement ça fait que j’ai pu dire ce que j’avais envie de dire en partie du moins sur ma ville, sur un rapport très fort, très affectif que je peux avoir avec cette ville, c’est vrai que ça a eu un aspect libératoire, les contraintes elle-mêmes, les stéréotypes y compris dans le second, Un cochonnet de trop qui lui a une autre influence, qui est peut-être moins visible qui est celle de Westlake, du grand auteur Donald Westlake qui arrive à faire des romans noirs avec énormément d’humour, une mécanique comique très efficace, alors sans me comparer à lui, loin de là, c’est vraiment un maître incontesté de ce genre de polar, j’étais un peu sous son influence, c’est-à-dire je voulais vraiment prendre des stéréotypes là aussi, des espèces de pieds nickelés, de boulistes, certain poncifs sur Marseille et puis de faire fonctionner à la fois une mécanique comique, tout en étant un roman noir quand même, en conservant un personnage de détective, de quelques personnages qu’on retrouve du premier roman, j’essayais de faire marcher ça ensemble. J’aime bien chaque fois me donner une gageure particulière pour chaque livre différent, donc là c’était essayer de faire du comique, d’avoir une mécanique comique en même temps que de faire du roman noir, même très noir qu’on peut lire au premier niveau, mais qui est quand même très au second niveau, mais qui est vraiment une espèce de clin d’œil tout le temps à une certaine littérature, et à certain poncifs que la ville a et j’espère que c’est un livre qui fait rire aussi…

BM : Est-ce qu’il y a des influences au niveau du néo-polar français, je pense au contexte, à la thématique plus politique…
AB : Pour dire la vérité, pas vraiment… j’en ai lu un petit peu, je n’ai pas énormément lu de ces néo-polars français qui ont été très important effectivement, mais c’est pas vraiment une influence chez moi, j’ai lu énormément d’Américains, voir d’Italiens, de Sud Américains, assez peu de Français de cette époque là, j’ai pas vraiment accroché avec justement ce côté très ouvertement politique alors il y en a quelques uns qui sont bons, il y en a beaucoup que moi j’aime pas trop parce que je les trouve trop limités, trop idéologiques, trop politiquement corrects, etc. J’accroche pas tellement en tant que lectrice à ce néo-polar, bon ceci dit le fait que dans le polar on dise deux ou trois choses sur le monde tel qu’il va et sur la ville dans laquelle on vit, telle qu’on la voit, c’est sûr c’est présent, ça fait parti de l’intérêt du genre, je ne sais pas si c’est spécifique au polar mais enfin c’est vrai que dans beaucoup de polar, on trouve ça, et moi à ma façon, je le fais, mais c’est vraiment plus entre les lignes que dans les lignes, je ne délivre pas un message politique dans mes polars même si il y a une lecture politique forcément, à partir du moment où on parle d’une ville, on met en place des personnages, une intrigue, c’est plus entre les lignes chez moi que chez certain collègues qui le font de façon plus visible, qui le faisaient, en tout cas, il y a quelques temps, c’est peut-être moins vrai maintenant,  encore que bon… disons que ce n’est pas mon filon, ce n’est pas ce que je préfère lire ni écrire.

BM : Vous préférez présenter les choses, en faisant des portraits par exemple ? Je pense aux portraits de boulistes dans le second, qui sont assez caricaturaux au début et prennent de la richesse, petit à petit…
AB : ouais, tout à fait, je fonctionne énormément par rapport aux personnages, c’est ma façon d’écrire, les romans en tout cas, c’est-à-dire, au moment même où j’écris, ça repose énormément sur les personnages, qui petit à petit se mettent à vivre, à prendre de l’épaisseur, à devenir crédibles à mes propres yeux. Et l’intrigue après je la ficelle par rapport aux personnages, je ne l’ai pas préconçue.

BM : Il n’y a pas d’intrigue au début de l’écriture ?
AB : Très peu, moi j’écris assez sans savoir ce que je vais écrire, je pars sur une impression, sur une première phrase, une très vague idée, et c’est en écrivant que le roman se met en place, c’est sûr que de temps en temps il faut que je maîtrise un peu la chose mais je le fais sur le tas, je ne fais pas de plan, j’ai pas de documentations, c’est vraiment le travail de l’écriture qui me fait inventer cette intrigue qui vient de je ne sais pas d’où mais qui s’inscrit beaucoup par rapport aux personnages, ça c’est très important, je ne le fais pas exprès, c’est comme ça que ça se passe, je vois un personnage qui se met à vivre puis un autre, et je tisse des liens entre eux et l’intrigue se passe entre eux, voilà mais ça repose énormément sur la création de personnages, sur la force des personnages, c’est vraiment très fondamental dans ma façon d’écrire…

BM : Entre le premier et le deuxième livre, qui ont pour héros Busta, le passage du point de vue subjectif au point de vue omniscient c’était un choix dès le départ ?
AB : C’était une envie d’aller voir ailleurs quand j’écris, je n’arrive pas à écrire exactement la même chose, et même là où j’avais décidé de garder les personnages récurrents par exemple, ça j’y tenais, j’avais une espèce de contrat envers moi-même, plus qu’envers mon éditeur, d’écrire trois Busta, le prochain sort dans quelques jours donc je voulais reprendre ce personnage, les personnages qui tournent autour, ça c’était acquis, je savais que ça se passerait à Marseille, le second et le troisième et à partir de là j’avais besoin de changer de structure narrative sinon je m’ennuie quoi, j’ai besoin d’expérimenter un peu vraiment au niveau de l’écriture, au niveau de la structure narrative, de comment fabriquer un roman, j’ai besoin d’aller voir dans des façons différentes de faire, effectivement. Donc le troisième qui n’a rien à voir avec les Busta donc qui est Tueuse, c’est encore autre chose, parce que c’est à la première personne, au présent, c’est la première fois que j’écrivais au présent, donc c’est encore une façon très différente d’aborder le genre, le genre romanesque, et le genre noir. Disons que je constate après coup moi-même que j’ai besoin chaque fois de m’étonner un peu, de faire une espèce de challenge, de voir si je peux fonctionner différemment, c’est à l’envie aussi, hein ! c’est au désir d’écriture, je me rends compte après coup que chaque fois j’expérimente un peu des structures narratives différentes, alors je ne sais pas si c’est bien ou pas bien par rapport à un plan de carrière, ça étonne un peu les lecteurs qui ne retrouvent pas exactement la même chose de l’un à l’autre mais ça me plait de varier ainsi les plaisirs.

BM : Pourquoi est-ce important que ça se passe à Marseille ?
AB : Je crois que c’était le désir de la ville, tout bêtement, d’abord on écrit à partir de ce qu’on est, même si on écrit du noir, à priori on ne fait pas d’auto fiction et on parle de choses très loin de nous, des tueurs, des flics, bon, et en même temps on n’écrit jamais qu’à partir de soi, ça il faut bien le constater, je suis née à Marseille, j’y ai passé ma jeunesse, et puis j’ai un lien très fort avec cette ville, comme beaucoup de marseillais, d’ailleurs… je me suis même pas posé la question, ça se passait forcément à Marseille, pas celui que je suis en train d’écrire, Tueuse se passe à Marseille sans que la ville soit nommée, on la reconnaît si vraiment on la connaît bien et bon je ne voulais pas du tout que ce soit trop explicite, trop sur le devant de la scène, comme les deux premiers, et celui que j’essaie d’écrire en ce moment se passe dans une ville qui n’est pas du tout Marseille, j’ai fait un petit peu le tour, peut-être pas le tour de la question, mais j’ai envie de m’éloigner un petit peu de la ville, par simple désir de parler d’une ville que j’aime et que je connais et qui donne envie d’écrire, qui me donne envie d’écrire et qui suscite un désir d’écriture sans vouloir m’y cantonner forcément… ça me fait du bien aussi d’imaginer une ville, d’ailleurs, c’est une ville imaginaire à partir de villes que je connais mais très éloigné de Marseille avec un fleuve, de la grisaille mais pas la mer et le sud…

BM : pour rester sur les deux premiers, on sent que les dialogues sont très travaillés pour donner un certain rythme un peu à la Lauren Bacall, Humphrey Bogart, les dialogues entre le héros et sa sœur, entre le héros et le flic Corse, une volonté que ce soit un peu ping-pong tout le temps.
AB : J’aime beaucoup écrire des dialogues, j’aime beaucoup écrire du théâtre, j’ai écrit des pièces de théâtre, je ne suis pas du tout dans le milieu du théâtre donc je ne persiste pas, c’est ce qui m’est le plus facile et agréable à écrire, et puis par ailleurs je soigne beaucoup les dialogues, je considère que c’est très important, peut-être sous l’influence effectivement de Chandler et de certains Américains, et puis c’était lié à ce que je vous disais aussi à propos du personnage, l’action, l’intrigue, les intrigues qui se nouent sont toujours un lieu entre les personnages, c’est comme ça que je la fabrique, contrairement à d’autres romanciers qui ont d’autres rapports au récit, à l’action, donc ça passe beaucoup par les dialogues forcément, c’est une façon pour moi d’être plus efficace, plus facile pour moi, dans la façon que j’ai d’écrire d’aborder le roman, de faire avancer des choses. Ça m’évite des descriptions, ça m’évite même un récit au niveau de l’intrigue proprement dite, ça passe énormément, vous avez raison de le remarquer par la force des dialogues, et par leur efficacité, j’espère, et puis ça donne du rythme, le rythme dont vous parlez, c’est très important…

BM : dialogue/action.
AB : voilà, dialogue, action, c’est vrai que je ne suis pas très fan des descriptions, c’est pas tellement mon truc, c’est pas que je fais de mieux, ce n’est pas ce que je préfère écrire, donc je m’en tiens à ça effectivement, peut-être sous l’influence américaine, oui, ils sont très forts pour ça, effectivement.

BM : On parlait de style narratif, avec Tueuse, il y a une rupture, on sent qu’il y a une volonté de retranchement, de couper, d’aller à l’essentiel aussi…
AB : oui, oui, d’aller au noyau dur, c’était un besoin d’écriture, j’étais en train d’écrire le troisième Busta, je calais, je n’arrivais plus à écrire ce type de roman, et j’ai écris Tueuse au milieu, après j’ai terminé le troisième Busta, qui s’appelle Chien des quais qui n’est pas encore sorti, qui va sortir (qui est sorti depuis que cet entretien a eu lieu), mais j’ai eu vraiment un besoin vital d’écrire quelque chose de très différent qui est plus prêt d’une certaine façon de mon écriture, de ce que j’imagine être mon écriture, c’est-à-dire une écriture avec des phrases très courtes, assez elliptiques, très denses. En fait j’ai besoin des deux, je me rends compte que j’ai besoin d’écrire des romans un peu plus épais, et Tueuse, c’est une espèce de noyau dur, comme ça, alors c’était lié au thème qui était très, très minimaliste, une succession de crimes par une tueuse à gage et je voulais vraiment le traiter comme ça, oui, avec un côté acéré, j’ai pris beaucoup de plaisir à l’écrire, j’avais l’impression de retrouver ce que j’imagine être mon écriture, c’est un peu idiot à dire, mais… alors que les autres livres me demandent un travail romanesque qui m’est moins naturel quoi, c’est-à-dire mettre en place un récit plus sur la durée, moins acéré, où on a plus le temps de s’installer, moins coup de poing, voilà moins elliptique c’est sûr que si je me laisse complètement aller, je fais beaucoup de l’elliptique, des trucs comme ça, donc je suis très content de l’avoir fait avec Tueuse, parce que j’ai quand même réussi à faire une trame romanesque, à faire que ça existe en tant que roman. Ça m’est plus naturel d’une certaine façon d’écrire un livre bref comme ça, ceci dit, j’aime bien les deux, là aussi, je n’arrive pas à être dans une ligne… j’aimerais écrire des romans comiques aussi, je suis partagée entre diverses pulsions d’écritures…

BM : Ca donne une impression de rage, de noirceur, plus importante dans Tueuse que dans les autres…
AB : Oui, plus dur, plus dur, j’avais même un peu peur des réactions, je me demandais comment les lecteurs allaient le prendre, je n’étais pas complètement sûre et finalement il a été bien perçu, j’avais l’impression d’avoir écrit un roman très dur, pas dans la description des crimes qui sont très elliptiques là aussi mais sur le fond très froid, assez noir. Quand on écrit, on a toujours cette chose qu’on porte en soi, on essaie de trouver les mots et les phrases pour le dire, puis il faut aussi penser au lecteur quelque part, puisqu’on écrit aussi pour le lecteur, pas à l’endroit de la compromission mais à l’endroit de la lisibilité, pour faire une place au lecteur dans ce qu’on a à dire, éventuellement de très violent, et je crois que le travail de l’écriture c’est ça, c’est trouver la forme, le rythme, pour sa musique à soi, son écriture singulière, parce que je crois que chacun en a vraiment une… chaque écrivain c’est une singularité, à l’endroit de la musique et de sa prose, quoi, et en même temps le travail de l’écrivain, c’est aussi de faire une place au lecteur, c’est-à-dire que cette chose qu’on a à lui dire, elle soit recevable par lui, c’est ça le travail quoi, c’est pas très clair, mais c’est ça le travail d’écrivain, c’est les deux choses, quoi hein ! Donner une forme à ce qu’on a éventuellement de plus… oui, en creusant un peu dans le noir, en creusant un peu dans des choses qui nous surprennent, qui jaillissent dans l’écriture, qu’on ne sait pas forcément sur soi au début, et faire en sorte que le lecteur s’y retrouve, voilà, par les voies de l’identification, le plaisir de lecture. Pour moi le travail d’écrivain c’est ça et peut-être qu’il y a un roman qui tient debout, et qui est agréable à lire, parce qu’il doit être aussi agréable à lire même s’il est très noir, c’est la politesse du genre, aussi, le roman noir, c’est ça, un roman que le lecteur prend du plaisir à lire, ce qui n’est pas toujours le cas dans la littérature…

BM : Sinon c’est comme si les prostituées des premiers Busta qui se retrouveraient tout à coup dans une sorte de fugue…
AB : Oui, oui, forcément, il y a des choses qui ressortent, qui ressortent de l’inconscient, des choses qu’on a vu du coin de l’œil, de choses qui vous ont marqué il y a très longtemps, ça aussi, c’est le mystère de l’écriture, quand on écrit, il ressort, ressurgit certaines choses, certaines qui sont voulues, et d’autres qui vous échappent un peu, à la lecture, ou à la relecture, on est frappé de retrouver effectivement ce thème là, ce type de personnage, ce qui persiste à travers plusieurs livres, et qui a besoin de s’exprimer, de persister, on maîtrise pas tout de toute façon quand on écrit, il y a des tas de choses, faut jouer là dessus aussi, sur son inconscient pour dire vite, mais il y a des choses qui ressurgissent, on ne sait pas trop d’où, on doit travailler dessus, j’emploie ce mot « travail » parce que c’est ça, on doit faire en sorte de l’intégrer à un objet donné qui tient debout, pas seulement qu’il y ait un milieu, un début, une fin, mais qui ait une structure narrative, qui ait une unité de ton, qui ait une musique particulière, et à l’intérieur duquel on retrouve des choses qu’on a peut-être trouvées dans d’autres avant, les thématiques comme ça sous-jacentes, ou des fugues effectivement, ça fait partie du plaisir aussi de l’écriture…

BM : comme des seconds rôles ?
AB : On est content soi-même de les retrouver, un peu intrigué, des fois effectivement, et si le lecteur les voit, c’est bien, c’est qu’il a lu tous vos livres, d’abord (rire) et qu’il les a bien lu, voilà. Ouais, c’est vrai, qu’il y a des trucs dans Tueuse qui sont dans les Busta.

BM : comment vous sentez-vous dans le milieu du noir français, est-ce que vous vous sentez intégrée là dedans ? Pensez-vous qu’il existe une famille du noir ?
AB : Non, famille, ça serait beaucoup dire, c’est vrai quand on écrit du noir, on tourne essentiellement dans les salons du polar, donc on retrouve des connaissances, des collègues, voire des amis… moi, je ne suis pas parisienne, je suis marseillaise, je vis à Aix, ça change beaucoup de choses parce que ce sont essentiellement des Parisiens qui se connaissent depuis de très nombreuses années, donc il y a des espèces de clans effectivement par génération, nous on est un petit clan de marseillais, puisqu’on est quelques auteurs marseillais, on se retrouve aussi souvent dans des salons, c’est ni une école, ni une famille, mais je suis contente de les revoir, parce qu’il y a effectivement un esprit qui est globalement sympathique, et par rapport au salon de la littérature générale où les gens se prennent plus la tête, ou se prennent tous pour de très grands écrivains, alors nous on se prend sans doute pour des grands écrivains dans notre tête, mais enfin, on ne le dit pas, ça reste très convivial, très sympa. Pour moi, ça ne va pas plus loin, parce que géographiquement, je les vois pas souvent, je les vois, trois, quatre, cinq fois dans l’année. Mais je ne crois pas qu’il y ait une école, on se lit quand même un peu les uns, les autres, pas beaucoup, mais un peu quand même, je trouve que c’est très différent, chaque auteur que je le lis, je le trouve très différent, chacun à son angle, son écriture, donc c’est sûrement pas une école…

BM : Est-ce qu’il y a d’autres écrivains qui vous semblent intéressants, en ce moment ?
AB : Ha ben oui, il y en a plein, par exemple récemment, j’ai lu Dominique Manotti que j’avais jamais lu, qui écrit depuis longtemps pourtant, je suis allé voir ce que c’était, j’en ai lu un, Nos fantastiques années frics, que j’ai trouvé très efficace, très bon polar, assez proche des Américains, une espèce d’efficacité d’écriture, j’ai lu Pouy, bien sûr comme tout le monde, bon il y en a des tas, je ne vais pas en citer certains plus que d’autres, il y en a ce n’est pas le genre de polar que j’aime disons, c’est très différent les uns des autres…

BM : Avez-vous d’autres influences que le roman noir américain ?
AB : Montalban a eu son importance, oui, dans le genre polar méditerranéen comme diraient des collègues marseillais, sinon c’est surtout des Américains… J’essaie de trouver des non Américains, il y a eu des Italiens que j’ai lus à une époque, Pinketts, d’autres, enfin, Camilleri que j’ai lu que je ne trouve pas si extraordinaire que ça, l’influence non américaine, ça a été beaucoup Montalban, à une époque, je l’ai beaucoup lu, j’ai lu les Suédois, à une époque, il y a longtemps. Mais la grosse influence, c’est les Américains, des gens comme Marc Behm, des américains un peu atypiques, des gens comme Crumley, toute cette école là, Chandler. C’est vrai que j’ai été très marquée par ça et d’une certaine façon par Montalban qui portait ça sur les rives de la Méditerranée, ça m’a permis une ouverture, quoi, de voir que c’était possible, cette histoire de privés à l’américaine sur la Méditerranée, il y avait une espèce de liberté, oui, qu’il nous a apporté aux gens du Sud, qui a eu son importance.

BM : Et donc dans les projets, il y a un troisième Busta ?
AB : On retrouve Busta, Paoli qui a un rôle important, le capitaine de police, sa sœur Tina, ça s’appelle Chien des quais, c’est une histoire de gosses perdus, avec une musique, une tonalité différentes des deux autres, et puis j’essaie d’en écrire un, plus dans la lignée de Tueuse, voilà, je suis en plein dedans, je suis encore dans les affres de la création, beaucoup de doutes sur ce que ça va être, voilà, j’en suis au stade où je ne peux même pas en parler.

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