Betty de Arnaldur Indridason

Le dispositif paraît simple, une narration sur deux niveaux, le premier est en flash-back l’histoire de la rencontre avec Betty, une femme séductrice qu’on imagine très vite fatale, le deuxième au présent est la description de la prison, des interrogatoires, de comment on tente de faire craquer quelqu’un, le passage d’un niveau à l’autre est très fluide et transparent, on va d’une manipulation à l’autre, Arnaldur Indridason ne cherche pas à perdre le lecteur, au contraire, ce dernier est en avance face à la naïveté du personnage principale, il devine très vite que cette Betty ne semble pas très honnête et l’on prend un certain plaisir pervers à voir comment elle tisse sa toile et y enferme sa proie.
Ainsi nous savons où cela nous mène, le personnage principale est en prison, donc l’intrigue est volontairement prévisible, et si un twist scinde le livre en son centre, il change sans le changer, c’est ce qui en fait sa force, l’angle de vision, on imagine d’ailleurs le travail qu’a dû fournir Patrick Guelpa pour la traduction. Pourtant on a toujours envie d’en savoir plus grâce au talent d’Arnaldur Indridason, même si la dernière partie sur l’enquête perd en force dévoilant ce qui a déjà été dévoilé dans l’esprit du lecteur et par là dévoile aussi quelques ficelles un peu grosses. Peu importe puisque l’histoire est plus celle d’une fascination qu’un roman à intrigue, c’est le récit d’une obsession, et on a l’impression de tourner en rond fidèle en cela à la pensée de quelqu’un qui refuse de comprendre ce qui lui arrive.
L’écriture est très simple, elle aussi, dense, précise, pas de fioritures, de descriptions inutiles, Arnaldur Indridason tient son sujet, il est sûr de son style, il n’a pas besoin de rajouter du brillant, du superflu, de vouloir que toutes les phrases claques avec un vocabulaire clinquant comme, hélas, tant d’auteurs de romans noirs qui veulent en faire trop, qui cherche le tape-à-l’œil, veulent écraser le lecteur dans des livres de cinq cent pages dont deux cents de trop. Ce n’est pas le cas ici, on est impressionné aussi parce que l’auteur ne cherche pas à nous impressionner, c’est une écriture qui ressasse, qui fait comme des vagues qui prennent petit à petit de la puissance.
« Je vais mieux quand je regarde ce qui s’était passé comme si c’était un rêve. Comme si c’était irréel. Comme quelque chose qui ne s’est jamais passé. C’est comme ça que je préfère voir les choses. Comme quelque chose que je vois devant moi et qui ne s’est jamais passé. Et je sais que bientôt je me réveillerai et qu’alors, je ne serai plus dans cette cellule crasseuse, mais chez moi dans ma chambre et que je regarderai sur la table de nuit la photo de papa qui me sourit comme toujours.
Il faut seulement que je me réveille.
Si seulement je pouvais me réveiller. »
Ainsi on s’immerge doucement, par ce travail sur le rythme et la répétition, dans l’esprit torturée d’une personne qui se retrouve malgré elle, par attrait pour le sexe et l’argent facile, piégée de toute part et qui, sachant la vérité, persiste dans son aveuglement.
Betty de Arnaldur Indridason, traduit de l’islandais par Patrick Guelpa, Éditions Métailié, 2011

3 commentaires

  1. A l’intention de M. Baptiste MADAMOUR :
    Bonsoir, Baptiste !
    J’ai été très touché de lire sur internet votre sympathique recension de Bettý d’Arnaldur Indriðason et vous en remercie beaucoup. Oui, moi aussi, j’ai été littéralement « pris » par l’histoire et ému surtout par la souffrance du personnage principal… J’espère que ce livre constituera une distrayante lecture pour les familiers des polars et romans noirs ainsi que pour les autres. Vous avez raison de dire qu’Arnaldur n’en fait pas trop et parvient à nous faire éprouver les sentiments de l’héroïne.
    Encore bravo et merci !
    Avec mes très cordiales salutations
    Patrick Guelpa

  2. Bonjour,

    En train de le lire … Efficacité, simplicité, coup de théâtre qui m’a obligée à mi-roman à tout rebalayer depuis le début pour chercher des indices et des participes passés bien accordés !) Bref, le meilleur Indridason pour moi depuis Le Femme en vert !

  3. Bonjour, ce roman m’a un peu déçu. Indridason s’est beaucoup inspiré (selon moi) de Le facteur sonne toujours deux fois de James M. Cain. Je préfère les enquêtes avec Erlendur. http://dasola.canalblog.com/archives/2011/12/18/22886732.html Bonne journée.

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