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Même pas Malte, Maïté Bernard, Editions Baleine, 2010

Ce livre est un peu comme une poupée russe, c’est un hommage à Marcus Malte qui avait écrit le Poulpe le Vrai con Maltais , dont Maïté Bernard reprend le personnage de Brigid, c’est aussi un hommage au Faucon Maltais de Hammett comme l’était le Poulpe de Malte, c’est aussi un jeu avec le Poulpe qui est un personnage mou et en retrait par rapport à la réelle héroïne qui est Brigid. Les références se croisent, sont cachées les unes dans les autres. Ce personnage de Brigid pourrait être ainsi être joué par Lauren Bacall l’héroïne cinématographique du Faucon Maltais.
Bref un livre joueur et plutôt rythmé, l’intrigue, basée sur une histoire de vase afghan, nous emmène dans les milieux de l’art, dans les trafics qui ont suivi la guerre en Afghanistan, on s’y perd assez vite, mais cela importe peu, l’ensemble a un côté feuilletonesque sympathique.
L’écriture est vive, joueuse, rapide, les dialogues efficaces pour ce livre amusant et léger qui ne cherche pas à être autre chose qu’un roman de gare joyeux et énergique.

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Romain Slocombe, 2005

L’entretien a eu lieu au festival Pas Serial s’abstenir sur le roman noir de Besançon, festival dont l’ambiance est très sympa. Romain Slocombe semble à priori plutôt timide et discret mais se livre à l’exercice de l’entretien avec beaucoup de générosité.

BM : Comment êtes-vous arrivé au roman noir ?
Romain Slocombe : J’ai beaucoup aimé la littérature policière ou le roman noir, les choses un petit peu sombres, qui faisaient peur. Je lisais Sherlock Holmes, Arsène Lupin, quand j’étais au lycée, ou même avant, ça été par période, après j’ai eu une période littérature d’horreur, et de science fiction aussi, et puis quand j’avais peut-être environ 20 ans, j’ai lu énormément ce qui sortaient dans la collection « Carrée Noire », surtout les James Hadley Chase, et puis certains grands romans noirs américains, d’Horace McCoy, de Jim Thompson, j’ai eu ma période et ça m’est resté quelque part, après j’ai eu un parcours assez divers, parce que j’ai fait de la bande dessinée, j’ai fait de l’illustration, etc., et j’ai écrit un roman noir mais c’était vraiment un truc que j’appelle intermédiaire, c’était en 82-83, j’avais 29, 30 ans, j’ai écris une nouvelle assez sombre qui se passait à Londres, et quand j’ai fini la nouvelle, je me suis rendu compte que ce n’était pas fini. C’était l’histoire d’un mec qui avait agressé une fille, sa voisine dans un squat de Londres où il habitait, c’était un artiste américain qui avait été GI, qui avait déserté et qui vivait dans ce squat, et tout à coup, je me suis dit mais que se passe-t-il ensuite ? Il se barre de ce squat, mais qu’est-ce qu’il va lui arriver dans Londres ? Et tout à coup je me suis dit, bon, c’est pas fini, et j’ai écrit le chapitre suivant et le chapitre suivant, etc. et c’est devenu un bouquin et j’ai rajouté un chapitre tout au début pour faire une sorte d’amorce, de flash-back. A l’époque, je dessinais beaucoup dans Métal Hurlant, et il sortait des collections de livres, ils avaient édité Hubert Selby Junior, Eric Ambler…, il y avait de l’espionnage et du roman, noir si on veut, américain, ils avaient une collection qui s’appelait Autodafé où il y avait du texte et de l’image, et c’était Fromental, un copain qui dirigeait la collection, je lui ai passé le texte, il a dit « tu t’es bien démerdé, super, je ne savais pas que tu écrivais », il m’a publié tout de suite, dans la foulée j’ai fait les illustrations, et ça s’appelait  Phuong-Dinh Express, c’est sorti en 83 ensuite j’ai fait quelques romans jeunesses au milieu des années 80. Quand Patrick Raynald a pris les rênes de la série noire, en 91, c’était l’époque où j’allais beaucoup au Japon, il m’est arrivé pas mal de trucs assez insolites là-bas, et vers 93, j’avais une expo, il était venu, et il m’a demandé de faire un polar se passant à Tokyo, alors j’ai commencé à y réfléchir un petit peu, et ça n’a en fait rien donné, mais six ans plus tard, en 99, une amie m’a demandé de faire un roman contemporain assez court se passant à Tokyo, et j’ai commencé, et c’est devenu de plus en plus polar, et comme chez Denoël finalement ils ne l’ont pas pris, je l’ai porté à Patrick Raynald qui m’a dit c’est exactement le bouquin que je t’avais commandé il y a 5 ou 6 ans, il m’a dit « ne le montre à personne, je le publie le plus vite possible » et c’est sorti assez vite, et comme j’ai eu l’idée de faire une tétralogie avec le même personnage récurrent Gilbert Woodbrooke, du coup les autres livres ont suivi après celui-là. Continuer la lecture

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Plaine de bruit et de fureur, Jean-Pierre Bastid, Le Masque, 2002

Un livre bilan. Un livre jeu. En parallèle l’histoire de Jimmy Bagouille dit le Pouacre, dit Jibè à deux moments de sa vie : deux ans auparavant alors qu’il se retrouve à enquêter sur une sombre histoire qui mêle une intrigue politico-financière à des meurtres racistes et aujourd’hui où il sort un livre sur cette affaire, livre qui a un certain succès.
Bref un roman avec mise en abîme entre un auteur qui parle de son livre et en parallèle la description de l’enquête qui a mené au livre, un roman noir avec une intrigue, une construction et le commentaire sur ce roman noir, sa sortie, sa promotion.
C’est un livre qui désarme la critique, puisque Bastid prend un malin plaisir à la devancer.Le début est très efficace, impressionnant, de même la fin est surprenante, toutes les parties qui concernent la sortie du livre sont amusantes, on trouve des clins d’œil (le personnage principale appelé Jibé ou le Pouacre, en référence à un célèbre auteur de polar créateur du poulpe…), quelques piques envoyées aux auteurs noirs en général, qui se réfugient souvent dans un antifascisme consensuel… Donc intéressant parce que Bastid n’est pas un débutant et ses réflexions acides sur le genre sont plutôt rafraîchissantes (voir les quelques lignes sur le Poulpe en justicier social démocrate) même si on devine que de nombreux éléments nous échappent au risque de la Private Joke. Intéressant aussi la nonchalance de l’ensemble, le héros est un type plutôt tranquille, un gagne petit et son histoire d’amour avec une productrice de journaux féminins aux dents longues sonne juste et tendre.Où je suis plus réservé c’est sur l’intrigue proprement dite, une histoire de crime raciste, d’affaire immobilière véreuse, et de prostitutions de femmes de l’est, tout cela n’est pas très originale, et comme l’auteur le dit lui-même il tombe et refait ce qu’il dénonce (c’est bien le problème on pense un truc négatif et hop un personnage fait la même réserve), on se demande parfois si tout ça n’est pas du foutage de gueule rigolard, si ce n’est pas une démonstration où l’auteur fait le type même de livre qu’il dénonce… Avec son justicier (même si celui paraît un peu lymphatique), ses méchants fachos, son héroïne mignonne et faussement naïve, ces roms avec leur propres règles, cette scène d’amour à trois pas du tout crédible, on est toujours à la limite de la parodie, de même au niveau du style parfois très écrit, parfois à la limite du cliché.
Alors soit Bastid est sérieux quand il déroule son histoire qui manque singulièrement de piment et de rythme (essentiellement des scènes de dialogues souvent trop souligné…) soit il se moque de ça, mais on est obligé parfois de se taper des pages et des pages mollassonnes. Heureusement les allers-retours entre le présent et le passé coule bien.
Et on trouve en plus une petite chronique bibliographique qui nous éclaire sur l’auteur et nous confirme que c’est un livre qui fait le bilan de la période néo polar française, un bilan légèrement désabusé, critique mais qui permet d’envisager un renouvellement.

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Un nain seul n’a pas de proches, Thierry Reboud, Le Poulpe, Baleine, 1999

Le Poulpe enquête sur le meurtre d’un nain bosniaque. Aidé de militants antifascistes il se retrouve à devoir affronter des nationalistes serbes.
On retrouve les ingrédients du Poulpe, les repères : de méchants fascistes, de gentils gauchistes, le Poulpe en justicier… c’est documenté sur la Bosnie, le livre est bien construit. Un roman qui tient la route et qui ne brille pas par son originalité, mais est-ce le but quand on écrit un Poulpe ?
Le Poulpe dans ce livre paraît toujours freiné par ses alliés, il semble vouloir foncer mais est sans cesse bridé. Un peu comme Thierry Reboud ?

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