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Dernières nouvelles de Noela Duarte, José Manuel Fajardo, José Ovejero, Antonio Sarabia, traduit de l’espagnol par Claude Bleton, Editions Moisson Rouge, 2009

Un personnage, trois auteurs, six passages, un personnage vu par les yeux de ceux et celles qui l’ont croisé, bref un exercice de style, mais l’avantage c’est que cela ne s’arrête pas là.
Chaque passage est une sorte de nouvelle, même si ce même personnage les traverse. Si l’ensemble est un peu inégal, il y a suffisamment de passages intéressant pour que cela mérite notre attention.
L’héroïne du livre est Noela Duarte qui ressemble plus à un fantasme (la photographe, belle, dur, froide, indépendante qui fascine tous ceux qui la croisent…) qu’à une personne réelle.
La meilleur nouvelle est celle se passant à Sarajevo, l’écriture est sèche, un sniper voit dans son viseur Noela Duarte qui vient photographier la guerre, il ne peut se détacher d’elle, oubliant de tuer les passants, il commence à tuer le personnel proche d’elle pour capter son attention, Noela Duarte étant photographe ne peut s’empêcher de prendre en photo ces cadavres qui tombent autour d’elle, va-t-elle comprendre que ces morts ne sont pas un hasard ? il y a alors un jeu sur le regard, sur qui chasse l’autre, etc. Une idée simple et riche, une écriture tendue, puissante, cette nouvelle est impressionnante.
Les autres nouvelles sont moins fortes mais restent riches, l’écriture est vive, directe, phrases courtes, langage proche du parlé (souvent ce sont des récits de quelqu’un s’adressant à la police ou à Noela directement), l’idée du photographe correspond évidemment à la thématique du livre sur une personne montrée dans de nombreuses angles différents, sur l’idée qu’on peut photographier quelqu’un mais qu’on en sait guère plus ensuite, qu’on n’obtiendra toujours que des brides, des morceaux épars. Elle restera toujours le même fantasme. Un livre assez théorique tout en étant plaisant à lire.

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Les poteaux de tortures, Abdel Hafed Benotman, Rivages/Noir, 2006

Nous avons dit tout le bien qu’on pensait de cet auteur et on va continuer avec ce recueil de nouvelles. Nous lisons un certains nombres de romans noirs, parfois très bons, souvent intéressants mais un peu tièdes. Ce n’est pas le cas ici.
La noirceur vous prend directement, physiquement. On pourrait parler de poèmes noirs plutôt que de nouvelles noires. Une sorte de mauvais sang contemporain.
Ces nouvelles/ poèmes noirs tournent souvent autour de l’enfermement, au sens direct de la prison, mais aussi l’enferment dans une tête, l’enfermement dans la société en général. Et comment la rage se fracasse sur ses murs, tente de les exploser. Benotman n’est pas du genre à prendre des gants pour cela, ça mord, ça chie, ça cogne. On se dévore l’un, l’autre. Ça parle de cannibalisme, d’automutilation, de suicide, de fantasmes sexuels, etc. Le corps comme dernier territoire lorsque le monde, la société te restreint, te réduit, t’étouffe en permanence.
On verra après ce qui résiste, ce qui a le mérite de résister. En sort étrangement une tendresse en creux, une tendresse qui n’a aucune place, mais dont l’absence se déverse, emplit tout le vide qui reste quand tout a été ravagé. Ainsi dans une lettre magnifique adressée à sa mère par un homme qui décide de se suicider.
L’écriture est très viscérale. Une écriture qui joue avec les mots, qui utilise les aphorismes, qui introduit des couplets de chansons dans le texte, une écriture qui travaille sur les sensations, qui part des tripes, de la gorge, de la bite, qui essaient de détruire à toute force les murs. Benotman ne cherche pas la clarté, le joli, la belle structure propre, non, tout doit trembler, même les fondations.
Ça déborde, et même les défauts (quelques métaphores trop filées par exemple) font partie de ce débordement, donnent un ton, un trop plein, une densité, un style propre à cet écrivain important qu’est Abdel Hafed Benotman.

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Les Forcenés, Abdel Hafed Benotman, Rivages/Noir, 2000, paru d’abord aux éditions Clô

Des nouvelles, très noires, très angoissantes, où la tendresse affleure souvent mais ne peut jamais arriver, laissant la violence seule se déchaîner.On trouve dès ces nouvelles l’amour de Abdel Hafed Benotman pour les mots, elles sont proches de la poésie, certaines très réalistes et quotidiennes, d’autres surprennent par une sorte de violence hallucinée.

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Intérieur Nord, Marcus Malte, Editions Zulma, 2005

Soit un recueil de quatre longues nouvelles. Des histoires de deuils qui ne peuvent se faire, des histoires d’amour qui auraient pu avoir lieu, ou qui finissent dans le sang. Autant j’avais des réticences sur « La part des chiens » le précédent livre de Marcus Malte, très bien écrit mais qu’un trop plein de monstruosité rendait presque indigeste même si on y trouvait un ton, une force, une vision et de très beaux passages.
Dans ses nouvelles Malte fait preuve de plus de simplicité tout en conservant la maîtrise de son style. Quatre histoires donc qui parlent d’individus qui ont tout perdu, perdent tout, un monde de tristesse et de désolation servies par une écriture sèche et froide comme le Nord, comme la mort.
Des histoires qui restent en nous une fois le livre fermé, parce que les personnages que Marcus Malte décrit existent, vivent même si ils survivent plutôt, ont de l’épaisseur, ont une réelle consistance, on se souvient d’eux, on les rencontre, on les garde avec nous comme si on les avait vraiment rencontrés, tout cela est dû à l’écriture de Marcus Malte, qui par petites touches, loin de l’emphase, de la caricature, les accompagne avec justesse et tristesse.

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Leçons de ténèbres, Léo Lamarche, Edition Noir Délire, 2004

Les leçons des ténèbres sont des nouvelles très noires sur la naissance, la vieillesse, le passage du temps, la mort, la solitude, le suicide, les liens violents de la famille. Des thématiques que l’auteure aborde frontalement avec les tripes, le corps, elle sait décrire les mouvements internes de ses personnages, mouvements mentaux et physiques, ces corps qui parcourent souvent des lieux froids et monotones (hôpital, trains…).
Le tout compose un ensemble glaçant et inégal, certaines nouvelles, de la violence de la fille battue de la première à l’ultime sur une femme qui ne veut pas aller en maison de retraite, sont très touchantes.
Le style est foisonnant, riche, très écrit, sur quelques passages, Léo Lamarche semble se regarder écrire, mais le reste du temps on sent un réel sens poétique qui sait transcrire la noirceur du monde.

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Mythologies Souterraines, Stéphanie Estournet, Série Noire, Gallimard, 2003

Ce livre comprend une histoire courte entrelardée de nouvelles qui ont toutes pour sujet le métro, ses habitants, ses passagers, ses mythes, etc.
L’histoire qui apparaît en pointillés est ce qu’il y a de plus faible dans ce livre, du fait d’un personnage de marseillais caricatural et pas toujours crédible et d’un monde de la cloche, mieux décrit par exemple dans « Noir Rivage » de Demure, mais le final est flou et touchant, d’une précision désespérée.
Pour les nouvelles, Stéphanie Estournet varie les temps, les personnages, les points de vue, certaines sont rapides avec une chute surprenante, d’autres sont des tranches de vie qui pourraient continuer telles quelles après la nouvelle, certaines histoires rebondissent d’une nouvelle à l’autre. On sent une grande maîtrise, une grande habilité, l’auteur nous montre l’étendue de sa palette. Certaines nouvelles sont percutantes (par exemple celle sur les dealers qui finit par « Merde, Martial, c’était mon meilleur pote. ») d’autres plus tendres, toutes savent éveiller un intérêt. Peut-être veut-elle trop nous montrer l’étendue de son talent en changeant sans cesse de forme, de dispositif, mais cette multiplication des points donne une vue globale et un effet de froide objectivité.
La lecture de ces nouvelles à la suite crée un malaise dû à la vision d’un monde où la peur et la violence sont omniprésentes, une vision angoissante du monde souterrain, avec des réminiscences fréquentes des guerres coloniales, que l’auteur évoque plusieurs fois, peut-être en échos d’une haine de l’autre, d’une violence qui perdure.
L’ambiance du métro, de la promiscuité est très bien rendue dans ce livre claustrophobe et paranoïaque.
Un recueil de nouvelles ludique et tendu sur les dessous de notre société déshumanisante.

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