Archives par mot-clef : L’écailler du Sud

Sournois, Alexandre Clément, L’Écailler du Sud, 2007

Un adolescent qui grandit dans une cité et qui essaie de s’en sortir, le résumé de ce roman est simple. Mais au-delà de quelques clichés (la jeune d’origine Arabe en bute à sa famille et à son frère islamiste et voyou) l’auteur a un ton très personnel, grâce à une écriture proche du langage parlé qui est forte, surtout il évite d’abuser du langage argotique passant mal à l’écrit, Alexandre Clément sait doser cela, donne un rythme à son roman, crée une écriture rentre-dedans et efficace. Le héros surtout nous emporte, dans un discours désabusé et haineux sur presque tous les habitants de la cité, il arrive à nous toucher. Ce personnage ni héros, ni véritable loser qui semble apathique, ballotté, manipulé et qui au final suit sa ligne, fait ce qu’il désire, est nuancé et intéressant. On trouve une vraie méchanceté mais aussi beaucoup de tendresse et ce mélange donne son originalité à Sournois.

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L’étang, Thomas Labat, L’Ecailler du Sud, 2006

Livre court, froid, intéressant.
Un roman à plusieurs personnages qui de près ou de loin vont se croiser. Des personnages qui sont tous en rupture, avec leur famille, avec la société, avec le passé. Ils vivent dans le souvenir, et tout semblent les mener à un étang où tout se joue et où tout s’est joué.
L’auteur sait créer un mystère, on a envie de suivre l’histoire, d’en apprendre sur les différents personnages, sur ce qu’ils cachent…
Thomas Labat travaille le style, cherche une certaine sécheresse, les mots sont choisis, quelque fois un peu trop mais globalement son écriture nous emporte. Il construit son histoire par parcelles, en nous donnant des bribes d’information, nous laisse la liberté de construire avec notre propre imaginaire, de tisser les fils.
Les lieux, les rencontres entre les personnages, l’ambiance du livre sont envoûtants, c’est un livre qui laisse une atmosphère étrange une fois refermée.

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Rouge, paire, impasse, Ysa Dedeau, Ecailler du Sud, 2006

Le mensonge est le sujet de ce livre étrange. Un homme fait croire à des femmes qu’il est un documentariste pour la télé. L’intrigue est presque dévoilée dès le départ comme si l’important était ailleurs, l’histoire est en partie inspirée de l’affaire Romand (cet homme qui a fait croire qu’il avait un bon travail alors qu’il était au chômage), soit comment quelqu’un s’invente une vie rêvée pour séduire mais pris dans de nombreuses contradictions, se retrouve dans une impasse meurtrière.
Ce qui intéresse Ysa Dedeau c’est de multiplier les angles de vue, le héros, le flic qui enquête, une victime de la mystification… Cela donne un roman sans réelle évolution, plutôt un roman d’ambiance dont l’écriture parfois heurtée, parfois plus délayée, en tout cas habile qui crée le rythme, donne une réelle densité à cette histoire, et compense l’absence d’enjeu.

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Crédit revolver, Luc Baranger, Ecailler du Sud, 2006

Ça pourrait être une biographie, la vie d’un insoumis, sa révolte, le désir de la lutte armée, la trahison, la prison, la « réinsertion », la vengeance. Une histoire qui commence à un très bon rythme, comme un sprint, jusqu’à ce que le personnage se retrouve en prison après avoir été dénoncé. Cela crée une rupture dans le livre, dont le rythme se ralentit.
Ça pourrait être une ballade peuplée de paumés, de personnages en marge. Une ballade qui passe par le Nord de la France, le Canada, une île du Pacifique Sud. On ne sait pas toujours où l’auteur nous mène, ce qui est plutôt stimulant, mais il nous perd souvent en chemin, toutes les péripéties ne maintiennent pas autant l’attention.
Ça pourrait ça ou autre chose, le problème de ce livre est que l’on ne sent pas une motivation très forte de la part de Luc Baranger.
L’auteur aime jouer avec les mots, déroule une écriture riche, faite de longues phrases qui nous embarquent souvent, un vocabulaire varié qui joue avec l’argot, le québécois, etc. qui nous plonge vite dans son univers, même si parfois il en fait trop.
Un livre globalement attachant qui aurait pu être plus resserré.

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Un roman pour midinettes, scènes cruelles, Thierry Reboud, L’écailler du Sud, 2002.

Un homme, Deogratias Martin, n’aime pas les enfants qui font du bruit, des mimiques, ça l’énerve alors il les tue. Ainsi peut-on résumer ce roman limpide et très drôle.
Ca commence rapidement et l’auteur arrive à relancer sans cesse le rythme de ce road movie d’une grande simplicité. Les personnages sont tracés avec richesse, en commençant par le  » héros  » ce tueur d’enfant tellement banal que personne ne le voit, ne peut faire son portrait robot, des idées astucieuses comme celle-là le livre en fourmille, comme cette scène hilarante entre Deogratias et un pédophile, ou ce road movie où le tueur ne cherche pas à fuir puisque il ne se sent pas coupable, en face de lui les flics qui vont suivre sa trace sont aussi très amusant dans leur désœuvrement. Bref c’est vivant, l’humour noir, grinçant, méchant et mal élevé de Thierry Reboud fait merveille, ça tape dans tous les sens, c’est parfois n’importe quoi. Le style est à l’avenant, une forme punk, on trouve de tout : jeux de mots, jeux avec les mots, utilisation d’expressions connues détournées, phrases alambiquées, vieilles argots et mots savants mélangés à des expressions plus modernes, de l’anglais écrit phonétiquement, digressions, adresses aux lecteurs, tout ça pourrait faire un pâté indigeste mais l’énergie de l’auteur transforme cette matière en un tourbillon, il semble se foutre de la grammaire, de la syntaxe comme de sa première chemise mais au final impose un style personnel fait d’un je-m’en-foutisme apparent.
Ce livre est une insulte aux intrigues bien ficelées, ce livre est une insulte au bon goût, ce livre est une insulte à la grammaire, ce livre est une insulte aux associations de protection de l’enfance, ce livre est un très bon livre. En ces temps de retour à un ordre morale bien pensant,  » roman pour les midinette, scènes cruelles  » fait du bien.
Même si le monde qui y est décrit en filigrane est un monde violent fait de petites vies grises et de grandes solitudes. La noirceur n’est jamais loin.

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