Thierry Reboud, 2002

Je rencontre Thierry Reboud aux Journées Sang d’Encre de Vienne. Il semble amuser qu’on vienne l’interviewer, il répondra parfois provocateur, souvent rigolard.

BM : Comment es-tu arrivé au roman noir ?
Thierry Reboud : J’étais représentant d’éditions, pour le premier diffuseur de Baleine, Harmonia Mundi. Quand l’éditrice est venue nous présenter le projet du Poulpe, ça nous a bien fait marrer et quelqu’un a eu l’idée que les représentants en fasse un dans la série, vu que le principe de la série est que n’importe qui puisse en faire un et on était trois a se lancer. Donc je me suis retrouvé à faire un Poulpe. C’est vrai qu’avant je lisais des romans noirs mais ça ne m’était pas venu à l’idée d’en faire un.BM : Tu n’avais pas d’envie d’écriture ?
TR : Ha si, ça c’est autre chose. Si déjà quand t’es ado t’es gaulé comme je suis gaulé… (en me regardant) et apparemment on est sur le même format, c’est quand même plus pratique pour draguer des minettes d’écrire des poèmes que d’aller courir à pied.

BM : Et le fait d’avoir commencé par un Poulpe avec une structure précise, c’est quelque chose qui t’a aidé, ou au contraire…
TR : Moi, ça m’a vraiment aidé. Tant le cadre que les personnages que dans une certaine mesure la structure narrative. Ca commence toujours de la même manière, il y a des impératifs, il y a un conducteur comme ça se dit en radio et le conducteur t’aide à éviter de faire des conneries à droite à gauche, à partir dans tous les sens. Tu vois la façon dont ça fonctionne de cette manière là donc après t’es plus à l’aise pour te lancer. Si si ça m’a beaucoup aidé.

BM : Mais à l’inverse est-ce que tu ne t’es pas senti limité ?
TR : Ben non. En fait le danger c’est de ne pas se sentir limité. Parce que même sans conducteur on est limité, ne serait-ce que ton histoire qui limite forcément ce que tu peux avoir à dire. Je vais dire n’importe quoi mais quand t’écris Madame Bovary c’est délicat de donner ton opinion sur le jeu de Croquet, c’est-à-dire que quelque soit le sujet que tu choisis de traiter que ce soit du noir ou autre chose il y a un moment ou ce que t’écris doit rester en cohérence avec ton projet. Le cadre t’aide à rester en cohérence. Le travail éditorial qui peut avoir derrière le Poulpe, j’en ai bénéficié aussi, il y a quelqu’un qui a relu le truc et qui a dit là tu déconnes un peu, là tu charries, là tu vas n’importe où…  T’en as qui trouveront que ça les bride, moi ça n’a pas été le cas, mais je pense que si tu poses la question à Kynndylan, ou Catherine Fradier, à des gens pour qui ce fut le premier roman, ils te diront la même chose, c’est très pédagogique, c’est presque un atelier d’écriture en soi. Après ça dépend des aptitudes… C’est pas à moi de dire s’il est réussi ou pas. Mais du point de vue que je peux avoir je le trouve plutôt réussi voilà, je trouve qu’il tient sur ses pieds, ce n’est pas un chef-d’œuvre, mais il tient sur ses pieds, l’histoire, elle commence puis elle fini, elle se développe. Après pour les chef-d’œuvres on verra plus tard, c’est pas le prix Nobel que je vise.

BM : Je posais la question parce que le deuxième,  Un roman pour les midinettes, scènes cruelles, paraît au contraire très débridé.
TR : Ouais la structure est simple, c’est un road movie. Le seul sujet que j’avais au départ c’était un mec qui accumulait des cadavres. Alors pour accumuler les cadavres il n’y a qu’un moyen si tu ne veux pas que ça devienne trop chiant c’est le road-movie. A partir de là tu suis l’itinéraire et quand t’en as marre et que tu sais que sur 500 pages ça va être trop chiant, tu t’arrêtes et même à mon avis il aurait fait 50 pages de moins il aurait été meilleur. Il reste perfectible mais la structure est rigoureusement celle du déplacement du personnage avec une gradation dans l’atroce pour ceux qui trouvent ça atroce. Et c’était compliqué parce que comme j’avais le titre du roman avant même de savoir que cela allait raconter quoi que ce soit, il fallait que ça tourne à l’histoire d’amour.

BM : En lisant je trouve le début très très rapide, et au bout de 30 pages on se demande comment tu vas réussir à tenir le rythme sur 200 pages…Tu t’es posé cette question ?
TR : L’idée c’était de changer de rythme à certains moments. Au début j’avais ce problème là, je me disais que d’abord ça allait être compliqué de raconter comment tu tues des gosses, ça peut être marrant même instructif et tout ce que tu veux mais à un moment c’est un peu redondant. Donc soit je montais de plus en plus, j’en faisais… mais ça c’est pas plus intéressant que ça. Ou je faisais en sorte qu’à un moment ça aille vers un but qui n’était pas celui affiché dès le départ. Comment faire pour en arriver à l’histoire d’amour, pour ça l’épisode Nancy était pratique ça lui donnait une raison de bouger et malgré tout je voulais en faire un roman social, très working class, bas de gamme… donc il y avait moyen de bifurquer doucement sans trop se rendre compte avec l’épisode nancéen. Sur la construction je suis assez content, je trouve qu’il tient bien, c’est plus sur le style que j’ai des réserves, c’est-à-dire il y a des moments j’en accumule trop, j’en fais trop. Ca je m’en suis rendu compte qu’après…

BM : Sur la construction, ce que je trouve intéressant c’est qu’on se demande comment tu vas rebondir, il y a le côté road movie ensuite on a l’impression que ça te lasse un peu, et tout d’un coup il traverse l’Europe en 5 pages, tu arrives à relancer à chaque fois, avec la mafia qui entre en jeu…
TR : Ben c’est ça. C’est-à-dire l’Europe en 5 pages c’est parce qu’effectivement sinon on fini à 500 pages et à mon avis il n’y a pas de quoi faire tenir 500 pages. L’Europe en 5 pages c’est une manière de dire ça continue comme avant et l’intervention de la mafia, c’est pace qu’il fallait bien qu’il ait quelqu’un à aimer cet homme là, qu’il prenne une importance vis à vis de quelqu’un. L’idée d’un personnage banalissime, transparent à proprement parlé, il fallait quand même lui refiler une épaisseur qui ne pouvait être que dans l’existence des autres, c’est forcément les autres qui lui donnent une existence, il n’en a pas en soi.

BM : On met un petit temps à comprendre que personne ne voit le personnage principal… je me demandais si tu étais parti là-dessus au départ…
TR : Ha non, non, non. Je vais te raconter exactement le départ, c’est comme le premier chapitre, j’étais dans un bistrot avec deux copines et franchement on emmerdait personne, on s’était mis à une table peinard à l’écart, il y a une gonzesse qui est venue avec son môme à côté et qui lui a fait des guili guili jusqu’à ce qu’il chiale, et le point de départ ça a été… je disais aux copines, putain ce serait quand même le pied, on shoote le môme et on se barre en disant au-revoir à la prochaine, et cela dit je l’ai jamais fait, je ne suis pas con, et à partir du moment où tu pars sur cette idée là, il faut trouver la raison qui fait qu’on peut tuer un môme, dire au-revoir sans que personne ne fasse rien. Vraiment à chaque fois ça répondait à un problème. C’est pas possible de shooter un môme et de pas se faire arrêter donc il fallait une bonne raison, et la bonne raison c’est qu’on ne le voit pas, point à la ligne. C’est le mec à qui personne fait attention. Et ça m’a bien fait marrer quand même cette idée là.

BM : Avec ces policiers qui en parallèle…
TR : Ha oui, alors les personnages des quatre flics, alors c’est assez particulier parce que Komeski et Galtiéri, en fait c’est deux potes qui s’appellent pas exactement comme ça, tout leur pote peut les reconnaître sous ce nom là, Pépette Picq, c’est la copine de Pierre et Narcisse c’est moi… C’étaient les trois qui étaient mouillés dans l’histoire Poulpe au départ et après c’était histoire là aussi de donner de l’épaisseur au roman…

BM : Au niveau de la forme dans « Roman pour midinettes… », il y a une sorte de jaillissement, différents niveaux de langage, un travail sur les proverbes, le franglais, toi tu te dis que tu en as trop fait ?
TR : Ben faut dire qu’il y a un moment ça manque de discrétion, à un moment ça se voit… C’est un truc que j’aime bien faire ça, et déjà dans le Poulpe c’est le mélange des registres « il m’aurait pas déplu que vous ne me cassassiez pas les couilles », c’est un peu ça, un peu mastard, dans le roman pour les midinettes, j’aurais pas détesté que quelqu’un vienne me dire, bon c’est bien mais là t’en fais des tonnes. Je l’ai relu il y a pas longtemps et c’est assez rigolo parce que je l’ai fait un peu pour déconner plus qu’autre chose et sur Mauvais Genre (un site web dédié au roman policier) je suis tombé sur deux critiques qui étaient assez élogieuses, ça ne méritait pas un excès d’indignité mais ça ne méritait pas non plus un excès d’honneur. Il est marrant, il est bien gaulé tout ce que tu veux enfin j’en sais rien mais si je l’avais lu, je me serais dis, bon je me suis bien marré, je passe à autre chose et donc je l’ai relu pour voir un peu et dans les critiques il y avait des trucs intéressants notamment sur la qualité des personnages secondaires, et là je pense que je ne suis pas mauvais, c’est le Poulpe qui m’a aidé parce que souvent les personnage secondaires sont plus intéressants que le Poulpe, c’est plus Maria, c’est plus Cherryl, c’est plus Gérard qui filent l’épaisseur au truc. Donc je l’ai relu et franchement à des moments c’est lourd. En plus moi je l’ai relu une dizaine de fois. J’ai peut-être des excuses à le trouver lourd mais il y a des moments où je trouve ça limite pénible alors c’est vrai que je pourrais jamais être dans la situation du mec qui le lit pour la première fois, et c’est tant pis pour ma gueule voilà je n’avais qu’à pas le faire…

BM : Moi qui l’ai lu pour la première fois, au niveau de l’histoire ou du style c’est parfois n’importe quoi mais il y a une espèce de fraîcheur, une énergie qui fait que ça passe. Est-ce que tu l’as beaucoup retravaillé ou c’est vraiment…
TR : Ben oui mais le problème c’est que c’est retravaillé beaucoup mais toujours dans la même direction, il m’a manqué une relecture… Si tu veux en gros voilà, quand t’écris quelque chose, tu sais où tu veux en venir, je dirais que il y a des informations implicites que toi tu as et qu’un lecteur n’a pas forcément et il me manquait quelqu’un qui n’ait pas ces informations implicites, quelqu’un qui ne me connaisse pas, quelqu’un qui ne sache pas comment j’ai l’habitude de déconner, parce que j’ai écrit dans le registre où je peux avoir l’habitude de parler. Je travaillais toujours dans la même voie, c’était plus dur de s’améliorer, c’est là que pour moi ça me satisfaisait pas. Tu t’es bien marré à le lire ça me fait plaisir, et j’ai des amis satisfaits je ne vais pas faire la fine gueule, je préfère entendre dire qu’on s’est bien marré à le lire que le contraire…

BM : Est-ce que tu penses qu’il y a des familles dans le roman noir français, et comment tu te situes par rapport à ça en fait ?
TR : Le polar est en soi une famille effectivement, mais c’est une famille élargie, c’est une famille africaine, avec des oncles, des neveux, des grands-pères, des grands-mères, des mères, des cousines enfin tout ce que tu veux, il y a de tout, dedans mais il y a… ce qui à mon sens signe le roman noir c’est justement la préoccupation sociale voir politique et comment je me situerais là dedans…

BM : En quoi ton dernier roman est politique ?
TR : Justement… Par exemple la scène avec le pédophile était indispensable, parce que c’est une des raisons quand même pour lesquelles ça m’a amusé de faire ce roman parce qu’il y a un truc que je ne supporte plus c’est  que quand il y a un attentat, un accident ou n’importe quoi on dit régulièrement il y a tant de morts dont trois enfants, comme si le simple fait qu’ils soient enfants aggrave le fait qu’ils soient morts, ça m’énerve on te signalera toujours qu’il y a eu tant d’enfants, de la même manière qu’on te signalera toujours que c’est un français d’origine algérienne qui a braqué un tabac et on ne te signalera jamais un français d’origine auvergnate, je ne vois pas en quoi c’est aggravant qu’on soit d’origine algérienne pour braquer un tabac ou d’être un enfant pour être mort dans un attentat, donc ça me gonflait c’était un mouvement d’humeur… J’ai pas une passion pour les enfants cela dit à titre personnel j’en tuerais pas, faut pas déconner non plus, mais cette espèce de truc à l’américaine… le caractère sacré des bébés, ça ça me fait chier. Ca m’avait frappé au moment les fécondations in vitro ou la question de l’adoption des enfants par les couples homos et l’un des argumentaires qu’on te balance là-dessus c’est le droit à l’enfant, pas le droit des enfants, mais le droit à l’enfant qu’en fait on est un libre citoyen d’un pays libre donc on a le droit d’avoir des enfants. Moi bêtement, en plus je dis ça à l’aise parce j’ai assez été péde dans ma vie, être pédé ce n’est pas le meilleur moyen d’avoir des enfants. Après que quelqu’un qui se trouve être pédé et qui a des gosses je ne vois pas pourquoi on les lui retirerait, je ne sais pas comment expliquer c’est assez compliqué, c’est assez confus… l’enfant n’est pas un bien de consommation, on traite l’enfant comme un bien de consommation c’est-à-dire on a le droit d’avoir une bagnole, cinq semaines de congés payés et un enfant, plus un chien, un poisson rouge, une télé par satellite et tous ces trucs là et ça ça me choque tout ce qui peut y avoir autour de cette question du droit à l’enfant qui passe à mon sens sur le droit de l’enfant. Et la sacralisation des gosses c’est un trait constitutif, il suffit de regarder après… Autre exemple, actuellement la pédophilie c’est le crime des crimes. Bon pour moi violer un gosse ou violer une vieille c’est pas pire, dans les deux cas on ne tient pas compte de l’accord, du consentement de la personne qu’on viole. Donc si tu veux il y a toute cette humeur, cette sacralisation de l’enfant qui me gonflait. C’était une manière de péter un câble et de me moucher dans la nappe voilà…

BM : Il n’y a pas eu de plainte de « l’enfant bleu » contre le livre ?
TR : Je pense que dans la plainte de l’enfant bleu contre Rose Bonbon ou Skorecki il y a le fait que c’est de la vraie littérature alors que la littérature polar on s’en fout, c’est des blaireaux, ça compte pas.

BM : Dans la famille polar tu disais qu’il y avait des pères, des mères, qui sont-ils pour toi ?
TR : S’il y a un bouquin qui tient lieu de modèle pour moi c’est Sylvia d’Howard Fast, ce n’est pratiquement pas un polar. C’est un milliardaire qui demande à un détective privé qui se méprise particulièrement d’exercer ce métier là parce qu’il considère que c’est regarder par les trous de serrure d’enquêter sur la femme qu’il aime et qu’il va épouser. Pour moi c’est un des plus beaux romans d’amour que j’ai jamais lu et c’est l’un des plus triste et exaltant en même temps, c’est très étonnant. Si une fois dans ma vie je pouvais écrire une chose qui ressemble à ça… J’aime Signac aussi dans le registre grotesque, énorme que j’aime bien et d’une manières générale j’aime bien les polars déconnant… et ça ça se sent dans les midinettes. J’aime bien aussi le polar politique effectivement, de ce point de vue là malgré tout ce qui peut me gonfler chez Daeninckx,  Meurtres pour mémoire ou la der des ders, c’est des bouquins qui ont compté pour moi, plus ces deux là que les autres, ou Cannibale d’ailleurs qui n’était pas en polar et qui était chez Verdier sur le grand père Karembeu qui était à l’exposition universelle présenté comme un cannibale, ce registre là me plait bien, et là pour le coup je ne vois pas très bien ce que je peux y faire. Mais s’il y a une filiation je dirais Howard Fast et Siniac, avec ça il y a moyen de se démerder.

BM : Et parmi les jeunes auteurs actuels qui émergent, est-ce qu’il y a des gens qui te semblent intéressants ?
TR : J’ai lu il y a pas longtemps Caryl Ferey Tu peux crever qui est pas mal du tout même si son truc autour de la pédophilie… mais il n’est pas mal traiter cela dit avec des personnages qui sont très très attachants parce que souvent ça tient sur les personnages, tu regardes l’intrigue d’un polar c’est rien, il y a que dalle dedans. Dans les jeunes auteurs récents… Enfin Caryl Ferey ça fait un bon bout de temps, l’air de rien, qu’il traîne, en tout cas son dernier est pas mal du tout. Récemment le problème c’est que j’ai plus lu des bouquins d’essai historique ou philosophique ou de la poésie. Je me suis un peu déconnecté du truc mais ça reviendra.

BM : Est-ce que pour écrire c’est intéressant d’élargir, d’être influencé par d’autres…
TR : Ha ouais. C’est forcément plus riche d’accepter ce qui vient d’ailleurs. Alors pour le coup c’est très politique. La pureté de l’inspiration dans la tour d’ivoire, je n’y crois pas. Bon d’accord ça peut exister, une fois de temps en temps, le mec dans un bled paumé qui n’a jamais entendu parler de rien et qui nous sort un chef d’œuvre. Admettons s’il y a Carson Mc Culler, il y a Rimbaud, et encore j’y crois pas des masses. De la même manière que je ne crois pas au manuscrit d’un génie oublié, il y a trop d’éditeurs, il y a trop de bouquins qui paraissent, alors il n’est peut-être pas lu, mais il est publié, il n’est peut-être pas mesuré sur le moment. Rimbaud, « une saison en enfer », ça a été lu par dix personnes, mais ça a été lu par Mallarmé, par Verlaine, pas n’importe lesquelles. Mais à un moment ou à autre c’est lu, et c’est de plus en plus vrai parce que les éditeurs ont tous la trouille de rater un génie… Donc ouais bien sûr qu’il y a des influences, encore heureux.

BM : Mais une influence qui n’est pas que dans le roman noir ?
TR : Il y a des choses qui me touchent chez tel ou tel auteur, ça veut pas dire que j’essaie de refaire la même chose et puis peut-être qu’on refait la même chose aussi …  la nouvelle que j’ai faite dans les gones en noir, à mon avis elle est vachement tributaire de Siniac. Et ça je m’en suis rendu compte en t’en parlant là tout de suite. Et je ne crois pas que ce soit la même chose mais elle en est très tributaire.

BM : Et au niveau projet ?
TR : Ben justement il y a la nouvelle des gones en noir, à mon avis il y a moyen de lui donner une… une vraie épaisseur. A mon sens il y a moyen d’en faire quelque chose sur 200 à 250 pages aisément, il y a la place pour mettre trois buts comme on dit au foot. Je serais assez intéressé à retravailler dessus. Mais pas tout de suite non plus. En revanche je suis en train de travailler sur un truc à la con mais qui me fait bien marrer, mais alors là pour le coup pas dans l’énorme ce sera plutôt l’inverse… Pour en revenir à mes lectures, un qui n’est pas dans la famille du polar mais qui à mon sens n’en est pas très éloigné et qui moi m’intéresse beaucoup, c’est Echenoz et il y a comme ça tout un tas d’auteurs proches du polar, Gagnol par exemple avec les Aveugles sont-ils plus malheureux que les sourds pour moi c’est un très très bon bouquin celui-là, ses deux précédents étaient prometteurs mais il n’y avait pas ce truc, dans les aveugles… il a vraiment fait un truc spécialement bien, dans son dernier la femme patiente il est un peu en-deçà de ce qu’il a fait. Chez Gagnol on est un peu dans ce registre là de personnages qui sont à côté d’eux-mêmes, et là je suis en train de travailler sur un roman plus court, ça devrait faire du 150 000 signes, quelque chose comme ça, 120-150 pages, qui prend au départ une situation extrêmement absurde avec comme parti pris de prendre des personnages qui sont là parce qu’il faut bien être quelque part mais ils pourraient aussi bien être ailleurs. C’est un peu compliqué à traiter, par rapport …aux midinettes, et la question du style, on est obligé de rester sur une écriture assez blanche, en retrait, forcément celle des midinettes elle a peut-être des qualités mais elle n’est pas en retrait ça c’est sûr, et c’est donc un tout autre travail de style, qui m’est moins naturel. Je pense que je l’aurais fini d’ici six mois quelque chose comme ça et ça donnera ce que ça donnera, du point de vue de l’éditeur je n’ai pas trop de souci parce que les midinettes a été rentable, il est rentré dans ses frais.

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