Archives par mot-clef : Gangsters
Le serpent aux mille coupures, DOA, Série Noire, Gallimard, 2009
Un bon petit polar qui part sur le principe de la collusion on met un village près de Cahors, des paysans, un noir mal accepté, des trafiquants de drogue colombiens, un fugitif, et on attend de voir comment ça va se rentrer dedans. Procédé souvent efficace et assez jouissif.
Surtout que c’est cohérent avec un des objectifs du livre, de confronter l’idée de mondialisation avec un petit territoire, ce qui donne une vision politique à l’ensemble, un côté « agir local, penser global » qui se coule bien dans le roman, par des actes, des crimes, plutôt que par des discours.
Tout ça est pas mal, l’écriture impulse un rythme avec peu de descriptions, des phrases courtes pour accélérer le mouvement, des dialogues pour expliquer la situation, DOA maîtrise son sujet.
Difficile pourtant d’être vraiment touché, ému, ou angoissé pour les différents personnages, le problème est qu’ils sont ce qu’on attend d’eux, le fugitif, dur au cœur d’or, le couple mixte qui subissent mais qui sont fiers, les paysans racistes, le vieux flic humaniste sur le tard, le tueur sadique, tout le monde semble jouer sa partition sans surprise, presque tous correspondent à la stigmatisation prévue. DOA semble essayer de nous emporter par une violence plus importante (torture, dépeçage) mais c’est une facilité de plus en plus courue dans le polar français, il faut que ce soit un peu trash pour crée une émotion, est-ce toujours nécessaire ? N’est-ce pas un moyen facile d’accrocher le lecteur ? Est-ce vraiment dans ce domaine que l’on doit suivre le thriller à l’américaine ?
Argent brûlé, Ricardo Piglia, traduit de l’espagnol par François-Michel Durazzo, Editions Zulma, 2009
Ce livre suit un groupe de braqueurs à la frontière entre l’Argentine et l’Uruguay en 1965, l’histoire est inspirée d’un fait divers réel, faisant penser à la démarche d’un Truman Capote pour De Sang Froid. L’écriture est belle, riche, des changements de ton, de temps, avec de multiple points de vue, une écriture différente suivant la personne qui parle, des longues phrases qui emportent comme une coulée, une écriture parfois proche du délire, c’est moite, nous sommes tout près de la folie des héros et du monde qui les entoure. La construction est habile, chaque passage est comme un bloc, un braquage, des gangsters en fuite, le siège pour arrêter ces gangsters, vu de différents angles, différents regards (gangsters, flics, etc.), le tout avec des ellipses, suivant d’un temps qui nous paraît dilaté.
Nous sommes plongés dans l’action et la pensée des protagonistes, l’auteur n’a pas peur de nous perdre et nous fait ressentir la confusion d’une époque, il arrive à nous montrer des types hors du monde, brutaux, amoraux qui au final deviennent plus sympathiques que la pression policière et militaire qui se referme sur eux.
Publié dans Accueil, Critiques, p-q-r, Ricardo Piglia
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Une belle histoire d’amour, Philippe Carrese, Fleuve Noir, 2003
Une histoire de malfrats minables dont un qui veut se venger de sa copine, une histoire qui va partir en un délire réjouissant.
Carrese a un grand sens de la construction, l’intrigue en soi a peu d’importance, comme l’auteur on s’en fout un peu, pour lui ce qui compte est le trajet, il nous balade, on ne sait jamais dans quelle direction on va et on se laisse porter volontiers.
Ce livre est une cascade de micro-évènements, Carrese sait rendre ceux-ci intéressants, amusants ou étranges (ainsi la scène du début dans le fast-food ou l’enlèvement de Gisèle très rythmé, au tempo très précis)
Les situations, les lieux, les personnages (du tueur amateur de chansons italiennes au héros, loser fan de jazz pris à contre cœur dans cette histoire en passant par le gangster débile, violent et romantique), sont décrits d’un trait rapide et efficace, des esquisses, des caricatures pleines de vies et d’une sorte de noire tendresse, des personnages qui ne sont pas figés, qui évoluent par rapport au déchaînement d’évènements. On est touché par la romance qui apparaît à l’arrière-plan et malgré l’humour, la violence, on a effectivement droit à une belle histoire d’amour.
Parfois un peu de trop plein (ainsi la cymbale qui traverse Marseille) mais c’est souvent la règle du roman noir délirant (à la Westlake ou Siniac) qui joue sur la profusion et l’absurde.
Le style sait s’adapter à ce genre : riche, à l’emporte pièce, jouant sur différents niveaux de langages, sur différents argots, et cette richesse n’empêche pas la fluidité parce que ce qui importe avant tout c’est le rythme général, avec des ralentis, des accélérations. Un style et un rythme très musical, l’amour de l’auteur pour le jazz n’y est sûrement pas étranger.
Publié dans c-d, Critiques, Philippe Carrese
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M’sieur, Alain Gagnol, Série Noire, Gallimard, 1995
Ce premier livre impose un univers et un style personnels. Un groupe de quatre gangsters viennent de tuer un flic après un coup raté, ils partent à la recherche de la femme de ce flic, témoin gênant, pour la tuer. Parmi ces quatre gangsters, un débutant, surnommé « M’sieur », mal dans sa peau, obéissant sans trop savoir pourquoi, pour être quelqu’un, pour tromper l’ennui.
Premier roman noir de Gagnol, premier coup de maître. Gagnol travaille sur une véritable dilatation du temps, il prend un épisode classique des romans noirs, épisode qui pourrait être expédié en dix pages, soit des petits malfrats qui se retrouvent après un coup foireux et s’enfoncent dans leurs erreurs, et malaxe ce matériel, le distord, le distend pour voir ce que ça peut cracher, ce qu’il y a au fond, ce qu’on peut voir à travers ces clichés retravaillés. Gagnol va à l’essentiel, réduit les évènement à quelques sensations, les descriptions à quelques détails, une vieille ampoule suffit à l’auteur pour décrire des chambres d’hôtel minable, pas besoin de plus. Ainsi débarrasser de tout ce qui l’encombre, Gagnol peut mettre à nu des sentiments, peut essayer d’aller à une sorte de condensé de l’être humain. En commençant par M’sieur, un jeune homme, disciple soumis, embarqué là dedans sans trop savoir pourquoi, qui n’arrive pas à penser, il ressent juste: peur : peur, ennui, colère, odeur, au-delà du bien et du mal, parce que la seule chose qui l’intéresse c’est d’être quelqu’un, d’être accepté et que tout se passe bien.
Publié dans Alain Gagnol, Critiques, e-f-g
Marqué avec Alain Gagnol, Gangsters, Série Noire
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