Ad vitam aeternam de Thierry Jonquet

Qu’est-il arrivé à Thierry Jonquet pour qu’il nous livre ce livre ennuyeux, didactique et mal fichu ? C’est un mystère autrement plus intéressant que celui qui baigne Ad Vitam Aeternam : une étrange fratrie spécialiste de la mort que rencontre Anabel, ancienne  » infirmière  » d’un magasin de piercing.
On reconnaît les obsessions (la marque de fabrique ?) de Jonquet : le corps et comment on peut en jouer, le torturer, le transformer, la monstruosité, le mal, la mort, etc. Mais alors qu’avant ces différentes thématiques nourrissaient ces livres, relançaient l’intrigue, donnaient un sous texte, une ambiance particulière et angoissante, elles ne deviennent que l’objet d’une sorte de cours, le professeur Jonquet nous parle du branding, de l’expo de von Hagens à Mannheim, de bestioles qui ne vieillissent pas (les tardigrades vus au microscope sur trois pages, si vous êtes nostalgique de vos cours de bio…), des différentes pratiques mortuaires, sur Tchernobyl et ses conséquences, alors oui, c’est documenté, c’est précis, mais sur des pages et des pages, on s’ennuie un peu, on ne lit pas des romans noirs pour lire des leçons mais pour être troublé, dérangé, pour sentir une vibration. Après les tartines explicatives étalés, dur dur de se passionner, de s’intéresser à l’histoire, de s’attacher aux différents personnages.
De même la déviation vers le fantastique passe mal, ça se veut une allégorie sur je ne sais quoi : le combat entre le bien et le mal à travers les siècles ? Le corps exposé, transformé par désir d’immortalité ? Ce n’est pas très original. L’intrigue est d’une pauvreté surprenante ainsi cette conversation de dernière minute pour expliquer le fin mot de l’histoire, même un débutant n’oserait pas.
Tout paraît artificiel du fait de l’auteur de vouloir démontrer une thèse plutôt que de faire une œuvre artistique, alors il essaie de faire rentrer tout dans des cases, on se croirait dans un musée, un dictionnaire. Ainsi pourquoi ce personnage d’Anabel commence-t-elle dans une boutique de piercing si ce n’est pour que tout dans ce roman aille dans le même sens : un panorama des différents rapports au corps, de même pourquoi un autre personnage est un survivant de Tchernobyl ? Peut-être peut-il se convertir à la sociologie, à l’histoire, ou peut-être refera-t-il confiance à ses qualités d’auteurs, de créateurs, et confiance à ses lecteurs qu’il ne prendra plus pour des gens à qui il faut apprendre quelque chose mais avec il faut partager quelque chose. Même le style devient explicatif, tout paraît dénué d’enjeu. Où est l’efficacité de Jonquet ? où sont ces descriptions cliniques et poisseuses qui nous rebutait et dans un même temps nous donnait envie d’en savoir plus ?
Alors bien sûr, on trouve quelques belles envolées, bien sûr pendant un temps on se laisse prendre, mais à force d’avoir l’impression d’être regardé de haut on hésite à suivre l’auteur dans son histoire.
Ma déception vient du fait que je considère Jonquet comme un des meilleurs écrivains de roman noir. Mygale, les Orpailleurs ou Moloch savaient distiller de l’angoisse, mettaient mal à l’aise.
Espérons juste que c’est un faux pas, une erreur de parcours, Jonquet voulait nous donner sa vision du monde chapitre après chapitre, thème après thème, c’est bon, c’est fait, maintenant il peut se remettre au roman noir comme il sait si bien le faire.
Ad vitam aeternam de Thierry Jonquet, Seuil policier, 2002

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