Archives par mot-clef : Editions Fleuve Noir

Mort in vitro, Martin Winckler, Fleuve Noir, Mutualité française, 2003

Ce livre fait partie d’une collection Polar Santé la Mutualité Française, (ça ne s’invente pas ! ), bientôt une collection Polar et Impôt avec le concours du Trésor Public, ou polar et finance avec le Crédit Agricole ?…
Les intentions sont bonnes : dénoncer les magouilles des grandes entreprises pharmaceutiques. Mais à part les intentions il n’y a absolument rien à sauver dans ce livre.
C’est bien documenté, Martin Winckler montre qu’il connaît bien le monde de la médecine et du médicament, mais cela ne fait pas un roman. L’écriture est précieuse et vieillotte, les personnages sont des clichés sans intérêt, les dialogues sont ridicules, même le choix du nom des personnages est stupide. Les gentils sont gentils et polis, les méchants sont méchants et horreur ! ont des rapports sexuels à plusieurs, mais heureusement les gentils gentils vont gagner contre les méchants méchants.
C’est sûrement une œuvre de commande mal écrite, on se demande à certains moments si cela n’est pas une parodie. Mais quel en serait l’intérêt ? Juste une phrase au hasard parmi d’autres : « Et Clémentine Basileu éclate d’un de ces rires tonitruants qu’on entend sous les tropiques ». Tout est de ce tonneau. La scène d’amour entre le héros et une jolie femme qui le manipule est un sommet d’hypocrisie, de pudibonderie, de nullité, mais comment peut-on écrire comme ça aujourd’hui ? Tout cela n’est pas une raison pour s’énerver mais Martin Winckler (connu pour la Maladie de Sachs et ses prises de positions sur la politique médicale entre autres…) semble utiliser le polar comme une sorte de divertissement sans importance, « je peux écrire de la merde de toute façon c’est du polar ! » ou alors juste comme un vecteur pour donner des cours sur notre société aux imbéciles que nous sommes sans prendre un minimum soin de la forme. Désolé, mais nous n’avons pas la même vision du genre.

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Une belle histoire d’amour, Philippe Carrese, Fleuve Noir, 2003

Une histoire de malfrats minables dont un qui veut se venger de sa copine, une histoire qui va partir en un délire réjouissant.
Carrese a un grand sens de la construction, l’intrigue en soi a peu d’importance, comme l’auteur on s’en fout un peu, pour lui ce qui compte est le trajet, il nous balade, on ne sait jamais dans quelle direction on va et on se laisse porter volontiers.
Ce livre est une cascade de micro-évènements, Carrese sait rendre ceux-ci intéressants, amusants ou étranges (ainsi la scène du début dans le fast-food ou l’enlèvement de Gisèle très rythmé, au tempo très précis)
Les situations, les lieux, les personnages (du tueur amateur de chansons italiennes au héros, loser fan de jazz pris à contre cœur dans cette histoire en passant par le gangster débile, violent et romantique), sont décrits d’un trait rapide et efficace, des esquisses, des caricatures pleines de vies et d’une sorte de noire tendresse, des  personnages qui ne sont pas figés, qui évoluent par rapport au déchaînement d’évènements. On est touché par la romance qui apparaît à l’arrière-plan et malgré l’humour, la violence, on a effectivement droit à une belle histoire d’amour.
Parfois un peu de trop plein (ainsi la cymbale qui traverse Marseille) mais c’est souvent la règle du roman noir délirant (à la Westlake ou Siniac) qui joue sur la profusion et l’absurde.
Le style sait s’adapter à ce genre : riche, à l’emporte pièce, jouant sur différents niveaux de langages, sur différents argots, et cette richesse n’empêche pas la fluidité parce que ce qui importe avant tout c’est le rythme général, avec des ralentis, des accélérations. Un style et un rythme très musical, l’amour de l’auteur pour le jazz n’y est sûrement pas étranger.

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