Morte la bête de Lotte et Soren Hammer

Au départ, on craint le pire, ça se passe en Scandinavie, un crime horrible, une fille qui fait des reproches à son père policier (ce sera heureusement vite mis de côté), un style passe-partout, un groupe de flics dont chacun a un caractère précis qui bougera peu, on pense se trouver face à un clone de Camilla Läckberg, faiseuse de best-seller sans intérêt de la même édition Actes Sud/Actes Noirs, mais le livre est mieux que ça.
On ne trouve pas chez Lotte et Soren Hammer, ce qui est insupportable chez Läckberg, ces longs passages mièvres et moralistes sur la famille du héros qu’on croirait sortis de magazines dits féminins et ces enquêtes qui jouent sur un mystère construit artificiellement, là le style n’est guère mieux, il est illustratif, ni nul ni prenant, par contre les auteurs nous immergent dans une intrigue forte et tenue dont le déroulement est bien menée.
L’idée du livre de prendre à bras le corps le sujet de la pédophilie est intéressante, c’est un thème récurrent dans les thrillers à sensation mais là, ils dépassent leur sujet : des meurtres sont commis dont les victimes sont des pédophiles, les meurtriers jouent la carte médiatique et politique pour faire que la société devienne plus répressive. Nous suivons des policiers qui doivent enquêter sur ces meurtres et aussi se coltiner une opinion publique de plus en plus hostile qui prend partie pour les assassins et qui va mettre des bâtons dans les roues des enquêteurs, cela crée une tension et un intérêt croissant, on a l’impression d’être avec les flics qui nagent à contre-courant face à cette population qui prend goût au lynchage. Ainsi le fait que la pédophilie soit un sujet rabattu devient un des enjeux du livre et même si l’intrigue s’effiloche sur la fin, il montre assez efficacement comment un fascisme rampant peut naître sur le dos de ses monstres des temps modernes que sont les pédophiles, comment on peut détourner les gens d’autres enjeux en les prenant pour boucs émissaires.
Les auteurs ne font pas dans le spectaculaire ou les rebondissements incessants, ils nous donnent les clés assez vite, ne cherchent pas à jouer contre le lecteur, l’intérêt n’est pas dans le « qui a tué ? » mais plutôt dans le comment les flics vont se dépatouiller des différentes embûches qu’on leur met, nous ne sommes pas laissés à l’écart ou manipulés par les auteurs. La surprise, le retournement de situation est souvent une facilité du roman noir pour créer une attention superficielle, Lotte et Soren Hammer n’ont pas besoin de ces ficelles pour nous amener à les accompagner.
Dommage que le style soit aussi plat et scolaire, si l’écriture avait été aussi resserrée et précise que l’histoire, on aurait été face à un grand livre.
Morte la bête de Lotte et Soren Hammer, traduit du danois par Andreas Saint-Bonnet, Actes Sud/Actes noirs, 2011

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