Archives par mot-clef : La Noire
Kem Nunn, Le sabot du diable, traduit de l’étatsunien par Jean Esch Gallimard, La Noire, 2004
Une histoire de surf, d’indiens, de magie.
Avec des personnages intéressants, ainsi cet ex surfeur devenu un photographe un peu loser, cette jeune femme au bord de la folie, ce flic indien qui essaie d’éviter que tout se détériore.
Le livre raconte l’histoire d’un photographe qui part prendre une photo d’un ancien surfeur qui va « rider » une vague immense dans un coin paumé. Ce coin étant en territoire indien… Et les événements vont s’enchaîner jusqu’à la catastrophe.
La structure est classique, elle suit plusieurs personnages de façon alternative et irrégulière, qui ne cessent de s’éloigner et de se retrouver dans une nature hostile avec des indigènes hostiles, eux-aussi.
La nature est plutôt bien décrite, la météo aussi, on a froid avec eux. Mais sinon on s’ennuie un peu, à moins d’être passionné de surf peut-être. L’écriture parvient à faire vivre les lieux, mais beaucoup moins les personnages, avec quelques phrases assez limites genre : « Mais elle n’était pas allée bien loin. Il l’avait prise rapidement, avec une force terrible. Elle avait été prise d’une autre façon ensuite, mais plus tard, ailleurs, sur un matelas crasseux. », des formules pas toujours heureuses, une certaine répétition dans les termes, et les descriptions des vagues, du temps, des nuages, etc. lassent un peu. On perçoit l’enjeu très vite, et on perd l’envie de s’accrocher. Ce livre ne sort pas du lot commun des thrillers à l’américaine.
Mais si vous aimez le surf, rider des vagues super hautes, les corps musclés et bronzés avec des tatouages, les photographes has-been mais toujours pros, la nature déchaînée, les Indiens qui ont des visions, ce livre est peut-être fait pour vous.
L’île de l’Ange Déchu, Carlo Lucarelli, Gallimard, La Noire, 2002
En 1925, sur une île d’une Italie où le fascisme s’installe, un commissaire qui ne fait pas de politique mais qui prend son métier à cœur doit enquêter sur la mort d’un chemise noire. Son travail va se retrouver freiner par le chef de la milice, une brute épaisse…
Le personnage principal de ce livre est cette île sombre, soumise aux intempéries et qui paraît loin de tout. Les descriptions précises de l’auteur sont de toute beauté, nous font ressentir la claustrophobie des lieux, le vent qui souffle, la tempête, ce genre de chose, qui sont aussi une métaphore sur le fascisme qui s’empare de l’Italie. L’écriture est très belle, très classique, assez peu roman noir, avec beaucoup de travail sur les couleurs, les sensations, on se sent sur cette île où l’arbitraire règne.
On trouve aussi un très beau personnage de flic lent, pas très fin, mais persévérant, et dont la femme ne pense qu’à partir de ce lieu qui la rend folle, un héros malgré lui émouvant. L’auteur décrit un homme qui lutte alors que tout est déjà fini, sa quête ne sert pas à grand chose, juste cette homme veut rester droit, tant pis si pour cela il sacrifie sa vie, son couple, tant pis si c’est déjà trop tard. Le milicien à qui le héros s’affronte est lui aussi plutôt fouillé, il a un passé, une histoire qui lui donne du relief.
L’intrigue est très bonne, on ne sait pas trop ce qui peut se passer et la fin est réellement surprenante, le tout sur un rythme volontairement lent. L’important pour Lucarelli est l’atmosphère et à ce niveau là c’est très réussi.
Publié dans Carlo Lucarelli, Critiques, k-l
Marqué avec Carlo Lucarelli, fascisme, La Noire
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Est-ce que Est-ce que les aveugles sont plus malheureux que les sourds ?, Alain Gagnol, La Noire, Gallimard, 2000
Une bande de jeunes à la sortie de l’adolescence, avant l’entrée dans le monde adulte, soit la description d’un passage de la grisaille à la grisaille. Ce groupe traîne de beuveries en soirées ennuyeuses, de bastons en baises saumâtres. Les coups pleuvent sans raison, la haine jaillit d’un rien, pour tromper l’ennui. Un vague projet de meurtre sur l’amante du héros tient lieu d’occupation, d’excitation molle.
Comme pour ses autres romans, Gagnol conte l’histoire d’individus pour qui c’est déjà trop tard, pour qui la vie est bloquée par des rémanences du passé, de l’enfance et qui luttent pour s’en sortir, pour renaître en eux-mêmes. Le style renforce cela, avec des phrases courtes, heurtées, une impression de répétition, une difficulté à avancer avec quelques envolées, comme des trouées dans ce monde étouffant. Le vocabulaire est volontairement limité, tout en étant comme toujours avec Gagnol, très précis, les dialogues sont extrêmement réalistes et vivants dans leur absurdité et leur désespoir caché.
Pour les descriptions, on tend aussi à l’abstrait, des cubes, des blocs de béton qui pourraient être posés n’importe où, traversés de lignes, les rails d’un train, promesse d’un ailleurs peut-être meilleur, loin de l’enfermement, loin de cette vie désespérante. Mais ce ne sont que des espoirs vains, les « expatriés » ne semblent guère plus heureux, pour échapper à la stagnation, le seul chemin ne peut qu’être intérieur. L’épure du style de Gagnol prend alors tout son sens, colle à cette idée de rédemption, se débarrasser des scories pour aller au plus important.
Publié dans Alain Gagnol, Critiques, e-f-g
Marqué avec Adolescence, Alain Gagnol, La Noire
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