Voodoo land de Nick Stone

L’avantage avec le thriller à l’américaine, là écrit par un anglais mais peu importe, que même si le livre est faiblard, il y a un savoir-faire, un métier qui fait que le livre reste plaisant à lire. Parfois ce savoir-faire se retourne contre le livre, c’est le cas pour Voodoo Land.
D’abord choisir une époque précise et un lieu, début des années 80 dans la communauté haïtienne de Miami, ce qui permet de faire croiser le vaudou, la période politique précédent l’arrivée de Reagan au pouvoir, bref de quoi éveiller un intérêt, prendre deux flics dissemblables, un noir démocrate, un blanc républicain amoureux des femmes noires, de la musique jazz, de quoi créer tension, frottement, rapprochement, commencer par un meurtre dans un endroit original (là un parc à singe, pourquoi ? Euh pourquoi pas…), etc. comme dans un bon manuel qui s’appellerait « les clés pour écrire un thriller en éveillant l’intérêt du lecteur et pour ensuite ne pas le perdre en route ».
Il faut aussi aujourd’hui que le livre fasse plus de 500 pages pour que le lecteur sente qu’on à affaire à du sérieux, le problème est que là ça ne semble pas nécessaire, tout est expliqué, surligné on a le droit à la biographie de chaque personne rencontrée, un flashback sur tel lieu, tel quartier à une époque précédente, c’est censé donner de l’épaisseur au roman mais on sent le travail, les fiches de personnage écrites en amont et recrachées. Parfois un peu de mystère ne perd pas le lecteur, au contraire, de pouvoir imaginer permet aussi de s’approprier un roman, des lieux, des personnages. Là surtout ça ralentit l’ensemble, nous sommes dans l’enquête, plutôt emportés et hop une digression qui casse le rythme, ce qui fait qu’à la page 200, on n’a toujours pas l’impression que l’histoire a commencé. Dans le manuel du bon thriller il y a aussi les surnoms originaux (là un s’appelle bonbon parce qu’il mange des bonbons, un autre a pour surnom Puissance 6, etc.) et autres effets qui truffent le roman et le rendent artificielles, il en est de même pour les descriptions médicolégales où l’auteur doit montrer qu’il connait le sujet, qu’il a bien potasser sa documentation mais cela n’apporte pas grand chose à part de l’épate pour les incultes que nous sommes.
C’est dommage parce que quand l’auteur fait confiance à son intrigue, ça tient la route, la deuxième partie du roman quand il se concentre sur l’enquête et les multiples affrontements qui en découlent, on est prêt à être emmené, on est prêt à suivre Max et Joe dans les rues de Miami, on est prêt à frémir face aux dangers potentiels. Quand il fait confiance à son écriture, on est prêt à oublier tous les facilités, parce que Nick Stone sait décrire une scène de combat, une relation amoureuse naissante ou les interactions entre les personnages, il sait créer une ambiance, le style est solide, les dialogues sonnent justes.
Ainsi c’est l’étrangeté de ce roman, tout ce qui censé le nourrir, le rendre plus original le dessert, lui donne un aspect fabriqué et formaté et dès que Nick Stone semble oublier les leçons qu’il a prise, on trouve de l’émotion, de la sincérité, espérons qu’il suive cette voie et qu’il cesse d’écouter ceux qui lui expliquent comment faire un bon thriller.
Voodoo land de Nick Stone, traduit de l’anglais par Samuel Todd, Série Noire, Editions Gallimard, 2011

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