Archives de catégorie : p-q-r
Argent brûlé, Ricardo Piglia, traduit de l’espagnol par François-Michel Durazzo, Editions Zulma, 2009
Ce livre suit un groupe de braqueurs à la frontière entre l’Argentine et l’Uruguay en 1965, l’histoire est inspirée d’un fait divers réel, faisant penser à la démarche d’un Truman Capote pour De Sang Froid. L’écriture est belle, riche, des changements de ton, de temps, avec de multiple points de vue, une écriture différente suivant la personne qui parle, des longues phrases qui emportent comme une coulée, une écriture parfois proche du délire, c’est moite, nous sommes tout près de la folie des héros et du monde qui les entoure. La construction est habile, chaque passage est comme un bloc, un braquage, des gangsters en fuite, le siège pour arrêter ces gangsters, vu de différents angles, différents regards (gangsters, flics, etc.), le tout avec des ellipses, suivant d’un temps qui nous paraît dilaté.
Nous sommes plongés dans l’action et la pensée des protagonistes, l’auteur n’a pas peur de nous perdre et nous fait ressentir la confusion d’une époque, il arrive à nous montrer des types hors du monde, brutaux, amoraux qui au final deviennent plus sympathiques que la pression policière et militaire qui se referme sur eux.
Publié dans Accueil, Critiques, p-q-r, Ricardo Piglia
Marqué avec Dictature, Editions Zulma, Gangsters, Ricardo Piglia, Truman Capote
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L’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours, Marc Ruscart, Rivages/Noir, 2007
L’intrigue pourrait être intéressante, cette plongée dans l’univers de la nouvelle mafia russe, des conflits d’intérêts entre le pouvoir politique et financier, il y a de la matière, surtout que l’auteur semble connaître son sujet. Tant qu’on est dans cette enquête, c’est bien, mais le problème, parce qu’il y a un gros problème, c’est le nombre de références de toutes sortes, l’intrigue se déroule puis l’auteur ne peut s’empêcher de citer tel écrivain, de parler de tel cinéaste, tel musicien, etc. ça étouffe et rend la lecture laborieuse, surtout qu’il le fait avec un ton sentencieux de vieux prof, c’est dommage. Avec en plus un aspect « c’était mieux avant ». Avant on se révoltait il y avait des luttes ouvrières, avant il y avait tel artiste nettement mieux que ceux d’aujourd’hui, etc. De même les pages sur la Bretagne et les bretons fiers et combattants, on n’en peut plus ! Le roman noir est un roman en prise avec le monde, ici tout le versant enquête russe remplit ce rôle mais la nostalgie débordante nous fait revenir en arrière sans cesse.
Ce livre pourrait avec moitié moins de pages être un très bon roman noir nerveux et efficace, là ce n’est qu’un pensum indigeste.
Champs d’ombres, Cornelia Read, traduit de l’étatsunien par Laurent Bury, Actes Sud/ Actes Noirs, 2007
Le personnage principal attire l’attention, une jeune femme journaliste à la nonchalance sympathique qui vit et s’ennuie dans une petite ville de l’Amérique profonde. On a envie de la suivre dans son enquête sur un ancien meurtre de jeunes filles, enquête qui la fera soupçonner son cousin et l’obligera à renouer avec sa famille d’aristocrate fin de race. Tout ça est bien décrit, même s’il y a un côté désuet dans l’écriture jusqu’aux adresses au lecteur un peu faciles et vieillottes.
C’est le genre de livre du milieu qu’il est malaisé de critiquer, ni mauvais, ni très bon, agréable, sympathique mais sans réelles aspérités, malgré quelques scènes réussies. Tout ça est assez sage, fait un honnête roman de vacance qui ne laisse pas de traces.
Publié dans Cornelia Read, Critiques, p-q-r
Marqué avec Actes Noirs/Actes Sud, Cornelia Read
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Un roman pour midinettes, scènes cruelles, Thierry Reboud, L’écailler du Sud, 2002.
Un homme, Deogratias Martin, n’aime pas les enfants qui font du bruit, des mimiques, ça l’énerve alors il les tue. Ainsi peut-on résumer ce roman limpide et très drôle.
Ca commence rapidement et l’auteur arrive à relancer sans cesse le rythme de ce road movie d’une grande simplicité. Les personnages sont tracés avec richesse, en commençant par le » héros » ce tueur d’enfant tellement banal que personne ne le voit, ne peut faire son portrait robot, des idées astucieuses comme celle-là le livre en fourmille, comme cette scène hilarante entre Deogratias et un pédophile, ou ce road movie où le tueur ne cherche pas à fuir puisque il ne se sent pas coupable, en face de lui les flics qui vont suivre sa trace sont aussi très amusant dans leur désœuvrement. Bref c’est vivant, l’humour noir, grinçant, méchant et mal élevé de Thierry Reboud fait merveille, ça tape dans tous les sens, c’est parfois n’importe quoi. Le style est à l’avenant, une forme punk, on trouve de tout : jeux de mots, jeux avec les mots, utilisation d’expressions connues détournées, phrases alambiquées, vieilles argots et mots savants mélangés à des expressions plus modernes, de l’anglais écrit phonétiquement, digressions, adresses aux lecteurs, tout ça pourrait faire un pâté indigeste mais l’énergie de l’auteur transforme cette matière en un tourbillon, il semble se foutre de la grammaire, de la syntaxe comme de sa première chemise mais au final impose un style personnel fait d’un je-m’en-foutisme apparent.
Ce livre est une insulte aux intrigues bien ficelées, ce livre est une insulte au bon goût, ce livre est une insulte à la grammaire, ce livre est une insulte aux associations de protection de l’enfance, ce livre est un très bon livre. En ces temps de retour à un ordre morale bien pensant, » roman pour les midinette, scènes cruelles » fait du bien.
Même si le monde qui y est décrit en filigrane est un monde violent fait de petites vies grises et de grandes solitudes. La noirceur n’est jamais loin.
Publié dans Critiques, p-q-r, Thierry Reboud
Marqué avec L'écailler du Sud, serial killer, Thierry-Reboud
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Un nain seul n’a pas de proches, Thierry Reboud, Le Poulpe, Baleine, 1999
Le Poulpe enquête sur le meurtre d’un nain bosniaque. Aidé de militants antifascistes il se retrouve à devoir affronter des nationalistes serbes.
On retrouve les ingrédients du Poulpe, les repères : de méchants fascistes, de gentils gauchistes, le Poulpe en justicier… c’est documenté sur la Bosnie, le livre est bien construit. Un roman qui tient la route et qui ne brille pas par son originalité, mais est-ce le but quand on écrit un Poulpe ?
Le Poulpe dans ce livre paraît toujours freiné par ses alliés, il semble vouloir foncer mais est sans cesse bridé. Un peu comme Thierry Reboud ?
Publié dans Critiques, p-q-r, Thierry Reboud
Marqué avec Editions Baleine, Le Poulpe, Thierry-Reboud
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