L’avantage avec le thriller à l’américaine, là écrit par un anglais mais peu importe, que même si le livre est faiblard, il y a un savoir-faire, un métier qui fait que le livre reste plaisant à lire. Parfois ce savoir-faire se retourne contre le livre, c’est le cas pour Voodoo Land.
D’abord choisir une époque précise et un lieu, début des années 80 dans la communauté haïtienne de Miami, ce qui permet de faire croiser le vaudou, la période politique précédent l’arrivée de Reagan au pouvoir, bref de quoi éveiller un intérêt, prendre deux flics dissemblables, un noir démocrate, un blanc républicain amoureux des femmes noires, de la musique jazz, de quoi créer tension, frottement, rapprochement, commencer par un meurtre dans un endroit original (là un parc à singe, pourquoi ? Euh pourquoi pas…), etc. comme dans un bon manuel qui s’appellerait « les clés pour écrire un thriller en éveillant l’intérêt du lecteur et pour ensuite ne pas le perdre en route ».
Il faut aussi aujourd’hui que le livre fasse plus de 500 pages pour que le lecteur sente qu’on à affaire à du sérieux, le problème est que là ça ne semble pas nécessaire, tout est expliqué, surligné on a le droit à la biographie de chaque personne rencontrée, un flashback sur tel lieu, tel quartier à une époque précédente, c’est censé donner de l’épaisseur au roman mais on sent le travail, les fiches de personnage écrites en amont et recrachées. Parfois un peu de mystère ne perd pas le lecteur, au contraire, de pouvoir imaginer permet aussi de s’approprier un roman, des lieux, des personnages. Là surtout ça ralentit l’ensemble, nous sommes dans l’enquête, plutôt emportés et hop une digression qui casse le rythme, ce qui fait qu’à la page 200, on n’a toujours pas l’impression que l’histoire a commencé. Dans le manuel du bon thriller il y a aussi les surnoms originaux (là un s’appelle bonbon parce qu’il mange des bonbons, un autre a pour surnom Puissance 6, etc.) et autres effets qui truffent le roman et le rendent artificielles, il en est de même pour les descriptions médicolégales où l’auteur doit montrer qu’il connait le sujet, qu’il a bien potasser sa documentation mais cela n’apporte pas grand chose à part de l’épate pour les incultes que nous sommes.
C’est dommage parce que quand l’auteur fait confiance à son intrigue, ça tient la route, la deuxième partie du roman quand il se concentre sur l’enquête et les multiples affrontements qui en découlent, on est prêt à être emmené, on est prêt à suivre Max et Joe dans les rues de Miami, on est prêt à frémir face aux dangers potentiels. Quand il fait confiance à son écriture, on est prêt à oublier tous les facilités, parce que Nick Stone sait décrire une scène de combat, une relation amoureuse naissante ou les interactions entre les personnages, il sait créer une ambiance, le style est solide, les dialogues sonnent justes.
Ainsi c’est l’étrangeté de ce roman, tout ce qui censé le nourrir, le rendre plus original le dessert, lui donne un aspect fabriqué et formaté et dès que Nick Stone semble oublier les leçons qu’il a prise, on trouve de l’émotion, de la sincérité, espérons qu’il suive cette voie et qu’il cesse d’écouter ceux qui lui expliquent comment faire un bon thriller.
Voodoo land, Nick Stone, traduit de l’anglais par Samuel Todd, Série Noire, Editions Gallimard, 2011
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Marqué avec Nick Stone, Série Noire, Vaudou
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Le bal des frelons, Pascal Dessaint, Editions Rivages/Thriller, 2011
Un apiculteur qui retrouve son beau-fils, un maire faible et corrompu, un ancien maton dont le mariage se transforme en guerre, un fou qui idolâtre sa femme morte, un gendarme qui essaie de comprendre ce qui se trame, etc. le dernier livre de Pascal Dessaint met en scène un petit village avec un grand nombre de personnages pour la plupart agités par la cupidité ou la folie. On les suit dans de courts chapitres en devinant les collisions fatales qui vont arriver entre eux.
Certains trajets sont plus intéressants que d’autres, par exemple l’histoire de Maxime qui a quitté sa famille est narrée avec beaucoup de douceurs, pour le reste, c’est un peu la galerie des monstres, on surplombe parfois les personnages, on a du mal à savoir où se situe l’auteur et où il nous place. Même si le social existe dans ce roman, ce regard sur une humanité stupide, lâche et juste intéressée par le sexe et l’argent se voudrait drôle mais est parfois désagréable par sa vision du monde, il y a quelque chose de l’ordre de l’instinct meurtrier dans la violence qui se déchaine, de la naturalité de l’homme qui serait un loup pour l’homme, surtout avec les nombreux parallèles avec les divers animaux qui peuplent les lieux, des abeilles aux ours. Est-ce que le regard de Pascal Dessaint est nihiliste, dépressif ou juste sardonique, difficile de trancher parce qu’il ne semble pas faire un choix clair, n’osant aller totalement dans la méchanceté ou la farce, sans montrer non plus d’empathie, les personnages ressemblent un peu trop à des marionnettes pour qu’on éprouve de l’émotion pour eux.
On assiste plutôt à une mécanique cruelle qui se met en branle, mais les nombreuses coïncidences donnent un aspect artificiel aux évènements, on sait à l’avance que ça va aller vers le drame, l’horreur, le guignol et on a l’impression que l’auteur force les choses plutôt que de nous emmener. La multiplication des points de vue sur le même acte, si elle est habilement traitée, n’empêche pas un sentiment de surplace de se dégager. L’écriture vive et efficace rend la lecture plaisante mais ne suffit pas pour qu’on se sente vraiment concerné.
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Marqué avec Campagne, Editions Rivages, Pascal Dessaint
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Morte la bête, Lotte et Soren Hammer, traduit du danois par Andreas Saint-Bonnet, Actes Sud/Actes noirs, 2011
Au départ, on craint le pire, ça se passe en Scandinavie, un crime horrible, une fille qui fait des reproches à son père policier (ce sera heureusement vite mis de côté), un style passe-partout, un groupe de flics dont chacun a un caractère précis qui bougera peu, on pense se trouver face à un clone de Camilla Läckberg, faiseuse de best-seller sans intérêt de la même édition Actes Sud/Actes Noirs, mais le livre est mieux que ça.
On ne trouve pas chez Lotte et Soren Hammer, ce qui est insupportable chez Läckberg, ces longs passages mièvres et moralistes sur la famille du héros qu’on croirait sortis de magazines dits féminins et ces enquêtes qui jouent sur un mystère construit artificiellement, là le style n’est guère mieux, il est illustratif, ni nul ni prenant, par contre les auteurs nous immergent dans une intrigue forte et tenue dont le déroulement est bien menée.
L’idée du livre de prendre à bras le corps le sujet de la pédophilie est intéressante, c’est un thème récurrent dans les thrillers à sensation mais là, ils dépassent leur sujet : des meurtres sont commis dont les victimes sont des pédophiles, les meurtriers jouent la carte médiatique et politique pour faire que la société devienne plus répressive. Nous suivons des policiers qui doivent enquêter sur ces meurtres et aussi se coltiner une opinion publique de plus en plus hostile qui prend partie pour les assassins et qui va mettre des bâtons dans les roues des enquêteurs, cela crée une tension et un intérêt croissant, on a l’impression d’être avec les flics qui nagent à contre-courant face à cette population qui prend goût au lynchage. Ainsi le fait que la pédophilie soit un sujet rabattu devient un des enjeux du livre et même si l’intrigue s’effiloche sur la fin, il montre assez efficacement comment un fascisme rampant peut naître sur le dos de ses monstres des temps modernes que sont les pédophiles, comment on peut détourner les gens d’autres enjeux en les prenant pour boucs émissaires.
Les auteurs ne font pas dans le spectaculaire ou les rebondissements incessants, ils nous donnent les clés assez vite, ne cherchent pas à jouer contre le lecteur, l’intérêt n’est pas dans le « qui a tué ? » mais plutôt dans le comment les flics vont se dépatouiller des différentes embuches qu’on leur met, nous ne sommes pas laissés à l’écart ou manipulés par les auteurs. La surprise, le retournement de situation est souvent une facilité du roman noir pour créer une attention superficielle, Lotte et Soren Hammer n’ont pas besoin de ces ficelles pour nous amener à les accompagner.
Dommage que le style soit aussi plat et scolaire, si l’écriture avait été aussi resserrée et précise que l’histoire, on aurait été face à un grand livre.
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Marqué avec Actes Noirs/Actes Sud, Camilla Läckberg, Lotte et Soren Hammer
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Hervé Le Corre, 2010
Je rencontre Hervé Le Corre aux Quais du polar de Lyon, il répond avec modestie et passion pour un entretien où sont évoqués Jean Vautrin, Lautréamont, la question du deuil, de la violence, les choix d’écriture, le roman noir français…
Hervé Le Corre : Je suis arrivé au roman noir par mes lectures, j’ai commencé à lire des romans noirs à partir d’une trentaine d’années. Jusque là j’avais une formation plutôt ordinaire et classique. J’ai commencé à lire les grands américains Hammett, McCoy, Jim Thompson, des français surtout Manchette et Vautrin. Dans les années 80, à l’époque de gloire du néo-polar, ça correspondait à ce que je cherchais comme lecture à la fois au niveau des écritures, du style, fort, puissant et des préoccupations, le reflet de la société dans sa violence, dans ses tensions, etc. j’avais envie de dire ça. C’est venu assez bêtement, le désir d’écrire qui rencontre des lectures qui m’ont comblé. Continuer la lecture
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Marqué avec Hervé Le Corre, Jean Vautrin, Lautréamont, Robin Cook
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Les coeurs déchiquetés, Hervé Le Corre, Rivages/Thriller, 2009
Hervé Le Corre est un auteur généreux. Dans la forme, l’écriture il donne beaucoup, cherche différentes ambiances, est précis dans son choix d’un vocabulaire riche et comme il donne beaucoup parfois il donne un peu trop, quelques métaphores appuyées, quelques descriptions dont la longueur casse parfois le rythme, mais c’est le prix à payer pour avoir aussi des phrases émouvantes, des descriptions qui envoûtent.
Cette générosité se retrouve dans les personnages, l’auteur s’intéresse vraiment à eux, il les incarne avec finesse, ainsi le deuil d’un enfant ayant perdu sa mère est très bien rendu alors que c’était particulièrement casse gueule, il évite le mièvre que la situation pouvait amener. On est touché parce que son regard est juste, il est à la bonne distance. Il ne cherche pas le tape à l’œil, il prend le temps de faire vivre une situation, un moment, peu importe les quelques afféteries deci delà, l’ensemble a un souffle, a une tenue, une puissance qui font du bien à l’heure où le roman noir semble parfois se complaire dans un nihilisme et un cynisme finalement beaucoup plus en accord avec la violence ultra-libérale actuelle.
L’histoire en elle-même n’est pas des plus originales, un flic au fond du trou dont le fils a disparu depuis de nombreuses années d’un côté, un enfant qui a perdu sa mère de l’autre, et la fin est décevante lorsque le mystère se désépaissit, l’auteur est dans un certain classicisme, écriture au passé à la troisième personne, phrases longues, chapitre à deux personnages qui se succèdent. Hervé Le Corre ne cherche pas à tout prix la modernité. Non c’est du thriller à l’ancienne, honnête et puissant qui maîtrise sa forme, qui sait où il va et qui nous y emmène sans difficulté, laissant une fois le livre refermé des émotions multiples et persistantes.
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Marqué avec Editions Rivages, Hervé Le Corre
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Racailles, Vladimir Kovlov, traduit du russe par Thierry Marignac, Editions Moisson Rouge, 2010
Le livre est découpé en plusieurs nouvelles dont une qui a la taille d’un court roman. Nous sommes plongés dans une cité russe à l’époque de la Perestroïka, des adolescents s’emmerdent, boivent se battent, s’humilient pour tuer le temps. Il ne se passe pas grand chose mais la tension est permanente, la violence peut surgir à tout moment.
L’écriture de Kovlov est puissante, sèche, le mot est toujours juste, l’auteur ne surplombe pas ce qu’il décrit, il montre ce qui est sans jugement, sans moral, il travaille sur la simplicité, la répétition des mots, des situations. Les phrases sont courtes, privilégient l’action même si on baigne dans l’inaction, faisant sentir une impression de mouvement inutile, de personnes coincées, ne pouvant s’extraire de leur environnement, du manque de futur. Le ton est agressif, dur, les dialogues sont très courts, impersonnels, le vocabulaire pauvre, cru et limité et pourtant grâce au style de l’auteur les textes ont une sombre beauté.
«On boit. Ça me tape sur la tête comme il faut. Je ferme les yeux et je comate aussi sec, je sais pas pendant combien de temps. Quand je me réveille, Orang-outang est en train de sauter Anokhina sur le divan et elle sourit la figure barbouillée de rouge à lèvres. Je repars dans le potage.
La deuxième fois, je suis réveillé par des cris. Tsigane tabasse Anokhina en gueulant :
- Tu m’as mordu la queue, salope. »
Un univers où les règles de vie sont apprises à coup de poing, à coup de pied des plus grands aux plus jeunes de façon immuable, le monde extérieur n’existe pas, les profs sont des ennemis, les filles des objets qu’on peut prendre, violenter, les parents sont des obstacles, des censeurs ou des pauvres types à mépriser. Ça se passe en Urss à une période précise, mais à quelques détails près ça pourrait se passer dans n’importe lequel de ces endroits tristes et vides où la misère sociale et affective empêche toute tendresse. Un livre très fort qui au final laisse la tristesse prendre le pas sur le dégoût.
Publié dans Accueil, Critiques, k-l, Vladimir Kovlov
Marqué avec banlieue, Editions Moisson Rouge, Vladimir Kovlov
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Maxime et Lætitia
Maxime me demande s’il peut acheter une glace, je lui réponds que ce n’est pas la saison alors il n’est pas content, il me fait la gueule, s’il croit que ça marche, s’il croit que je vais céder, il change de stratégie, s’il te plait papa, s’il te plait papa, avec un regard qui se veut attendrissant. A un moment tout ça m’aurait amusé, ou touché, ou énervé, ou je ne sais pas, disons qu’à un moment j’y aurais accordé de l’importance. Aujourd’hui cela m’indiffère, qu’il soit content ou non, qu’il m’en veuille ou non. Encore deux heures et sa mère passe le chercher.
Il monte les escaliers en courant, pressé d’en finir de cette corvée de me voir toutes les deux semaines. Je le comprends, je ne me supporte pas non plus. Il attend dans le canapé, je pourrais l’occuper, trouver quelque chose qui l’intéresserait, j’allume la télé, je vais m’ouvrir une bière.
Qui a dit déjà que je ne ferai jamais rien de ma vie. Ma mère ? Un prof ? Quelqu’un d’autre ? Je ne sais plus très bien, et je n’ai jamais compris précisément ce que signifiait faire quelque chose de sa vie. Il doit y avoir une raison, les choses doivent avoir un sens, enfin il me semble que les choses devraient essayer d’avoir un sens, ou un autre sens, ou quelque chose, enfin les choses devraient être autre chose, ou pourraient peut-être parfois, ou peut-être pas finalement.
Ça sonne. J’ouvre la porte. Lætitia.
- Comment ça va ? Tu n’as pas l’air en forme…
- En forme de quoi ?
- Tu me fatigues !
Tu n’en pouvais plus de moi, c’est normal, tu as lutté à en être épuisée, à essayer de croire que les choses finiraient par changer, les choses ne changent pas, ou très peu, ou alors en se détériorant ou alors je ne sais pas. Elle m’aime bien, elle continue de bien m’aimer, même si c’était trop difficile, même si elle m’en a voulu, m’en veut sûrement encore de ne pas être ce que j’aurais peut-être pu être si les choses furent différentes, je l’aime bien aussi, je ne lui en veux de rien, je crois même que je ressens une sorte de reconnaissance envers elle, quelque chose d’oblique, d’étrange. Peut-être un sentiment. Ou peut-être un truc un peu animal, quelque chose qu’on trouve chez les chiens, un instinct, une idée de survie, un attachement, je ne bave pas encore pourtant, peut-être qu’on trouve ça chez d’autres animaux, je ne sais pas ce qu’éprouvent les chats, je n’ai jamais compris les chats, ce ne sont pas des animaux comme moi, ou alors peut-être si justement, même si l’idée même d’indépendance ne fait pas vraiment sens pour moi, indépendant à quoi ? Continuer la lecture
Anaisthêsia, Antoine Chainas, Série Noire, Gallimard, 2009
Un flic noir, insensible à la souffrance, utilisé pour découvrir un tueur en série.
Le gâchis continue ! Chainas a du talent, et pourtant, on assiste étonné à du grand n’importe quoi.
L’idée de base pouvait être intéressante, un personnage insensible à la douleur, qui perçoit le monde en terme technique, ça pourrait donner un ton froid, nihiliste, etc. mais là comme l’auteur s’est beaucoup documenté, autant en profiter pour étaler sa science, merde, il ne s’est pas tapé tous ces volumes sur l’anatomie, sur la psychocognitive pour rien. mais est-ce une raison pour nous révéler sa science à tout propos, sur les hôpitaux, la sorcellerie africaine, les armes à feu, le corps, les drogues, les sigles policiers, le personnage ne peut pas donner un coup sans une explication de tout le processus qui survient, ça devient vite insupportable, la moitié du livre ne sert à rien. Ça donne même des petits bijoux du genre « J’arrive tellement vite que j’en perds presque l’équilibre.
Je frappe directement à la nuque, pile entre l’axis et l’atlas, juste sous l’occiput, là où le système nerveux central rejoint le cerveau. », ou la visite d’un hôpital où on a le droit à toutes les explications sur l’aphasie, sur l’héminégligence, lit-on vraiment un roman noir pour écouter sagement un professeur ?
L’histoire est à l’avenant, cette histoire de tueuse héréditaire sans nez accompagné d’un nain, c’est de l’humour ? Pourtant l’auteur semble se prendre très au sérieux alors qu’il verse dans le grand guignol et le foutage de gueule comme dans cette scène d’orgie totalement ridicule. Il essaie d’emporter le morceau en en rajoutant dans la violence et la noirceur, mais ça ne fonctionne pas parce que l’histoire fait du surplace, rien ne se noue, rien ne se tend.
L’écriture pourrait sauver l’ensemble, mais si Chainas sait parfois construire des phrases puissantes, si on sent que dans son écriture une force qui pourrait exploser, une capacité à varier la forme, une originalité, si on sent une ambition qui change d’une littérature parfois trop tiède, hélas là aussi il tape dans le vide, il veut toujours trop montrer, il veut que chaque mot, chaque phrase, chaque paragraphe percute, il voudrait provoquer, fourailler dans la chair, il ne fait qu’épuiser, ça donne l’impression d’assister impuissant à un boxeur seul sur un ring, agitant les bras pour faire illusion.
L’ensemble se noie dans le clinquant, le « sévèrement burné », le tape à l’œil, alors que l’auteur possède la boite à outil qui, avec plus de simplicité et de sincérité, permettrait de faire un grand roman noir.
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Marqué avec Antoine Chainas, serial killer, Série Noire
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J’ai confiance en toi, Francesco Abate, Massimo Carlotto, traduit de l’italien par Laurent Lombart, Editions Métailié
Le titre de ce livre est emprunté à une chanson italienne et doit être pris dans un sens ironique puisqu’il s’agit de raconter un monde où l’on ne peut faire confiance à personne. On suit le parcours d’un petit dealer qui se retrouve à trafiquer de la bouffe avariée à force de trahison, mensonge, soit la description d’un ambitieux qui travaille avec méthode, précision et dont la vie va merder pour des raisons subalternes et annexes.
On est pris dans la logique de ce héros qui est un salaud mais pas pire que les autres. C’est écrit avec humour mais sans mépris, on s’attache presque à cette crapule qui veut juste réussir dans la vie. On pense parfois aux Affranchis de Scorcese, soit l’histoire d’un homme qui ne veut pas être un plouc, les auteurs ont la même énergie que le cinéaste, ça va vite, le rythme est prenant, l’écriture d’une grande fluidité change de niveau de langage habilement, les auteurs ont le sens de la formule, de la phrase qui percute au bon moment, l’ensemble a du souffle. Si le ton est moins désespéré que dans de précédents livres de Massimo Carlotto, le fond est proche, c’est à dire comment s’en sortir dans un monde capitaliste dont la logique de compétition mène les hommes à s’écraser les uns, les autres, qu’on soit dans l’illégalité ou non.
Publié dans a-b, Accueil, c-d, Critiques, Francesco Abate, Massimo Carlotto
Marqué avec Francesco Abate, mafia, Massimo Carlotto
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Même pas Malte, Maïté Bernard, Editions Baleine, 2010
Ce livre est un peu comme une poupée russe, c’est un hommage à Marcus Malte qui avait écrit le Poulpe le Vrai con Maltais , dont Maïté Bernard reprend le personnage de Brigid, c’est aussi un hommage au Faucon Maltais de Hammett comme l’était le Poulpe de Malte, c’est aussi un jeu avec le Poulpe qui est un personnage mou et en retrait par rapport à la réelle héroïne qui est Brigid. Les références se croisent, sont cachées les unes dans les autres. Ce personnage de Brigid pourrait être ainsi être joué par Lauren Bacall l’héroïne cinématographique du Faucon Maltais.
Bref un livre joueur et plutôt rythmé, l’intrigue, basée sur une histoire de vase afghan, nous emmène dans les milieux de l’art, dans les trafics qui ont suivi la guerre en Afghanistan, on s’y perd assez vite, mais cela importe peu, l’ensemble a un côté feuilletonesque sympathique.
L’écriture est vive, joueuse, rapide, les dialogues efficaces pour ce livre amusant et léger qui ne cherche pas à être autre chose qu’un roman de gare joyeux et énergique.
Publié dans Accueil, Critiques, m-n-o, Maïté Bernard
Marqué avec Dashiell Hammett, Editions Baleine, Le Poulpe, Maïté Bernard, Marcus Malte
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