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Un hiver de glace, Daniel Woodrell, Traduit de l’états-uniens par Franck Reichert, Rivages/Thriller, 2007
Une post adolescente qui doit s’occuper de ses deux petits frères et de sa mère folle part à la recherche de son père pendant un hiver rigoureux.
L’histoire est très simple, linéaire, on suit ce personnage de Ree, jeune femme qui a déjà pas mal vécu et qui lutte pour sauver ce qu’elle peut encore sauver. Ce personnage est très attachant dans sa détermination, sa volonté de s’en sortir face aux éléments, à une famille aux nombreuses ramifications et dont elle fait partie.
On plonge ainsi dans une Amérique qu’on imagine très profonde, dans un espace/temps intemporel où l’extérieur ne semble pas avoir de prise. Ça sent la terre, la neige, le sang, la merde, le corps est mis à l’épreuve, il hurle, se ferme, chie, pleure.
L’auteur joue sur l’animalité, comme un retour à un état sauvage, bien sûr cela vient d’une pauvreté importante mais il n’évite pas le naturalisme. Ainsi on a une impression d’immuabilité, cette famille dont l’histoire se répète, fait penser qu’il n’y a pas de solution, que la fatalité est plus forte, que ceux qui sont dans le marasme ne peuvent sortir de ce marasme, même si des éclairs de tendresse entre les personnages donnent un peu de lumière et d’espoir. Est-on politiquement plus près de l’inné que de l’acquis ?
Ecriture riche, forte, foisonnante, très travaillée, à l’écoute de la nature, très descriptive.
On sent un grand travail en amont, c’est très structuré, très pensé, dans la peinture des personnages, des lieux, de l’atmosphère, ça manque toujours un peu de trous, de mystères, mais force est de constater que ce professionnalisme donne à ce livre une grande puissance d’évocation.
Publié dans Critiques, Daniel Woodrell, w-x-y-z
Marqué avec Daniel Woodrell, Editions Rivages
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Mort in vitro, Martin Winckler, Fleuve Noir, Mutualité française, 2003
Ce livre fait partie d’une collection Polar Santé la Mutualité Française, (ça ne s’invente pas ! ), bientôt une collection Polar et Impôt avec le concours du Trésor Public, ou polar et finance avec le Crédit Agricole ?…
Les intentions sont bonnes : dénoncer les magouilles des grandes entreprises pharmaceutiques. Mais à part les intentions il n’y a absolument rien à sauver dans ce livre.
C’est bien documenté, Martin Winckler montre qu’il connaît bien le monde de la médecine et du médicament, mais cela ne fait pas un roman. L’écriture est précieuse et vieillotte, les personnages sont des clichés sans intérêt, les dialogues sont ridicules, même le choix du nom des personnages est stupide. Les gentils sont gentils et polis, les méchants sont méchants et horreur ! ont des rapports sexuels à plusieurs, mais heureusement les gentils gentils vont gagner contre les méchants méchants.
C’est sûrement une œuvre de commande mal écrite, on se demande à certains moments si cela n’est pas une parodie. Mais quel en serait l’intérêt ? Juste une phrase au hasard parmi d’autres : « Et Clémentine Basileu éclate d’un de ces rires tonitruants qu’on entend sous les tropiques ». Tout est de ce tonneau. La scène d’amour entre le héros et une jolie femme qui le manipule est un sommet d’hypocrisie, de pudibonderie, de nullité, mais comment peut-on écrire comme ça aujourd’hui ? Tout cela n’est pas une raison pour s’énerver mais Martin Winckler (connu pour la Maladie de Sachs et ses prises de positions sur la politique médicale entre autres…) semble utiliser le polar comme une sorte de divertissement sans importance, « je peux écrire de la merde de toute façon c’est du polar ! » ou alors juste comme un vecteur pour donner des cours sur notre société aux imbéciles que nous sommes sans prendre un minimum soin de la forme. Désolé, mais nous n’avons pas la même vision du genre.
Publié dans Critiques, Martin Winckler, w-x-y-z
Marqué avec Editions Fleuve Noir, Martin Winckler
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La mort du petit coeur, Daniel Woodrell, traduit de l’étatsuniens par Franck Reichert Rivages/Noir, 2002
Une histoire minimale, oedipienne, un jeune homme de 13 ans, sa mère très proche, et son père drogué, un type violent.
Et rien d’autres ou si peu. Et des liens qui se tissent entre les membres de cette famille.
L’auteur tient son thème, garde le ton jusqu’à la fin, il ne se passe rien d’extraordinaire, mais la violence peut exploser à tout moment, ce qui crée une tension permanente. Une ligne qui se brise. Un jeune homme entre un père qui le bat et sa mère qui le séduit, et des deux côtés il y a des risques. Entre l’amour incestueux pour la mère et la haine pour le père, il ne semble pas y avoir de solution.
On trouve peu d’explications psychologiques. Juste un univers familiale clos avec comme décor un cimetière où habitent les protagonistes, et un univers mental sans échappatoire.
Un style pas toujours léger mais qui tient la route.
Et des bizarreries, par exemple le narrateur qui imagine pour son futur cercueil une boite de conserve accroché à un mur, on trouve ainsi quelques passages courts qui n’ont pas grand chose à voir avec le reste mais qui surgissent de façon impromptu dans le récit et donne une ambiance insolite au livre.
Est-ce que ça finit bien ou mal ? Difficile de savoir. Cette incertitude laisse une fois le livre refermé des sensations diffuses. Une inquiétante étrangeté qui perdure.
Publié dans Critiques, Daniel Woodrell, w-x-y-z
Marqué avec Daniel Woodrell, Editions Rivages
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