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Sad sunday, Gilles Vincent, Timée Editions, 2009
Ce livre est symptomatique, c’est un peu la caricature du livre écrit par quelqu’un voulant faire roman noir/thriller à l’américaine, du Ellroy mal digéré, quand on comprend assez vite que ça va parler de pédophilie, de snuff movie, on se dit que l’auteur a cherché quelque chose de vraiment très très originale. Ensuite, on sent qu’on va avoir droit au trauma enfoui, bingo ! Bon la thématique est archi vue, mais si l’auteur en fait quelque chose, s’il crée avec ça une ambiance, ça peut être une variation sur du classique.
Mais non, l’auteur en fait trop, il veut très souvent passer en force, quand il se fait plus modeste, la lecture devient agréable, mais ça ne dure pas longtemps, hélas !, il écrit parfois n’importe comment, le personnage « jette du sucre dans le noir du café » (j’ai essayé de le jeter dans le blanc du café, mais c’est plus dur), « il observa sans voir », « il veut mettre des phrases avant les pourquoi », « les bras glacés de la mort », les personnages fument des light, parce que s’ils fumaient simplement des cigarettes, ça ne ferait pas assez thriller ?
On pourrait passer sur ces maladresses s’il y avait d’autres choses à défendre, mais on assiste à tous les poncifs, « l’innocence des enfant », la scène de cul de retrouvailles qui se voudrait un grand moment d’érotisme est un sommet de ridicule, l’intrigue manque de vraisemblance, le regard de l’auteur sur la violence est mal maîtrisée, avec ces scènes de tortures que l’auteur semble justifier (ben oui on recherche un tueur d’enfant quand même), ou en tout cas ne trouve pas la bonne distance pour les décrire, complaisant dans ce qu’il dénonce, nous rendant voyeur de ce qu’il est censé dénoncer, le méchant est évidemment monstrueux, il est une incarnation du mal, et l’auteur force l’intrigue pour nous faire jubiler de son exécution à venir. Et quand l’auteur se met à évoquer Auschwitz, on se dit que non, l’auteur n’a pas les épaules pour ça.
Il est écrit en quatrième de couv’ que c’est un roman insoutenable, littérairement et moralement, il l’est effectivement, au sens premier du terme !
Publié dans Accueil, Critiques, Gilles Vincent, u-v
Marqué avec Gilles Vincent, serial killer, Timée Editions
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Pars vite et reviens tard, Fred Vargas, Edtions Viviane Hamy, 2001
Des messages étranges rappelant une époque ancienne parviennent à un crieur, des symboles médiévaux sont peints sur des portes, et les cadavres suivent… Le commissaire Adamsberg va peut-être devoir affronter un mal qui prend la forme de la peste et d’un inquiétant semeur.
Les personnages sont typés avec chacun sa part de bizarreries et manies (le marin breton bourru en rupture, l’ancien instit’ conseiller en choses de la vie, le commissaire qui marche à l’intuition et son collègue plus rationnel, l’ancienne prostituée noire, etc.), l’intrigue est bien emballée et nous fait faire des retours entre le passé et le présent (la Vargas’touch) d’une façon souple, l’écriture est élégante et discrète, le vocabulaire riche. Bref, un livre qu’on ne lâche pas avant de l’avoir finit… mais qui s’oublie dès la dernière page lue.
Difficile de ne pas reconnaître chez Vargas un savoir-faire (malgré quelques invraissemblances et facilités) : un sens du rythme, avec ses indices disséminés au fur et à mesure, et des retournements de situation qui font passer une intrigue somme toute banale. Difficile de nier son efficacité scène après scène qui en font un bon roman noir à lire avant de se coucher. Mais on sent le travail de formatage, on a l’impression de lire un exemple des bonnes recettes pour faire un roman noir qui plaira à tous (trouver un milieu original, bien caratériser les personnages, trouver une nouvelle arme du crime, etc.), il manque un regard, des distorsions, des écarts qui mettraient un peu d’étrangeté dans ce roman académique.
Tout cela est propre, cadré, bien rangé, pas perturbant, normal que le journal Marie-Claire (voir quatrième de couverture) parmi d’autres, affirme s’intéresser à nouveau au polar grâce à Vargas, si ça peut leur permettre d’en lire d’autres plus personnels ensuite… Pars vite et reviens tard est donc un roman agréable, il est juste dommage qu’avec son talent, Fred Vargas ne se mette pas plus en danger.
Publié dans Critiques, Fred Vargas, u-v
Marqué avec Editions Viviane Hamy, épidémie, Fred Vargas
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