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J’ai confiance en toi, Francesco Abate, Massimo Carlotto, traduit de l’italien par Laurent Lombart, Editions Métailié

Le titre de ce livre est emprunté à une chanson italienne et doit être pris dans un sens ironique puisqu’il s’agit de raconter un monde où l’on ne peut faire confiance à personne. On suit le parcours d’un petit dealer qui se retrouve à trafiquer de la bouffe avariée à force de trahison, mensonge, soit la description d’un ambitieux qui travaille avec méthode, précision et dont la vie va merder pour  des raisons subalternes et annexes.
On est pris dans la logique de ce héros qui est un salaud mais pas pire que les autres. C’est écrit avec humour mais sans mépris, on s’attache presque à cette crapule qui veut juste réussir dans la vie. On pense parfois aux Affranchis de Scorcese, soit l’histoire d’un homme qui ne veut pas être un plouc, les auteurs ont la même énergie que le cinéaste, ça va vite, le rythme est prenant, l’écriture d’une grande fluidité change de niveau de langage habilement, les auteurs ont le sens de la formule, de la phrase qui percute au bon moment, l’ensemble a du souffle. Si le ton est moins désespéré que dans de précédents livres de Massimo Carlotto, le fond est proche, c’est à dire comment s’en sortir dans un monde capitaliste dont la logique de compétition mène les hommes à s’écraser les uns, les autres, qu’on soit dans l’illégalité ou non.

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Verre froid, Piergiorgio Di Carra, traduit de l’italien par Serge Quadruppani, Métailié Noir, 2007

L’histoire est classique, un flic est muté en Calabre et doit affronter la mafia calabraise, la ‘Ndrangheta, qui a fait parler d’elle cet été suite à des règlements de compte. L’auteur ne cherche pas à construire une histoire originale, au contraire, cette enquête est comme dévitalisée, le héros la mène parce qu’il doit la mener sans qu’on sente de véritable enjeu, avec une description très technique, morne, des différentes procédures policières, ces temps d’attente, ces filatures, rien d’héroïque là dedans. Les flics font leur travail, rien d’autre.
C’est ce qui est étrange dans ce livre, le ton est gelé, le héros ne se livre pas, même si on sent une violence sourde en lui, un désespoir profond. Cela crée une frustration, on se retrouve face à une tension qui ne demande qu’à exploser mais qui n’explose pas. L’écriture est très froide, elle aussi, très sobre, avec très peu d’effets, juste quelques jaillissements de tristesse face à une impossibilité de vivre.
Cela donne un livre qui n’est pas vraiment aimable, qui ne permet pas au lecteur de s’immerger facilement.
Mais un sentiment perdure une fois le livre fermé, le sentiment d’avoir frôlé un univers et un personnage qui ne laisse pas de prise, qui est coupant. Il faut accepter cette noirceur, cette enquête éteinte pour pouvoir être touché, mais cela vaut le coup d’être tenté.

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Mafiya, Bernard Dufourg, Les Contrebandiers Editeurs, 2006

Ce livre ressemble un peu à un vieux roman d’espionnage, une prostituée russe, un héros reporter, des réseaux qui permettent au héros de sortir de la Russie…
Il se compose en deux terrains principaux : la Russie et le pays Basque et la question est à quel moment nous allons de l’un à l’autre. Un roman avec une structure à plusieurs voix qui relancent l’intrigue, on sait depuis le début que ça va se croiser, qu’il y a une somme d’argent qui devrait faire le lien entre les différentes affaires (le héros et une prostituée russe en fuite, et son fils en conflit avec des gangsters locaux) et le jeu est de trouver à quel moment ça va se lier, se regrouper et de quelle façon.
L’écriture n’est pas très marquante, mais les descriptions des lieux, des atmosphères sont assez justes, par contre à deux, trois moments, les relations entre les protagonistes frisent la mièvrerie.
Un livre qui reprend ce côté roman « populaire », presque feuilletonesque qui n’a pas peur du cliché, le principe est un pur principe de plaisir, un livre plutôt ludique ni renversant, ni désagréable.

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Qui est Lou Sciortino ?, Ottavio Cappellani, Traduit de l’italien par Serge Quadruppani Métailié, 2007

La mafia, son décorum, les règles à suivre qui ne fonctionnent plus, les codes d’honneur qui fait qu’on se tue sans qu’on comprenne totalement les tenants et les aboutissants, sont le centre de ce livre ironique.
L’auteur joue sur les clichés de la mafia, où comment des vieux gangsters essaient de faire tenir la baraque, la tradition.
On assiste à un conflit de génération, un groupe de jeunes essaie d’éviter les dictats de l’oncle Sal qui règne en maître sur sa famille.
Un monde qui disparaît mais l’auteur évite la nostalgie, au contraire, il montre le ridicule de tout ça.
Le style est très vivant, mélange de dialectes, de mots en anglais, en italien traduit par Quadruppani on imagine avec beaucoup de difficulté.
On a parfois du mal à suivre, du fait du nombre de prénoms différents à retenir, tous ces personnages qui font de ce livre un portrait d’un milieu.
On suit un univers rythmé par ces barbecues (le fameux « babbequiou ») pendant lesquels tout se passe.
La richesse de ce livre se trouve dans les seconds rôles, ces seconds couteaux qui assistent au désastre et au crépuscule d’un univers brutal.

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Adelante, Andrej Longo, traduit de l’italien par Françoise Brun, Editions Liana Levi, 2004

Le portrait d’une famille autour d’un pizzaïolo qui refuse de céder au gangster local. Des multiples personnages (le pizzaïolo, sa fille qui veut devenir une star, le parrain local et son fils) se croisent jusqu’à l’affrontement final. Parabole sur la mafia (le méchant est appelé le Piranha), sur le fait d’y résister, voire parabole sur l’oppression et la résistance
.Roman court, rapide, enlevé qui se concentre sur l’essentiel, construit sur une alternance de point de vue, technique classique qui permet de capter l’attention puisqu’à chaque fois le rythme est relancé. Agréable à lire, on a envie d’en savoir plus.
Les personnages sont attachants, bien définis.
Une écriture simple, qui maintient à distance, mais qui manque un peu de force, de conviction, agréable mais sans plus, parfois maladroite. Cette écriture tend à rendre l’ensemble anecdotique alors que le tout aurait pu avoir plus d’ampleur. Ça divertit sans laisser beaucoup de traces.

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