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Paris blues, Maurice Attia, Babel Noir, 2009
C’est la fin d’une trilogie qui partait d’Alger, passait par Aix Marseille pour finir avec ce livre à Paris, soit l’itinéraire d’un flic d’origine espagnol et traversant la guerre d’Algérie pour vivre les évènements des années 60 en France.
Maurice Attia a pour ambition de mêler les faits historiques et une intrigue policière, et il le fait souplement, ainsi dans ce livre on retrouve les remous qui ont suivit mai 68 avec les maoïstes de la gauche prolétarienne, on retrouve la guerre et Algérie et l’OAS, on évoque Franco, l’Argentine, etc. et aussi le cinéma, la littérature de l’époque, les changements architecturaux de Paris, à part quelques passages plaqués, tous ces éléments s’intègrent à l’ensemble.
La construction à plusieurs voix est original, elle ne suit pas un schéma stricte, de nouveaux narrateurs apparaissent sans qu’on s’y attende, et Maurice Attia sait intégrer ces voix avec fluidité.
L’intrigue est secondaire, l’auteur semble s’en foutre autant que le héros mais ça ne porte pas préjudice au rythme, il ne ménage pas vraiment le suspense, laisse les mystères être résolus par d’autres personnages secondaires. Cette désinvolture, cette nonchalance ajoute du charme à ce livre.
Le problème est le personnage principale qui s’auto-lamente et qui s’aime bien en même temps, c’est parfois lassant et complaisant, de plus le fait qu’il soit toujours dans le commentaire sur ses actes et se conséquences créent une distance dommageable, on voudrait parfois être dans l’action plutôt que dans le commentaire de l’action.
Le livre est décevant par rapport aux maos qu’on ne voit que sous un angle folklorique, comme s’il n’y avait pas de soubassements politiques, sociales à leur lutte, quelque soit l’opinion qu’on peut avoir sur ce mouvement et ses militants. Là-dessus, Attia ne dépasse pas ce que l’on entend usuellement sur la fac de Vincennes dans les années 60, des petits bourgeois qui se piquent de révolution et de libération sexuelle, l’auteur n’y apporte ni nuance, ni complexité.
Est gênant aussi le rapport homme/femme, entre les hommes qui sont soit flic, soit proxénète, et les femmes qui sont pute, fantasme, mère ou folle, toutes les femmes ne pensant qu’à se taper le héros, il y a quelque chose d’assez réac dans tout ça. Ce sombre héros qui souffre de faire souffrir ses amoureuses, qui déprime mais reste quand même viril, ça correspond à une époque, celle du livre, ça fait parfois daté. Cela n’empêche pas d’en faire dans l’ensemble un livre solide et attachant. L’écriture est classique et juste avec une part de trivialité surprenante mais cela tient la route.
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Alger la Noire, Maurice Attia, Babel Noir, 2006
Maurice Attia a écrit un livre dense sur une période sombre et peu connue de la guerre d’Algérie, celle-ci touche à sa fin, et on plonge dans la folie d’une fin de guerre. Un flic veut résoudre une enquête dont tout le monde se fout dans cette période trouble, c’est la trame principale mais l’auteur s’intéresse à de nombreux personnages dont les voix se mêlent avec fluidité et constituent le portrait sensible d’un lieu et d’une époque.
De très beaux personnages comme la mère de Paco qui sombre petit à petit dans la démence. On sent beaucoup de tendresses pour eux. La vie passe dans ce roman où la mort est omniprésente, mais par son regard et son écriture, Attia nous permet de nous attacher à ces êtres pris dans la tourmente, qui face à la violence vont devoir prendre position et évoluer.
Juste, parfois il veut trop en dire, dans ses descriptions comme dans ces notes en bas de page à propos de tous les films cités, les lieux ou les positions sexuelles, ça a un côté professoral qui ne me semble pas nécessaire.
Une construction solide et efficace qui nous plonge alternativement dans les différentes histoires qui au final n’en forme qu’une, celle de la fin d’une guerre, et la folie qui en découle.
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L’inconfort des ordures, Dominique Sigaud, Babel Noir, 2007
Un livre d’une grande tristesse. Une tristesse qui emporte tout. Pas du mélo, du drame, non, juste un monde décevant, des vies froides, blanches comme l’appartement de Justine la prostituée retrouvée morte dans une poubelle.
Il faut un petit temps d’adaptation, tant ce crime inaugural est analysé, décomposé dans toutes ses répercussions, qu’est-ce qu’un corps ? Un cadavre ? Une vie ? Que peut-on ressentir face à ça ? L’auteure nous pose la question à travers son personnage de commissaire qui veut trouver un sens à son enquête pour combler un manque de sens dans sa vie.
C’est un livre très bien écrit, précis qui fonctionne par ressacs, flottements.
Roman noir qui gratte l’inconscient. Ou dès le début tout semble déjà perdu.
Elle effleure le politique, avec l’exploitation de la chair, l’arrogance des riches, mais Dominique Sigaud en parle par la bande, et ces petites touches sont plus dérangeantes que certaines grandes démonstrations.
Elle ne nous donnera même pas le plaisir de voir les « méchants » payés, il n’y a rien, plus rien, tout est propre, net.
Les ordures garderont leur confort.
Publié dans Critiques, Dominique Sigaud, s-t
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David sur ordonnance, Pascale Ferroul, Babel Noir, Actes Sud.
Un roman en deux parties ; la première est la mise en place de l’intrigue, dans un hôpital psychiatrique, une psy dirige une thérapie de groupe et emmène ses patients psychotiques voir un concert de David Bowie, espérant un effet bénéfique.
Pendant ce concert un adolescent a disparu, les patients sont soupçonnés.
Deuxième partie, chaque patient prend la parole et raconte. Comme une sorte de puzzle qui permet de reconstituer ce qui s’est réellement passé. En apparence donc une intrigue limpide, mais qui se révèle au fur et à mesure de plus en plus complexe, surtout que l’auteur demande que le lecteur soit concentré et refasse de lui-même une partie du puzzle, donnant un côté ludique à ce livre.
Tout cela peut faire exercice de style (jusqu’à cette coquetterie de chapitres allant de 1 à 10 puis de 10 à 1) mais Ferroul évite l’excès de formalisme par une incarnation habile des différents protagonistes, dont les failles se mettent à jour petit à petit. On pouvait aussi craindre la caricature dans le traitement de la folie, elle sait au contraire nous faire rentrer dans des univers mentaux à priori délirants qui nous paraissent presque cohérents à quelques détails près. Elle est aidée en cela par un style juste, elle emploie les mots qui semblent au plus près de la réalité, sans fioriture. Le cadre formel lui permet surtout de faire vivre ce petit monde avec tendresse, malgré la noirceur et la souffrance ambiante. Le personnage de l’héroïne, psy à côté de ses pompes qui ne capte pas grand-chose est intéressant et sympathique dans sa déchéance, elle est le pivot de ce livre stimulant et malin, plus riche qu’il n’y parait au premier abord.
Publié dans Critiques, e-f-g, Pascale Ferroul
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